Il gère les 700 millions de dollars du Millenium Challenge account

Sa mère voulait qu’il soit médecin, mais il a choisi d’aller préparer un MBA au Etats-Unis après un bac sciences expérimentales.
City Bank Maroc, Crédit Agricole, CTM, il occupe de hautes fonctions dans de grandes entreprises de la place.
En qualité de consultant, il a travaillé, aux Etats-Unis, sur des dossiers de privatisation de sociétés des pays de l’Est.

Parti aux Etats-Unis, un peu à l’aventure et sans trop y croire, après son bac, Morad Abid y revient aujourd’hui un peu en expatrié puisqu’il est à la tête de l’Agence du partenariat pour le progrès (APP), dont la mission est de veiller à l’application et au suivi du plan d’action du Millenium Challenge account pour le Maroc qui a bénéficié, à ce titre, d’une aide américaine de 700 millions de dollars.

Porté par ses ambitions, il réussit à terminer ses études malgré le manque de moyens financiers
Morad Abid est né en 1964, à Rabat, dans une famille de cinq enfants dont il est l’aîné. Son père est fonctionnaire et sa maman sage-femme. Cet enfant curieux, qui vivra tardivement sa crise d’adolescence, est brillant dans toutes les matières. Il se souvient qu’il était tellement suivi et encadré dans sa scolarité qu’il se sentait étouffé. Il se rebelle alors qu’il est en première et perd une année d’études, ce qui l’empêchera d’avoir son bac – sciences expérimentales – à l’âge de 18 ans. Par la suite, au lieu de s’inscrire en médecine, comme le souhaitait sa mère, il s’envolera, en 1983, pour les Etats-Unis où un cousin l’avait devancé.
Morad Abid se souvient encore avec émotion du moment pathétique où son père lui a tendu un billet d’avion et une enveloppe en lui disant : «Ecoute,mon fils, je ne pourrai pas financer tes études, mais j’ai réuni ces 15 000 DH pour te permettre de t’installer. Je sais qu’il te faudra beaucoup de courage». Porté par son enthousiasme, le jeune Morad sous-estimait les difficultés qu’il allait devoir surmonter durant la première période de ses études. Il mettra sept ans pour obtenir son «bachelor of science» en 1990, à l’université Georges Washington, car il lui a fallu faire des petits boulots pour vivre et payer ses études – l’heure de travail, se souvient-il, était rémunérée 3,80 dollars à cette époque. Et puis, raconte-t-il encore, «Comme j’étais parti sans préparation, il a d’abord fallu que j’apprenne la langue.Ce fut très dur et je garde en mémoire les moments difficiles car le travail aux Etats-Unis est une valeur indiscutable et tricher est impardonnable dans la conception américaine».
La suite sera moins laborieuse et son Master of business administration (MBA), qu’il obtient en 1993, toujours dans la même université, sera plus facile à obtenir parce qu’il a déjà commencé à travailler et suit une partie du programme en cours du soir.
Sa vie active effective commence dès 1991, chez Union Labor Life Insurance, où il est responsable d’agence. Il passe une année au service de cette compagnie d’assurance avant de se laisser tenter, en 1994, par un poste chez Price Water house Coopers, où il est embauché comme consultant dans le domaine des privatisations. A l’époque, le «bloc de l’Est» était en train de s’effondrer. Les pays satellites de l’URSS reprenaient leur indépendance un à un. Les Américains, de peur de les voir basculer dans l’anarchie, avaient créé des fonds pour soutenir ces économies et les aider à valoriser et à privatiser certains secteurs.

Un homme au fait des pratiques américaines en matière de gestion
Pour en revenir à la trajectoire de Morad Abid, en 1995, une autre opportunité va se présenter à lui : la Citibank lui propose un poste de directeur à Dubaï ou au Maroc. Il hésite un moment, car la différence de salaire est substantielle, du fait qu’à Dubaï il serait considéré comme expatrié. C’est à ce moment, rapporte-t-il, que sa mère lui fait cette réflexion: «Si tu ne revienspasau pays maintenant, tu risquesde ne plus jamais l’envisager». Il décide alors de rentrer au pays, et ce sera le début d’une nouvelle expérience. Après avoir passé une année au service de Citibank, dont il assure la direction pour le Maroc, feu Abdallah Lahlou lui propose en 1996 le poste de directeur marketing et des relations publiques au Crédit agricole, en pleine restructuration et redéfinition des métiers. C’est le moment de la «campagne d’assainissement» de triste mémoire, qui va faire de nombreuses victimes, souvent innocentes, dont certains de ses amis. L’entreprise se recentre sur ses métiers rentables, recadre son activité et sa stratégie, repense ses procédures et Morad Abid fait partie de l’équipe qui est activement associée à ces dossiers brûlants.
Abdallah Lahlou est tellement satisfait de Morad Abid qu’en 1999, dès qu’il est nommé à la tête de la CTM, il l’appelle pour lui confier le poste de DGA. Là aussi, stratégie, comptabilité, et procédures sont entièrement revus, le patrimoine foncier assaini. Ce travail est couronné par la certification Iso 9001. Mais, en 2005, il a des divergences de vue avec le nouveau président installé à la place de M. Lahlou, à propos de la stratégie. Morad Abid, alors DG, démissionne et fait ses valises pour les Etats-Unis où il a gardé de nombreux amis à des postes importants. Il devient consultant pour The World Financial Group, un groupe financier américain, et s’installe à Boston. Il y restera jusqu’en avril 2008, date à laquelle on lui propose la direction de Jaïda, un fond de gestion dédié à la microfinance et monté par la Caisse de dépôt et de gestion (CDG). Il n’y reste que le temps d’être appelé comme DG à l’Agence du partenariat pour le progrès, qui a récemment commencé ses activités. Indépendamment de ses diplômes et de son expérience, la quinzaine d’années passées aux Etats-Unis a sans doute été déterminante dans le choix de son profil pour la direction de cette agence, qui a pour difficile tâche de mener à bien le programme du MCA.