Il a fait de «Rahal traiteur» un empire de la restauration

Enfant, il tenait déjà  la caisse dans
la petite boutique de son père, après l’école.
Diplômé en télécoms, il mettra de côté ses
compétences techniques pour faire tourner le business.
Le «Maître traiteur» opère aujourd’hui dans
la restauration collective, le catering, l’agro-industrie et s’apprête à  créer
3 000 emplois.

Quand on rencontre Karim Rahal pour la première fois, on est tellement frappé par sa bonhomie, son humilité et son esprit taquin que l’on a du mal à mettre la main sur l’homme d’affaires qui veille sur le groupe que lui a légué son père. Un groupe, aujourd’hui diversifié, qui emploie 4 000 personnes, et dont Diafa traiteur, le vaisseau amiral, génère, à lui seul, un chiffre d’affaires annuel de près de 100 MDH. Le côté attachant de Karim Rahal, peu avare en sourire et doté d’un intéressant répertoire de blagues, ne nuit cependant en rien à sa nature de redoutable négociateur prêt à mettre entre parenthèses tous ces côtés dès qu’il s’agit de parler affaires.

Karim est né en 1957 dans l’ancienne Médina de Casablanca.Il en parle avec une franchise qu’on n’attend pas d’un personnagevivant aujourd’hui dans l’opulence : «Je n’ai aucunehonte à me remémorer les moments de pauvreté de nos débuts.Mon défunt père a beaucoup souffert pour répondre aux besoinsd’une famille de 7 enfants. Il avait commencé par une pâtisserie,mais avant cela, les gâteaux qu’il vendait étaient faits maison.C’était de la pâtisserie de pauvres, cela ne rapportait pasgros et, même, à l’ouverture de la petite boutique qu’iltenait, l’activité était saisonnière et je n’oublieguère qu’il nous est arrivé de ne pas manger à notrefaim».

A entendre Karim Rahal, on comprend que l’homme refuse de s’installerdans la démarche d’un homme riche qui veut gommer ses racines car,dit-il, «mon père s’est fait tout seul et cela ne me gêneraitpas de refaire son parcours si un jour le besoin s’en faisait sentir. Unetelle éventualité n’est, certes, pas souhaitable, mais ellene m’empêche pas de dormir parce que, psychologiquement, je m’ysuis préparé».

Il a fait ses premières armes en accompagnant son père pour certainesnégociations
Il se souvient de son enfance insouciante mais studieuse et de la tenue de lacaisse de la pâtisserie paternelle où il officiait dès leretour de l’école, parfois jusqu’à 20 heures. Celane l’empêchera pas, plus tard, après un Bac technique obtenuen 1977, d’obtenir une double licence en électronique/mécaniqueet une maîtrise en télécoms. Il enseignera pendant une année à l’Institutnational des postes et télécommunications à Rabat, maisles affaires de son père l’absorbaient beaucoup, ne serait-ce quepar obligation, puisque son père, qu’il admirait, le voulait aveclui dans toutes les négociations et démarches. Cela a été trèsformateur. Il y a eu aussi la curiosité et l’esprit de défi,car le jeune Karim voulait introduire une petite touche personnelle dans l’administrationdes affaires familiales.
Il énumère les grandes étapes de l’histoire du groupequi, depuis la toute petite affaire familiale fondée en 1946 – et quin’a jamais cessé d’exister – à la prise en charge,en 1994, de la restauration lors du sommet du Gatt, à Marrakech. Maisavant cela, il a fallu faire preuve d’anticipation avec l’ouvertured’une salle de fêtes à Derb Tazi, en 1970. Mine de rien, c’estde là qu’a commencé le grand tournant de Dar Diafa car, expliqueKarim Rahal, «personne, à l’époque, ne disposait d’unespace pour recevoir des centaines de personnes pour une fête. C’estde là qu’on a organisé des réceptions de partis politiquesou des fêtes de taille. Même les hôtels n’étaientpas équipés pour ce genre d’événements».
En 1961, déjà,

la première manifestation de taille
L’idée de créer cette salle remonte cependant à 1961.Cette année-là, rappelle-t-il, son père avait pris en chargela restauration du 2e congrès du parti de l’Istiqlal. Il y avaitlà 1 000 convives et le repas (tagine et pain) avait été facturé à 1,20DH.
Et c’est à partir de là que l’entreprise qui allaitprendre le nom de Manzeh Diafa prit son essor jusqu’à êtrereprésentée dans quatre villes du pays (Casablanca, Rabat, Fèset Marrakech), avec toute la logistique et le matériel qu’il a fallupatiemment mettre en place.

Karim Rahal se retrouve aujourd’hui à la tête d’un véritablegroupe et doit défendre son rang de leader incontesté de la restaurationcollective dont la renommée a manifestement dépassé lesfrontières du pays. Et pour cela, il doit gérer un effectif de1 200 personnes, une flotte importante de véhicules spécialiséssans parler des moyens logistiques et matériels comme les 10 000 m2 dechapiteaux et de tentes, les 3 500 m2 de cuisines et les 30 000 m2 de dépôts.

Aujourd’hui qu’il est à la tête du groupe, secondé parses frères et sœurs, Karim Rahal a choisi d’élargirson champ d’activités, sans s’éloigner de la restaurationet de l’agroalimentaire. Chose que, de son vivant, son père avaitrefusé, excepté un centre d’appel qu’il finança à hauteurde 3 MDH. Pour Karim Rahal, le fait d’être en passe de créer3 000 nouveaux emplois est une gageure et une motivation qui n’a rien à voiravec le sens des affaires. C’est ainsi que «La Brioche dorée»,les cafés des aéroports, la production de jus, la restaurationd’entreprise (y compris une prise de participation dans Eurest) sont autantde chantiers où il s’investit depuis 2000. Mais cela n’estqu’un prolongement d’une chose peu connue du public : Diafa traiteurfait 50 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, notammenten Afrique. Et c’est de là peut-être que l’idéed’élargir le spectre de l’activité de la société mèreest partie.