Homme d’affaires talentueux et musicien hors pair

Ingénieur de formation, violoniste primé au Maroc et à l’étranger, Farid Bensaïd a créé sa première société à 24 ans tout en étant salarié.

Il a développé et racheté Mondial Assistance en association avec Moulay Hafid Elalamy avant de revendre ses parts en 2006.
En 2005, il fonde la holding Tenor, qui compte déjà 20 sociétés et réalise un chiffre d’affaires annuel de 1,3 milliard DH.

Constamment à l’affût d’opportunités, adepte de l’aphorisme «l’argent appelle l’argent» et le flair toujours en éveil, Farid Bensaïd, patron du groupe Tenor, a toutes les caractéristiques de l’homme d’affaires classique. Cependant, il n’est pas enfermé dans le carcan du profit à tout prix. L’homme est cultivé, musicien non pas à ses heures mais de la première heure, violoniste de renom, primé à des concours nationaux et internationaux. Les affaires, selon lui, sont d’abord des moments de créativité, d’anticipation, certes, mais surtout des moments intenses de réalisation de soi. Jusque-là, sa vie de patron a été guidée par ces principes.
Né en 1961 à Rabat, Farid Bensaïd est l’aîné d’une fratrie de trois enfants dont deux filles. De son père cheminot et de sa mère postière, il hérite des valeurs comme la reconnaissance du mérite, la solidarité et un sens prononcé des droits humains. Il est perfectionniste et pas manuel pour sou. A 10 ans, il s’inscrit au conservatoire, «un peu par hasard», dit-il. Il choisit tout de suite le violon pour lequel il développe une passion qui ne se démentira plus.

Elève de la «Mission», il passe son bac en même temps que le concours pour le premier prix de violon au Conservatoire de Rabat et réussit les deux avec brio. Son père, un peu inquiet au début de le voir toucher à tout, y compris au sport, avec le même souci d’excellence, comprendra, une fois pour toute, que son fils est promis à un bel avenir. Il n’opposera aucune résistance quand le jeune Farid décidera de suivre, en 1979, certains de ses amis pour faire ses prépas en France.

Une première tentative de business dans le transport
Il atterrira au lycée Lacanal, à Paris, qui compte parmi ses anciens élèves des figures illustres comme Léopold Sedar Senghor ou Georges Pompidou. La suite coulera de source. Farid Bensaïd choisit l’Ecole supérieure des travaux publics (ESTP) de Paris et en sort ingénieur en génie civil, en 1984. Il n’a pas renoncé pour autant à sa passion pour le violon puisqu’il sera premier prix de musique de chambre dans un concours. Il trouvera le temps d’ajouter à son tableau de chasse un diplôme en gestion des entreprises (un troisième cycle obtenu à la Sorbonne en cours du soir). Avec tout cela, et pour joindre les deux bouts, il trouve le temps de donner des cours du soir en maths, une discipline où il excelle.
Une fois ses études terminées, il rentre dare-dare au pays et se fait recruter par une société appelée Margec. Nommé directeur des travaux, c’est dans le Maroc profond qu’il est envoyé, entre Souk Tlat et Mechraâ Belksiri, pour y réaliser, entre autres, une station de pompage sur le Sebou. Il a alors 23 ans. L’année d’après, il convainc son patron, qui fut d’ailleurs son premier client, de l’autoriser à créer une entreprise de transport, et son oncle d’apporter les fonds nécessaires. Il commence par l’achat d’un semi-remorque d’occasion. Tout en travaillant, il gère ses affaires à côté. Quand il a revendu sa société, en 1997, sa flotte comprenait une bonne dizaine d’engins.

Sa passion : créer, développer et revendre
Entre-temps, il avait quitté Margec, en 1987 et, après un bref passage à la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), il intègre une filiale de Matra, ITT, comme directeur général adjoint. Mais il n’y resta pas longtemps. En effet, dès 1989, il prend en main Mondial Assistance, société moribonde qui comptait 10 employés sur un espace de 100 m2 et traînait une perte cumulée de 6 MDH pour un chiffre d’affaires de 5 MDH. Il y restera assez longtemps pour la redresser progressivement avant de la racheter lui-même, en association avec Moulay Hafid Elalamy. Au moment de la revendre, en 2006, l’entreprise employait 120 personnes et affichait un chiffre d’affaires de 25 MDH.
Mais, depuis 2000, Mondial Assistance n’était plus sa seule préoccupation. Farid Bensaïd avait en effet trouvé le temps de monter un centre d’appel d’un millier d’emplois, un des tout premiers du pays, également revendu en 2005.

On le voit bien, Farid Bensaïd est un homme d’affaires infatigable et, on n’est pas étonnant d’apprendre que c’est encore lui qui a créé SOS médecins, en 1993. Quand on lui demande pourquoi il a cédé autant de sociétés, il s’empresse de souligner qu’un «véritable homme d’affaires doit aussi faire faire de bonnes affaires aux autres». Et puis, poursuit-il, «je n’ai jamais été animé par le besoin de gagner de l’argent. J’ai juste misé sur certains domaines d’activités à l’époque naissants. Et il se trouve que je ne me suis pas trompé». Décryptage : sa recette pour gagner de l’argent consiste justement à surtout ne pas courir après le gain puisque celui-ci vient de lui-même.
Mais, au regard de ce qu’il fait aujourd’hui, force est de constater que M. Bensaïd a le virus des affaires dans les veines. Depuis 2005, alors qu’il n’avait pas encore quitté Mondial Assistance, il préparait un coup de maître : la naissance de la holding Tenor groupe. Bien entendu, ce nom, pas spécialement commercial, n’est pas le fruit du hasard. Après avoir racheté une société de courtage en assurance, Afma, la holding travaille dans six autres métiers, entre autres la radio et les télécommunications, compte une vingtaine de sociétés et emploie déjà 720 personnes. En 2007, Tenor a fait un chiffre d’affaires de 1,3 milliard de DH, et ce n’est qu’un début. En effet, Farid Bensaïd compte investir dans des domaines comme le placement, l’immobilier…