Il quitte la présidence de la Bourse après un passage remarqué

Avec un Bac C, il préfère HEC et mène une brillante carrière dans la banque avant d’arriver à  la tête de la Bourse en 2005.
Son parcours est marqué par des va-et-vient entre le secteur financier et les autres domaines.
A son crédit, un développement notable du marché des actions.

Comment dirige-t-on une Bourse des valeurs ? Faut-il pour cela avoir des qualités particulières, par exemple un sang-froid à toute épreuve, une force de caractère hors du commun, un flair pour débusquer… des aiguilles dans des bottes de foin, ou encore faut-il être un génie de la finance ? De telles interrogations font sourire Amine Benabdesslem qui vient de passer le témoin à la tête de la Bourse de Casablanca où transitent des centaines de milliards de DH par an – rien qu’à fin juin de cette année, ce sont quelque 500 milliards de DH qui y ont été échangés.

Pour M. Benabdesslem, il n’est besoin d’aucune qualité «extraordinaire», il suffit de disposer des mêmes bons ingrédients nécessaires à la conduite d’une entreprise. Il ajoute ce commentaire : «Tout bon dirigeant doit s’appuyer sur un travail d’équip’. Ce faisant, il rend service à lui-même et à son entreprise, se facilite la tâche et s’assure les meilleures chances de succès dans sa mission».

De fait, le parcours d’Amine Benabdesslem le prédestinait, d’une manière ou d’une autre, à un poste similaire à celui qu’il vient de quitter. Il a passé toute sa jeune carrière – il a à peine 43 ans – dans le monde de la banque et, très tôt, il a rencontré les produits de la Bourse dans sa trajectoire.

Né à Rabat en 1964, il aime à se décrire comme un homme «ordinaire». Enfant, il aimait le foot, son idole était Joan Cruyft. Il n’a pas, non plus, été spécialement attiré par les mathématiques – ce qui ne l’empêche d’obtenir un Bac C, à 17 ans, à la Mission française. «Je ne voulais pas être ingénieur, alors je suis parti à Lyon pour des prépas HEC, et c’est à Paris que j’ai obtenu mon diplôme en 1987», précise-t-il. Et là, se souvient-t-il, il était tellement pressé de rentrer qu’il refusa toutes les offres des entreprises françaises.

Netcom Technologies fut sa première expérience d’investisseur
Il commence sa vie active à la SGMB. Il va s’occuper, trois ans durant, entre 1987 et 1990, de la mise en place du schéma-directeur informatique de la banque. Il s’en explique en ces termes : «Je ne suis pas informaticien et c’est pour cela que je m’occupais de la partie stratégique, laissant aux ingénieurs la mise en place technique des choix retenus par la banque. A l’époque, les banques commençaient à voir leurs marges avec les grands comptes s’effriter.

Les entreprises avaient appris, en effet, à négocier leurs taux et commençaient à devenir exigeantes quant à la qualité des services. Il fallait trouver de nouveaux relais de croissance en s’orientant vers les particuliers en leur offrant de nouveaux produits comme les crédits à la consommation ou encore les cartes de crédit ou des formules de financement immobilier».

De 124 milliards en 2004, le flux est passé à 500 milliards de DH cette année
Cette nouvelle situation, Amine Benabdesslem va la vivre quand il reviendra à la SGMB, après un passage à Holmarcom où il fut secrétaire général entre 1990 et 1996. Il occupera à nouveau plusieurs postes de responsabilité : directeur en charge des particuliers, administrateur de Sogebourse et de Gestar, directeur de Sogecrédit, poste qu’il occupait à son départ en 2000.

Après un bref passage au CIH, c’est une autre phase de sa vie de décideur qui va se dessiner. Il prend des participations dans la société Netcom Technologies, spécialisée dans le développement de logiciels de sécurité, dont il devient le DG. Quand ses associés majoritaires cèdent cette entreprise à l’Ona, il est appelé en 2002 à la BMCE pour un poste de directeur en charge des particuliers. Il occupe cette fonction pendant moins de deux ans et part à la Bourse où, directeur marketing et membre du directoire en 2004, il deviendra dès 2005 président du directoire.

Que peut-on dire du travail accompli, même en si peu de temps ? Pour Amine Benabdesslem, le grand chantier est la vulgarisation des opportunités que présente la Bourse. Il s’agit, dans une démarche croisée, de convaincre les uns des possibilités de financement à moindre coût que la place leur offre, et les autres de la plus-value que peut rapporter leur capital. Le grand public n’est pas oublié dans cette démarche destinée à ouvrir davantage la Bourse.

Les résultats semblent donner raison à l’actuel président du directoire de la Bourse de Casablanca. Par exemple, 2002 et 2003 furent des années blanches où aucune introduction n’a eu lieu. En 2004, seulement deux entreprises (même si ce ne sont pas des moindres puisqu’il s’agit de la Banque populaire et de Maroc Télécom) y firent leur entrée. Trois entreprises ont suivi en 2005. L’année d’après, pas moins de dix entrées sont enregistrées. En 2007, deux introductions sont observées et l’on s’attend à ce que Timar et la CGI y fassent leur entrée, annonce Amine Benabdesslem.

Aujourd’hui, le nombre de sociétés cotées est de 66 opérateurs, en attendant tous ceux qui attendent à la porte. Le chantier est encore vaste, mais Amine Benabdesslem annonce déjà son départ de son poste. Il ne veut pas en donner les raisons et se contente, parcimonieusement, d’évoquer des projets personnels qu’il compte lancer.