Hicham El Bayed : Chercheur en économie, il prend le pari du business vert

Docteur en économie, maître de conférences et consultant, il a décidé de se lancer dans le monde des affaires.
Avec deux associés, il a introduit au Maroc un concept écologique de lavage de voiture sans eau.
L’enseigne Viréo, qu’il dirige, a déjà  des franchisés en France, et lorgne les autres pays d’Europe francophone et le Maghreb.

Etre chercheur n’est pas une fatalité. Cela peut mener à tout, pourvu qu’on ait une bonne dose d’ambition et de créativité. La trajectoire de Hicham El Bayed, DG de Vireo Car Wash, en est un exemple vivant. Maître de conférences et consultant, il s’est mué en quelques années en homme d’affaires avisé qui, après avoir, à peine, créé un concept, a commencé déjà à l’exporter : laver son véhicule sans la moindre goutte d’eau et sans aucun produit chimique dans l’acception habituelle du terme. Son entreprise s’appelle Vireo et a deux antennes, l’une à Casablanca et l’autre à Rabat, sans compter des franchisés. Il a ce mot d’esprit pour expliquer son cas : «Durant quelques années, j’ai conseillé aux entreprises et à leurs dirigeants quelques recettes pour gagner en compétitivité et en gouvernance et je me suis soudainement mis en tête de le faire moi-même par moi-même et voilà le résultat».
Les conditions de vie de la famille où il naquit en 1972 à Casablanca ne l’ont pas particulièrement aidé à faire de longues études. Il est le benjamin d’une fratrie de six frères et deux sœurs. Son élan a, d’abord, été brisé après son bac sciences expérimentales qu’il obtient au lycée Moulay Abdellah en 1990. Il rêvait d’aller en France, mais les conditions matérielles ne le permettront pas.

Son intérêt pour l’écologie s’est manifesté depuis ses études supérieures

Alors, il s’inscrit à la Faculté de droit de Casablanca pour une licence en sciences économiques puis attaque un troisième cycle, à Rabat, en travaillant sur des thèmes qui lui tiennent à cœur : le tourisme, l’environnement et l’écologie. Il sort major de sa promotion en 1997. Et dans le cadre du programme Mobilité internationale Rhône-Alpes (MIRA), il a la possibilité d’aller faire un doctorat en économie à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble, en cotutelle avec l’Université MohammedV de Rabat. Tout en préparant sa thèse, il est chargé de cours à l’Université Blaise Pascal à Clermont-Ferrand. Chose rare, on lui accorde une soutenance unique devant un jury au Maroc. Son travail est consacré au «Tourisme durable et développement local : approche par la dynamique territoriale et les indicateurs de durabilité». C’est en quelque sorte la continuation de son mémoire de troisième cycle. Il soutient sa thèse en 2003 mais il restera quelques années de plus dans l’Hexagone.
A son retour au Maroc, en 2007, il est maître de conférences à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech. En parallèle, il exerce comme consultant pour de grandes entreprises telles que Dell, l’Office national de l’électricité (ONE), Yazaki, Lear corporation… Il gagne assez bien sa vie et ne songe pas du tout à se lancer dans les affaires. Mais la rencontre avec Ali Ankouri et Mehdi Sallam, ses deux associés actuels, va lui faire changer d’avis. Et il n’est pas surprenant qu’il choisisse d’investir dans une activité liée à la préservation de l’environnement. A travers ses travaux universitaires, Hicham El Bayed avait clairement manifesté sa passion pour ce domaine avec lequel il avait commencé à se familiariser sur le terrain, quand il travaillait pour une agence de voyages, à l’époque où il préparait sa thèse de troisième cycle.
Hicham El Bayed et ses associés développent un concept de lavage «écologique» des voitures sans eau. Le principe est d’utiliser des produits à base d’agrumes, d’argile et d’huiles essentielles, 100% biodégradables. Cependant, il fallait que le projet soit économiquement viable. «Même si les clients comprennent rapidement que nos méthodes permettent d’économiser près de 150 litres d’eau par véhicule, il faut d’abord les convaincre de venir chez nous. Alors, j’ai réfléchi sur les produits, les prix mais aussi sur la nature de l’espace qui doit accueillir les enfants et la famille durant l’opération de lavage, en mettant, par exemple, à leur disposition une liaison wifi», explique M. El Bayed. L’entreprise est créée en 2008 et l’activité démarra aussitôt après. L’investissement initial n’a pas été lourd puisque Hicham El Bayed et ses associés n’ont mis sur la table qu’une mise de 220 000 DH dans le premier centre de Casablanca (hors local). L’option de la franchise est retenue pour développer l’enseigne au Maroc comme à l’étranger. Les droits d’entrées sont fixés à 50 000 DH et le franchisé s’acquitte d’une redevance de 1 500 DH par mois. En contrepartie, il bénéficie des services de la centrale d’achat pour l’approvisionnement en produits et la formation lui est assurée.

Il continue d’enseigner l’économie à l’université de Settat

En plus du centre de Casablanca, Vireo compte pour le moment deux points de services à Rabat et Oujda. Sur le continent, des projets d’ouvertures sont en cours en Algérie et en Tunisie. En Europe, l’objectif est d’essaimer un peu partout en France et en Europe, dans les pays francophones pour commencer. Déjà deux points sont ouverts à Grenoble et Paris. Suivront des villes comme Annecy et Thonon-les-bains. Mais les débuts sont évidemment difficiles. Pour son premier exercice plein (2009), le centre de Casablanca, qui emploie 7 personnes, a réalisé un chiffre d’affaires d’à peine 500 000 DH. Mais Hicham El Bayed est très confiant. «On en est encore à moins de 10% de ce que nous comptons faire. Et je dois dire que nos clients ne sont pas du tout rebutés par les 49 DH qu’ils paient pour le lavage de leur voiture. La preuve, ils reviennent !».
L’espoir est permis d’autant qu’il y a, au Maroc comme ailleurs, de plus en plus de prise de conscience sur des sujets comme la préservation de l’environnement et l’économie de l’eau. Avec ses nouvelles responsabilités, Hicham El Bayed n’a pas mis de côté sa casquette d’enseignant universitaire. Il a juste dû s’accommoder des contraintes que lui impose la gestion quotidienne de son entreprise. Pour être plus proche de Casablanca, c’est désormais à l’Université de Settat qu’il dispense ses cours.