Homme d’affaires discret et lobbyiste confirmé pour l’agriculture

Ingénieur agronome, producteur de céréales et de légumineuses, multiplicateur de semences : il ne vit que pour le travail de la terre.
Après deux courtes expériences dans le public puis le privé, il crée sa propre société dans le domaine des semences en 1986.
Il est à  l’origine de la création, en avril 2006, de la Confédération marocaine de l’agriculture (Comader) dont il est aujourd’hui président.

Il y a des hommes d’affaires qui n’en donnent pas l’air. Non pas qu’ils le cachent ou qu’ils aient des raisons de le faire, mais on ne décèle pas tout de suite le fin stratège ou le redoutable négociateur derrière leur air enjoué et désintéressé ou leur spontanéité touchante et inoffensive. Ahmed Ouayach en est une illustration frappante. Fils d’une famille berbère conservatrice du Maroc profond, Ahmed Ouayach, aujourd’hui PDG de la Société nouvelle de semences, est fier de ses origines lui qui a vu le jour, en 1952, à Afourer, dans les montagnes avoisinantes de la ville de Béni-Mellal. Il ne cache pas qu’il a été un enfant turbulent et confie avec un naturel déroutant : «Je dois tout à mes racines et cela explique mon attachement à la terre, même si mon père était fonctionnaire et non agriculteur. Et puis, j’ai aussi beaucoup appris de la rue qui me paraît une bonne école, même si la rue de mon époque n’a rien à voir avec celle d’aujourd’hui».
Si c’est à Afourer qu’il est né, il migrera lui et sa famille d’abord à Tanant, à 50 km d’Azilal, puis à Béni-Mellal, au gré des mutations de son père. Il se souvient de la falaqa au M’sid puis de l’école où il s’initie aux maths, mais aussi de sa grande passion pour le football et ne cache pas qu’il a failli faire carrière dans l’équipe mellalie où il a joué un moment.
C’est à Casablanca qu’il est venu passer son bac en sciences expérimentales, en 1970, et s’inscrira à l’Ecole nationale d’agriculture de Meknès pour un diplôme d’ingénieur, obtenu en 1974. Et déjà, à cette époque, il se découvre un penchant pour les sciences du sol et notamment pour les aspects de la fertilité. Ce n’est donc pas un hasard si, des années plus tard, il a investi dans le secteur des semences.
Il a repris ses études après trois années de vie active pour devenir ingénieur d’application
Mais avant d’en arriver aux affaires, le jeune ingénieur agronome qu’il est, en ce début des années 70, va faire ses premiers pas dans la vie active dans la fonction publique. Il commencera alors au ministère de l’agriculture et sera nommé à Ksar El Kébir. Le hasard veut qu’il assiste dès le départ à la mise en œuvre de la réforme agraire et le lancement des premiers périmètres d’irrigation, notamment pour la canne à sucre. Mais deux années plus tard, il veut compléter ses études et obtient une bourse pour devenir ingénieur d’Etat à l’Institut agronomique Hassan II à Rabat entre 1978 et 1980.
Une fois le précieux diplôme en poche, il retourne à Ksar El Kébir pour rejoindre son poste durant deux années encore. Il sera ensuite affecté à Tadla d’abord comme directeur adjoint puis comme directeur de l’Office régional de mise en valeur agricole (ORMVA). A l’époque, se souvient-il, la région comptait  une superficie irriguée de 120 000 ha.
Il gardera depuis cette époque un contact solide et direct avec la terre et les paysans. Ahmed Ouayach savait, toutefois, qu’il ne resterait pas éternellement fonctionnaire car l’esprit de s’établir à son propre compte mais aussi l’irrésistible besoin d’être autonome l’ont toujours tenaillé. Le déclic va se produire en deux temps. Il commence d’abord par quitter la fonction publique pour rejoindre le secteur privé en 1980. Son expérience sera de courte durée puisque, en 1986, il décide de faire le grand saut en trouvant des partenaires pour lancer la Société nouvelle de semences. Il arrive à mobiliser un million de dirhams, lui et ses associés.
Fondateur de l’Association marocaine des semences et
de la Comader
Ahmed Ouayach n’aime pas beaucoup parler de ses affaires. «Le travail doit se faire dans la discrétion et l’argent n’est qu’un aspect des choses. Nous avons quelques entités dans les semences. Aujourd’hui, nous réalisons un chiffre d’affaires respectable et employons, outre un bon nombre de saisonniers, une bonne trentaine de permanents sur quelques centaines d’hectares que nous  exploitons», estime-t-il.
Ahmed Ouayach a horreur de s’attarder sur les aspects chiffrés des entreprises dont il est le PDG. Et c’est presque avec pudeur qu’il ose parler, même brièvement, de ses autres projets, toujours dans le secteur de la semence. Pourvu qu’il ait de la visibilité, il compte s’installer d’abord dans le Gharb puis à Doukkala, Saïss et l’Oriental. Objectif : atteindre 10 000 ou même 15 000 ha, soit directement exploités et possédés soit à travers des contrats d’agrégation ou simplement par le biais de la location. Tout cela ne le détourne pas le moins du monde du travail de la terre puisqu’il est toujours dans la production de céréales et de légumineuses.
En fait, l’homme a des ambitions qui dépassent le seul besoin de faire des affaires. Et c’est pour cela, dit-il, qu’il a milité pour créer la Confédération marocaine de l’agriculture et du monde rural (Comader). Il s’en explique : «Il faut savoir que le secteur des semences pèse un peu plus d’un milliard et demi de DH et qu’il regroupe quelque 50 entités. Après avoir été le fondateur de l’Association marocaine des semences et plants qui existe depuis 1992, il fallait passer à quelque chose de plus transversal. Et la Comader veut justement mettre à niveau le secteur agricole sans esprit corporatiste et encore moins syndicaliste». Il précise que toutes les filières sont concernées, «même si certaines vont exiger plus de travail que d’autres déjà très avancées comme le sucre ou le lait». Des ambitions sans limites pour faire de la terre une des toutes premières sources de richesse du pays.