Il gère les ressources humaines de Coca Cola dans 12 pays

Issu d’une famille modeste, Mohamed Soubhi est sorti du lot
à  la force du poignet.
Il a été DRH d’un hôpital employant 8 000 personnes au Canada.
A partir de Barcelone, ce docteur en GRH gère actuellement les 6 500 employés
d’Equatorial Coca Cola Company.

Mohamed Soubhi est l’exemple même d’un certain type de réussite, celle d’une personne issue d’une famille modeste qui a réussi un parcours professionnel dans une multinationale à  la force du poignet. Depuis début 2006, il occupe le poste de directeur des ressources humaines pour le groupe Equatorial Coca Cola Company (ECCBC) basé à  Barcelone, en charge de 12 pays en Afrique (Maroc, Mauritanie, Gambie, Guinée Conakry…), soit quelque 6 500 employés. Rien ne prédestinait ce natif d’Azemmour, benjamin d’une famille modeste de 8 enfants, à  sortir du lot. Mais, très tôt, Mohamed Soubhi se montre un enfant débrouillard, pour qui la rue va être une bonne école, dans le sens positif du terme. Il fera le m’sid et connaà®tra, comme les enfants de sa génération, les coups du fqih, le qlam taillé pour l’écriture sur la louha (ardoise de l’époque).

Ouvrier agricole, pompiste, concierge… pour payer ses études
Plus tard, à  l’école primaire, ce sont ses frères et sÅ“urs qui le suivront dans ses études. Mohamed Soubhi souligne cependant que l’internat qu’il a connu au lycée a été déterminant dans la formation de sa personnalité et la conquête de l’autonomie. Est-ce tout cela qui nourrira son rêve d’aller étudier au Canada en quête de reconnaissance et de diplômes valorisants ? Peut-être bien. En tout cas, une fois le Bac en poche, en 1979, il mobilisera les moyens de fortune dont il disposait pour aller poser ses valises à  l’Ile du Prince-Edouard, une province canadienne dont il n’avait jamais entendu parler auparavant, pour suivre une année d’équivalence afin d’être recevable à  l’Université de Montréal, o๠il obtiendra une maà®trise (bachelor) en administration des entreprises, en 1987. Cela n’a pas été facile, se rappelle-t-il. Déjà , ses aà®nés avaient dû se cotiser pour lui payer le billet d’avion. Mais une fois sur place, il fallait aller jusqu’au bout. Pour financer ses études qui, pourtant, n’étaient pas très chères (6 000 DH par an), il a donc travaillé au noir comme ouvrier agricole, pompiste et même concierge. Après sa maà®trise, il enseignera le soir, tout en trouvant le temps de préparer un MBA en gestion de la productivité humaine qu’il obtiendra, en 1990, à  l’université de Sherbrooke.

Patiemment, il capitalise sur sa spécialité, les ressources humaines, en obtenant un PhD (doctorat) en 1994. Il est ensuite DRH dans un grand hôpital canadien qui emploie 8 000 personnes, avant d’obtenir le poste de vice-président d’un groupe de conseil en GRH, toujours dans ce pays.

Souvenir difficile mais assumé : le licenciement de 1 000 salariés en Algérie
Après un séjour de dix-sept années, il revient au Maroc suite au décès de ses parents. Trouver un emploi ne sera pas très difficile parce qu’il sait vendre ses compétences, comme il dit, grâce à  la formation suivie dans le domaine. Mohamed Soubhi postule donc pour un emploi au Maroc. Parmi les propositions qu’il reçoit figure un poste à  Lafarge et un à  Coca Cola. Il choisit le second et s’occupe des ressources humaines d’abord pour le Maroc puis, dès 1999, pour la région du Maghreb. Il n’y reste pas longtemps. Dès 2000, il est détaché en Algérie pour restructurer et mettre à  niveau l’embouteilleur du pays. Il a eu 8 mois pour ramener l’effectif de 2 600 à  1 600 personnes. «Ce n’est jamais de gaieté de cÅ“ur qu’on prend de telles décisions. Mais il faut comprendre qu’il n’y a que deux choix : sauver un nombre d’emplois que détermine la logique économique ou fermer boutique. C’est souvent cela qui échappe à  la compréhension du public», plaide-t-il.

Il se plaà®t dans son rôle
La parenthèse algérienne fermée, Mohamed Soubhi retrouve son poste initial avec la charge de s’occuper des plans de carrière et de la gestion administrative d’un effectif total de 740 personnes. Il n’a jamais le temps de s’ennuyer. En 2003, Coca Cola rachète les Brasseries du Maroc et Mohamed Soubhi sera commis pour accompagner cette opération en veillant aux intérêts de son employeur. Son expérience sera très utile dans cette transition. «Le DRH peut être sollicité dans des opérations o๠ses compétences de négociateur et de «personne tampon» permettent d’atténuer les chocs et d’accompagner des changements. Et un changement d’actionnaire de référence est un événement redouté aussi bien par le nouvel arrivant que par le personnel et les syndicats. Tout ce monde n’a pas la même vision ni les mêmes intérêts, et si une incompréhension vient à  s’ajouter à  ce mélange plutôt explosif, le résultat ne se fait jamais attendre», explique-t-il.

Son travail n’est effectivement pas de tout repos. Il l’est encore moins aujourd’hui, sachant qu’il gère une douzaine de pays économiquement et culturellement différents. Il lui faut donc en permanence s’adapter et, en cas de crise, mettre sa crédibilité en jeu. Ce qui n’est pas évident pour tout le monde.

Pourtant, Mohamed Soubhi se plaà®t dans son rôle. Pour lui, «le travail de DRH n’est pas que stress. Les situations de crise ne sont pas quotidiennes, et puis, c’est exaltant d’obtenir des résultats en mobilisant les hommes. Et dans mon expérience personnelle, l’homme est de bonne foi à  99%. Du moins, il faut le croire pour être un bon DRH»