Il laisse tomber une vie facile pour bourlinguer au service des multinationales

Il refuse de prendre la relève de son père pour aller faire de brillantes études aux USA.
Après un MBA, il travaille pour Johnson Wax puis crée, en 1987, une petite entreprise de distribution.
En 1991, il rejoint Duracell dont il devient DG pour le Maroc, puis le quitte pour Shell Maroc dont il est PDG depuis 2006.

Son destin était tout tracé : fils d’un entrepreneur de textile, il devait naturellement prendre la relève. Pour son père, qui l’avait initié au sens des affaires dès son jeune âge, cela coulait de source. Mohamed Raihani, c’est de lui qu’il s’agit, se rappelle que lorsque ses parents étaient partis en pèlerinage à la Mecque, et alors qu’il n’avait que douze ans, il avait été chargé de payer les ouvriers à la fin de chaque semaine jusqu’à leur retour. Quel ne fut le bonheur de papa quand, à son retour, il se rendit compte que rien n’avait échappé à la vigilance du gamin de l’époque, ni la caisse ni le rythme de la production, pendant l’absence des parents. Mais, plus tard, Mohamed Raihani va prendre une décision inattendue : aller aux Etats-Unis pour un cursus universitaire qui allait le mener loin du pays et de l’affaire familiale pendant une longue période. Son père, un moment interloqué par cette décision, s’y résoudra. En effet, il avait bien vu que son fils était bien décidé de n’en faire qu’à sa guise et qu’il avait demandé une bourse au gouvernement américain au cas où son père refuserait de financer ses études.
Mohamed Raihani est né à Tanger en 1957 dans une famille d’origine fassie qui s’était installée dans la ville du détroit. Son père avait commencé à travailler dans le textile avec une seule machine. Des années plus tard, son unité sera parmi les plus importantes de la ville. Garçon unique d’une famille qui compte neuf autres sœurs, il est attentif à ses cours comme au business paternel. Même s’il ne le dit pas, c’est à l’école américaine de Tanger, où il a obtenu son bac en 1976, qu’il nourrit l’idée de faire de longues études et de s’ouvrir sur le monde au lieu du parcours classique que lui avait tracé la famille.

Il a failli perdre son poste à cause du service militaire
Quand il arrive aux Etats-Unis, il a du mal à faire un choix. Il se veut d’abord architecte puis ingénieur. Mais il est plutôt porté sur le business et va choisir tout naturellement de s’investir dans l’économie de l’industrie. Après un MBA obtenu en 1981 à l’université de Thunderbird à Phoenix, en Arizona, il se voit proposer un poste de chef de produit chez l’américain S.C. Johnson (Johnson Wax), spécialiste des produits d’entretien et notamment les insecticides. L’entreprise lui propose plus tard un poste dans sa représentation marocaine. Mais quand il rentre au Maroc pour prendre ses fonctions, surprise : il lui est signifié qu’il doit d’abord passer son service militaire. Etant fils unique, il obtient d’en être exempté. Mais c’est alors qu’on lui oppose la nécessité de passer son service civil avant de pouvoir entamer sa vie active. Il se rappelle que les Américains qui l’avaient recruté, excédés par autant de complications, avaient appelé Driss Slaoui qui interviendra pour l’exonérer du service civil, pourtant incontournable à l’époque. Il commence alors une belle carrière qui le mènera en Espagne, à Chypre puis au Moyen-Orient au service de son employeur. Après avoir été chef de région puis directeur marketing, il revient au Maroc pour une mission difficile : fermer la représentation marocaine de Johnson Wax, devenue peu rentable avec un chiffre d’affaires de moins de 15 millions de DH. Il veillera, néanmoins, assure-t-il, à l’accompagnement de la vingtaine d’employés qu’il a fallu licencier.

Il apprend par la télévision qu’il a changé de patron
Quand Johnson Wax propose à Mohamed Raihani un poste au Mexique, il choisit de quitter la multinationale. C’était en 1987. Un projet de création d’une société de distribution familiale va l’occuper entre 1987 et 1991. Il s’en explique : «A ce moment-là, je voulais retrouver le contact avec mon pays et les miens. C’est à cette époque d’ailleurs que je me suis marié. J’ai mis en place cette structure qui distribuait différents produits, cela allait des céréales aux bonbons, en passant par les piles et je dois dire que je n’ai pas été déçu puisque l’entreprise a continué à bien fonctionner, même après mon départ».
Mohamed Raihani va alors rejoindre la société Duracell dont il sera le directeur général au Maroc dès 1994. Il se rappelle qu’il a appris par la télévision le rachat de Duracell par Gillette en 1996. Comme quoi, dit-il, on peut diriger une filiale sans savoir ce qui se trame au niveau de la stratégie de la maison mère. En 2002, on lui propose un poste de directeur régional Marketing basé à Londres où il est en charge de l’Afrique, du Moyen-Orient, de l’Europe de l’Est, de la Russie et de l’Inde. Peu après, son employeur lui propose de s’expatrier à Johannesburg. On est alors en 2004 et Mohamed Raihani va voir sa carrière professionnelle connaître un nouveau tournant quand il est recruté par Shell. Il commence par un long stage en Tunisie et se voit attribuer, par la suite, la direction commerciale pour l’Afrique du Nord en 2005. Peu après, il va rentrer au Maroc pour travailler en étroite collaboration avec son prédécesseur, Roger Miller. Depuis 2006, Mohamed Raihani est le président directeur général de la société Shell du Maroc. Depuis sa nomination, il a mené une réflexion sur plusieurs axes. Tout d’abord une restructuration, rendue nécessaire pour diminuer les charges. Il explique qu’il a fallu ramener l’effectif de 920 à 786 personnes actuellement. Une opération qu’il assure avoir mené dans le strict respect des intérêts de tous : «Ceux qui ont choisi de partir étaient très proches de l’âge de la retraite et la séparation s’est effectuée sans le moindre problème», commente-t-il.
Mohamed Rahani explique que pour lui, s’il est nécessaire de respecter les règles de gestion d’une multinationale, il est tout aussi nécessaire de les adapter à leur environnement pour qu’elles donnent tous leurs effets. Par ailleurs, dit-il, il faut aussi investir dans ce qu’on appelle le développement durable. Une des initiatives qu’il a prises d’ailleurs dans ce sens a été l’installation d’une machine de «potabilisation» d’eau pour le compte des habitants d’Aït Saïd, dans la région d’Azilal, pour un montant de deux millions de DH. D’autres projets, dans le même esprit, ont été menés comme celui des «plages propres»