Il fait d’Accor le numéro un de l’hôtellerie au Maroc

Avec un diplôme d’expertise comptable, rien ne le prédestinait à  l’hôtellerie.
Gérard Pellisson, le fondateur du groupe, le convainc de tenter l’expérience
au début des années 1990.
Son credo : le service est une attention de tous les instants.

Le 1er mars prochain, Marc Thépot, DG d’Accord Maroc, recevra l’insigne de chevalier de l’Ordre national du mérite, que lui décernera l’Etat français. Français lui-même, M. Thépot sera pourtant décoré au Maroc, car ce titre honorifique vient avant tout récompenser les efforts qu’il a entrepris en matière de coopération économique entre le Maroc et la France.

Il faut dire qu’en quatre ans à peine, Marc Thépot aura beaucoupfait pour l’engagement du groupe Accor dans le Royaume. Des efforts quene laisse pas transparaître l’homme au premier abord. Il est jovial,avenant et a toujours le mot pour vous mettre à l’aise. «Etpour mettre les autres à l’aise, il faut assurément l’êtresoi-même». Voilà une phrase dont Marc Thépot, DG d’AccorMaroc, ne renierait pas la paternité. Quand on lui demande de définirson métier d’hôtelier, il a cette formule : «C’estun métier des plus nobles, où le cœur du travail est de faireplaisir. Le mieux, c’est que celui qui est dedans se fasse plaisir en enapportant aux autres. Il faut bien se dire que servir n’a rien se servile,et c’est là le secret».

Pourtant, Marc Thépot, né à Cannes en 1951, n’avaitpas le profil requis et son parcours, académique comme professionnel,ne le prédestinait pas à l’hôtellerie. Alors qu’ila cinq ans, ses parents – son père est avocat et sa mère est juge- décident, comme on dit, de «monter» à Paris. Elève «poussif»,comme il aime à se décrire, lors de ses premières années à l’école,il s’attirait souvent, un peu plus qu’à son tour en tout cas,le courroux des enseignants par son côté joueur et un peu frondeur.Il sera donc un enfant dissipé jusqu’au lycée. C’est à cette époqueque se révélera chez lui un grand intérêt pour les études.Tant et si bien qu’il est major de sa promotion à Sup de Co Marseille,en 1975. Il élargira son champ de compétences avec un diplômed’expertise comptable. Et contre toute attente, à vingt-cinq ans,il choisit d’enseigner la comptabilité et les finances dans un institutprivé. Cette expérience va le marquer à vie car, dit-il, «ilfallait trouver les moyens de transmettre et de convaincre et l’écoleet les élèves qui en voulaient pour leur argent. A part cela, l’enseignementest un métier merveilleux mais extrêmement stressant».

Pour lui, le sens du détail est essentiel pour ce métier
Un peu plus tard, en 1978, il intègre une société d’informatiqueau sein de laquelle il restera jusqu’en 1988. Après un petit parcoursde deux années comme directeur de réseau dans un organisme de créditimmobilier, il atterrit dans le groupe Accor dont le co-fondateur est un «pote»,qui s’appelle Gérard Pelisson. A cette époque, explique MarcThépot, Accor cherchait des directeurs régionaux, et une des conditions étaitqu’ils soient étrangers au domaine dans lequel ils allaient êtreappelés à travailler en apportant un regard nouveau. Là l’attendune plongée de trois mois dans les métiers de base de l’hôtellerie.Il sera plongeur, maître d’hôtel, caissier et réceptionnistedurant un stage qui lui fera toucher de très près la fonction qu’ilaura à gérer par la suite. C’est là aussi qu’ilapprendra, comme il dit, que pour servir et faire plaisir, il faut avoir le sensdu détail, dans un métier où l’on travaille sous l’œilacéré du client. «Le service est une attention de tous lesinstants, et puis cela ne se stocke pas, ce qui fait qu’il faut avoir toutle temps, et à portée de main, sourire, disponibilité, réflexe,réactivité et savoir-faire. Notre métier est un prolongementdu sens de l’hospitalité si partagé au Maroc».

«L’erreur est l’imprésario de la vérité»
Comment travaille Marc Thépot ? La première des choses est de savoirs’entourer, car le don d’ubiquité n’est pas de ce monde,pour déléguer. Pour Marc Thépot «déléguerc’est se démultiplier». Dans le processus du choix des collaborateurs,dit-il, «il faut toujours s’assurer que ceux qui vont vous seconderpartagent les mêmes valeurs et, personnellement, je privilégie instinctivementles jeunes. Et, en faisant ce choix, tout en étant un peu partout sansy être, on prépare la relève».

Ne pas être inhibé par la peur de se tromper
Pour le reste, le DG d’Accor Maroc considère que l’hôtellerieest un métier d’épicier avec des moyens industriels et, pourlui, là plus qu’ailleurs, le modèle qui marche est de fairesouscrire vos collaborateurs à des moyens de fonctionnement qu’ilsferont leurs, autrement, aucune technique de commandement ne viendrait à boutde leur résistance.
L’autre difficulté du métier d’hôtelier est qu’ilfaut toujours être dans l’urgence et la stratégie. L’urgenced’apporter des solutions à tous les imprévus qui font lequotidien du métier, et la stratégie pour anticiper toutes lesgrandes décisions qui pérénisent le business. Marc Thépotn’a de cesse de dire qu’«un dirigeant doit se concentrer sursa vocation de skipper et, là aussi, une des grandes qualités d’unmanager hors pair est de ne pas être inhibé par la peur de se tromper.L’idée de base qui doit prévaloir dans les prises de décisionest que l’erreur est l’imprésario de la vérité.Une erreur peut avoir un coût, mais quand on sait en tirer les conséquenceset les enseignements, elle peut devenir d’un apport qui n’a pas deprix».

Sur son expérience au Maroc où il est en poste depuis janvier 2002,il dit : «Tout le monde sait apprécier ce pays et moi j’yai appris en plus que l’on peut obtenir tout ce qu’on veut, en évitantd’être arrogant et en prenant garde à ne jamais humilier lesgens». Pendant toutes ces années, il a largement contribué à lamontée en puissance du groupe Accor au Maroc. A ce jour, la chaînecomprend des dizaines d’établissements (Ibis, Sofitel, Mercure,Club Med), sans compter les projets d’envergure, comme le Casa City Center,en cours de réalisation, et dont le maître d’ouvrage est lefonds Risma, détenu à hauteur de 40 % par le groupe.