Il a multiplié par trois les ventes de Renault Maroc

Leonardo Pereira Dos Santos a fait toute sa carrière chez Renault.
Ses succès marquants : le glissement du Kangoo de l’utilitaire
au segment véhicule particulier et la concrétisation du projet
Logan.
En matière de RH, il a su gérer ou désamorcer les crises
et aucune grève n’a marqué son mandat.

Discret, presque effacé, parfois même absent, curieusement, l’homme ne passe jamais inaperçu. Leonardo Pereira Dos Santos, c’est de lui qu’il s’agit, a présidé aux destinées de Renault Maroc de juin 2002 à mars 2006. Une période riche en événements comme le retour à la rentabilité pour l’entreprise ou encore la concrétisation du fameux projet «Logan». Leonardo Dos Santos n’est pas de ces patrons qui veulent à tout prix briller à coup de mots qui font mouche ou d’actions d’éclat. C’est une force tranquille qui se veut aussi… rassurante. Mais, à la vérité, ce n’est là que la «partie visible» de Leonardo Dos Santos. Et il n’est pas besoin de s’informer auprès de ses collaborateurs pour comprendre que c’est un «faux calme».

Il arrive au Maroc sans aucun collaborateur dans ses bagages et n’effectuepas de changement notable dans la structure de l’entreprise durant la premièreannée de son séjour. Ce n’est qu’après un diagnosticméticuleux qu’il procède à des réaménagements,notamment en donnant une plus grande autonomie à certains départementset en en créant d’autres, comme la direction marketing ou le servicecommunication.

Si, aujourd’hui, tous les grands patrons d’entreprise se revendiquentcomme des commerciaux d’abord, Leonardo Dos Santos s’en défend,un peu timidement mais explicitement. «J’aurais certainement été unpiètre vendeur de voitures. Les patrons peuvent être des commerciaux,cela ne les dispense pas de jouer leur rôle majeur, qui est d’animerdes hommes autour de quelques idées maîtresses, de jouer sur lesgrands équilibres des entreprises qu’ils dirigent et d’anticiperde grandes décisions qui placeront les produits qu’il faut au momentvoulu», explique-t-il.

Avec lui, Renault Maroc a renoué avec les bénéfices
M. Dos Santos est né au Portugal en 1948, et c’est à Lyonqu’il obtient son diplôme d’ingénieur en mécanique.C’est encore à Lyon que viennent le chercher les recruteurs de Renault,en 1969. Il aura différentes responsabilités au sein de cette entreprise à laquelleil est resté fidèle, dans les domaines de la pièce de rechangeet du service après-vente, à Londres, Paris et Lisbonne.
De son expérience marocaine, le président sortant de Renault Marocretient plusieurs choses. «Il faut savoir, rappelle-t-il, qu’à monarrivée, l’entreprise était loin de faire des profits. Ila fallu réduire les dépenses, agir sur les leviers de la venteet sur la structure des ventes au Maroc». Concrètement, RenaultMaroc a renoué avec la rentabilité en réalisant des bénéficesen 2005 et 2006. Le volume des ventes est passé de 8 000 véhicules en 2002 à 24 000 aujourd’hui.

M. Dos Santos n’en dit pas davantage sur les chiffres, mais il se rappellecomment il a remporté le succès du Kangoo, le sortant de l’utilitairepour l’ancrer au créneau de la VP (voiture particulière),en lui apportant les modifications nécessaires.

L’autre moment fort de sa présidence est le programme de la Loganqui, pour avoir été exemplaire, a dû lui donner quelquesfrayeurs, notamment le jour où les commandes atteignirent 2 000 exemplairesalors qu’il n’y avait pas encore l’ombre d’un véhiculeassemblé. L’ancien président se souvient aussi avec une délectation à peinedissimulée du jour où il reçut une grosse commande pourle même véhicule, alors que le prix n’en avait pas encore été fixé parle constructeur. Il valida alors un prix pour que la commande n’échappepas à la filiale et l’opération fut ainsi réalisée.

Il avoue naviguer entre paternalisme et autoritarisme
Sur d’autres plans, comme les ressources humaines, il a toujours su gérerou désamorcer les crises et se déclare satisfait qu’aucunegrève n’ait marqué son mandat. Pour ce qui est de sa techniquede commandement, M. Dos Santos avoue, contre toute attente, naviguer entre lepaternalisme et l’autoritarisme. Etonnant de la part d’un homme quiparaît si «inoffensif». Mais, ajoute-t-il, «il faut savoirobtenir des résultats et cela passe par une capacité d’adaptationaux situations. Et si je suis aussi partisan de la politique de délégation,j’insiste sur le fait que toute la question est de savoir déléguerau juste niveau».

Et quand on lui demande de livrer quelques détails croustillants qui ontcertainement émaillé sa présidence, Leonardo Dos Santosa un sourire gêné, celui d’un homme prudent qui redoute d’écorcherquelqu’un au passage. Une chose, pourtant, l’a frappé : lenombre impressionnant de lettres anonymes qu’il a reçues durantsa présidence. La plupart de ces missives, se souvient-il, avait pourobjet la dénonciation de collègues au travail. Certaines d’entre-elles,cependant, contestaient vigoureusement sa gestion ou certaines de ses décisions.