Il renonce à  une carrière internationale pour s’occuper des recettes de la SNRT

Etudiant à  l’ISCAE, il améliorait ses revenus en jouant comme bassiste dans un groupe de jazz

Après avoir montré ses talents de manager dans des multinationales, il est appelé à  la tête de la régie publicitaire de la SNRT.

Sa capacité d’adaptation lui a permis de réussir un parcours
sans faute.

Salim Cheikh donne l’impression d’être un homme crédule, toujours en étonnement devant les situations, en continuelle découverte de ce qui l’entoure. Bref, il n’a rien du vendeur de choc qu’il est censé être. Il le reconnaît d’ailleurs, volontiers. «Je ne sais pas vendre dans le sens littéral du terme, mais il me semble que la qualité d’un meneur d’hommes est fondamentalement de donner l’envie de faire et de bien faire, quel que soit le domaine d’activité».

Il commence chez Bel, rejoint Unilever, puis revient chez Bel
Dans le parcours de ce jeune décideur de 34 ans (né à Rabaten 1972), rien ou peu de choses relèvent du commun. Ses parents, tousdeux cheminots, lui ont transmis des qualités qui seront déterminantesdans sa carrière : elles s’appellent rigueur, sens de la responsabilité etculture de l’excellence. Il sera un élève brillant non paspour mériter l’affection de la famille et de l’entourage,ni pour se faire remarquer en sortant du lot. «Il me paraissait normald’être le meilleur ou parmi les meilleurs pour la bonne raison queles choses ne peuvent et ne doivent pas se faire à moitié»,argumente-t-il. Il se rappelle, pourtant, que l’enfant qu’il a été n’ajamais su répondre à la sempiternelle question qu’on poseaux enfants de son âge : «Dis-moi, petit, que veux-tu faire quandtu seras grand ?».
Les mathématiques l’attirent très tôt et la facilité aveclaquelle il obtient son Bac, en 1990, au lycée Moulay Youssef, à Rabat,est dans l’ordre des choses. Après cela, il passe un seul concours,celui de l’ISCAE (Institut supérieur de commerce et d’administrationdes entreprises), d’où il sort en 1994 avec un diplôme enmarketing et communication. Il dira plus tard qu’il a «fait les mathspour mieux comprendre l’âme humaine». Un autre détailde la vie de Salim Cheikh : il s’est «amouraché» dela musique très tôt et il en a même fait un sérieux «adjuvent» à samaigre bourse d’étudiant. Bassiste dans un groupe de jazz, il serappelle que cette occupation lui a permis d’être un étudiantplus nanti que ses condisciples de l’ISCAE ou ses amis qui étaient à lafac.

Sur le plan professionnel, Salim Cheikh va être servi par sa monumentalecapacité d’adaptation, après qu’il eût fait unsérieux travail sur lui-même en matière de prise de paroleet de conquête de confiance en soi. Il commence chez Bel (Vache qui rit,Kiri) comme assistant de chef de produit, en 1994. L’expériencedurera six ans, son parcours le plus long dans un même job, à cejour. En 2000, lassé de gérer des marques, il tente l’aventurechez Unilever Maghreb, une autre multinationale au sein de laquelle il exercerala fonction de marketing manager jusqu’en 2003. «Une périodeaussi dure qu’enrichissante», se rappelle-t-il. Au sein de ce templedu management à l’anglo-saxonne, il est confronté à uneautre logique de travail, celle de la culture du résultat. En effet, sonpremier job, quoique dans une multinationale, présentait l’avantaged’avoir un côté à la fois humain et chaleureux. Sanspréparation, il se retrouve donc confronté à des méthodesde gestion aussi tranchées que carrées. Lui qui considèrequ’il y a en chacun de nous une richesse à explorer et à réveiller,pourvu qu’on nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmeset qu’on reconnaisse notre talent, en conçoit un peu d’agacement.Chez Unilever, il gère un portefeuille de produits et encadre une équipe.Puis il travaille sur le Maghreb, entre autres.

En 2003, il se produit un événement rare dans une carrière: son premier employeur, Bel, revient vers lui avec une proposition: la directionmarketing. Ce qu’il fera pendant deux ans avec brio, puisqu’à partirde janvier 2006, on lui propose un poste au sein de Bel International. Petitinconvénient : le poste est basé à Paris. Il finit par accepter.Pas pour longtemps…

«Ne pas sacrifier ses propres valeurs sur l’autel de la carrière»
Six mois plus tard, on lui propose la direction générale de larégie publicitaire de la SNRT (Société nationale de la radiotélévision) – anciennement SAP – et il renonce à poursuivresa route avec la multinationale. D’autant plus qu’il est associé, à titrebénévole, à des projets exaltants comme la mise en placede l’outil de mesure d’audience de l’OJD (Office de justificationde la diffusion). Si le travail en entreprise est gratifiant, celui de l’associatifapporte une autre forme de satisfaction, explique ce jeune et brillant manager.Il avoue aussi que l’autre grand apport des multinationales est d’évoluerdans un entourage où il faut se débarrasser de ses a priori pourcomprendre et tirer vers le haut des talents qui viennent de différentshorizons et nations.
Salim Cheikh retient de son parcours le passage d’une culture d’entreprise à uneautre. Il l’appelle volontiers «le choc des cultures». Un chocqui secoue, mais qui permet d’aiguiser le regard. Il avoue qu’iln’a jamais couru après les grandes responsabilités et cen’est pas par manque d’ambition. Voilà comment il s’enexplique : «Pour réussir, le mieux c’est d’accomplirsa tâche de la manière la plus intègre et la plus efficace,après, ce sont vos résultats qui décideront de la suite.Ceci étant dit, il ne faut pas sacrifier ses propres valeurs sur l’autelde la carrière. Et, contrairement à ce que l’on pourraitpenser, cela vous donne droit au respect des autres, quel que soit leur rang».