Haut cadre et toujours ardent militant des droits de l’homme

Né dans une famille modeste, brillant mais obligé de travailler, il n’aura
pu aller plus loin qu’une licence.
Détenu politique, en 1984, il rate 10 ans de carrière professionnelle à  la
CDG dont il est aujourd’hui membre du comité de direction.
Il continue de mener une vie partisane intense au sein du PPS dont il est membre
depuis 1973.

Le pays se remet progressivement de son lourd passé en matière de droits de l’homme. Nombre de Marocains en ont été témoins, acteurs ou victimes à  quelque degré que ce soit. M’hammed Grine, membre du comité de la direction générale de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et président délégué de la fondation du même groupe, fait partie de ceux qui ont été en première ligne. Mais après avoir connu le pire, il a fini par refaire surface et réaliser une brillante carrière professionnelle. Certains le décrivent comme quelqu’un de raide, voire têtu, avec un côté «casse-pieds». D’autres, et ils sont nombreux, le trouvent touchant, généreux et débordant de force et d’énergie. Quoi qu’il en soit, l’intéressé ne cache rien de ses déboires passés.

Il est sur le point d’être nommé directeur du système d’information de la CDG, quand il est arrêté en 1984. Il est alors accusé d’avoir été parmi les instigateurs des émeutes de Rabat de la même année. M’hammed Grine avait bien été «cueilli» par la police plusieurs fois, pour quelques heures, au maximum un jour ou deux. Mais rien n’annonçait cette mise en accusation qui le marquera à  vie. Condamné à  huit mois de prison ferme, il voit sa carrière stoppée net. A sa libération commence une traversée du désert rendue plus difficile par une interdiction de quitter le territoire. Il prend alors son mal en patience et finit par réintégrer sa société d’origine grâce à  M’Fadel Lahlou qui en était alors le DG.

Il lui faudra cependant une dizaine d’années pour accéder au poste qui lui avait échappé. Dix années d’âpres efforts pour passer de simple cadre à  un des personnages clés de la caisse, qui verra, comme en attestent ses résultats et sa puissance, un mode de fonctionnement moderne et performant se substituer au modèle de gestion administratif d’antan. M’hammed a été l’un des acteurs de cette transformation, puisque c’est lui que choisit Khalid Kadiri, DG de la CDG à  l’époque, pour le poste sensible de DRH, au moment même o๠cette démarche fut adoptée en 1996.

Pourtant brillant en maths, il a fini par opter pour les sciences économiques
Mais revenons au commencement. M’hammed Grine est né en 1953 près de Rabat, dans un village situé entre Oued Cherrat et Oued Yqem. Sa famille, modeste, compte 10 enfants, garçons et filles, et son père, originaire d’Erfoud, gère un petit commerce de fruits et légumes. L’on comprend que le destin n’aura pas été tendre avec le petit M’hammed. S’il a eu la chance d’être inscrit à  l’école alors qu’il n’avait que cinq ans, fait rare à  l’époque, cette nouvelle occupation ne le dispensera pas de travailler le petit lopin de terre paternel. Toutefois, il comprend très tôt que l’école est une chance qui lui permettra d’échapper au dénuement. Le petit M’hammed se débrouille bien et il est doué pour le calcul mental, plus tard pour les mathématiques. Dès qu’il obtient le Certificat d’études primaires (CEP), en 1963, sa famille va s’installer au quartier Yacoub Al Mansour, à  Rabat.

C’est au lycée que commence progressivement son engagement militant. D’ailleurs, il se souvient très bien de l’annonce de l’enlèvement de Mehdi Ben Barka qui était alors l’élu de son quartier. Bachelier en sciences maths en 1971, il s’inscrit en Maths-physique à  l’université Mohammed V. Il se fera alors remarquer par ses condisciples à  la fac qui le choisissent comme représentant auprès de l’Union nationale des étudiants du Maroc (Unem).

Dès 1973, il est membre du PLS (Parti de la libération et du socialisme) qui deviendra le PPS. Entre-temps va se produire un événement qui changera le cours de ses études. S’inscrivant par curiosité en sciences économiques alors qu’il était en deuxième année Maths/physique, il finit par adopter la nouvelle section.

Il refuse le chèque de réparation de l’IER et demande le dirham symbolique
Quand il obtient sa maà®trise, il s’empresse d’effectuer son service civil pour aider sa famille, alors qu’il avait rêvé un moment de faire une prestigieuse école de commerce. Ainsi, de 1975 à  1977, il enseigne l’économie dans les écoles d’agriculture et, dès qu’il termine, il postule pour un poste à  la CDG. Il y est recruté en 1978 et affecté directement à  la Caisse nationale de retraites et d’assurances (CNRA) o๠il passera trois ans avant d’être nommé responsable de division à  la CDG.

Arrêté en 1984, il subit, comme tous ceux qui ont eu le malheur de tomber entre les mains de la police, les affres de la torture. A sa libération, il vit plusieurs mois de galère avant de réintégrer la caisse. Son statut de membre du PPS lui donne en même temps la possibilité d’écrire dans Al Bayane. C’est d’ailleurs en tant que journaliste qu’il a pu obtenir un nouveau passeport pour couvrir une activité… royale. Ce n’est qu’en 1995 qu’il est nommé directeur informatique. Et il ne reste pas longtemps à  ce poste puisqu’il sera successivement directeur de la gestion des titres, DRH et détaché comme secrétaire général à  la BNDE jusqu’en 2003, date à  laquelle il est nommé membre du comité de direction de la CDG et directeur du pôle «support» qui regroupe les RH, l’informatique, la comptabilité et les divisions logistique, juridique et fiscale.

Outre son statut de membre du comité de direction et son poste de président délégué de la Fondation CDG qui s’occupe de mécénat, d’actions sociales et de solidarité, M’hammed Grine est président délégué de l’institut CDG, espace de rencontres entre les universités et le monde de la recherche et prépare à  des masters (elle en est à  sa troisième promotion). Entre ses différentes responsabilités professionnelles, il a trouvé le temps de préparer un master d’études diplomatiques supérieures.

Son engagement militant n’a pas non plus faibli. Loin de là . Responsable des relations extérieures du PPS depuis 1998, M’hammed Grine est aussi membre de plusieurs organisations à  vocation politique, sociale ou économique, à  l’instar de l’Organisation marocaine des droits de l’homme (OMDH) ou du réseau Unité et citoyenneté, structures dont il est un des fondateurs…

Il ne fait jamais les choses comme tout le monde et, quand il obtient réparation de l’Instance équité et réconciliation (IER), il refuse le chèque de dédommagement et réclame le dirham symbolique qui lui a été récemment accordé.