Hassan Belkady, propriétaire des cinémas ABC, Ritz et Rif

Il est le premier chirurgien dentiste marocain formé aux Etats-Unis. Il a suivi les traces de sa mère qui a construit la célèbre salle Chahrazad de Casablanca en 1958. Avec ses confrères exploitants, il se bat pour sauver le secteur.

Quand il partit aux Etats-Unis en 1982, Hassan Belkady ne maîtrisait pas l’anglais. Déterminé et fasciné par le pays de l’Oncle Sam, il est le premier chirurgien dentiste à être formé dans ce pays, mais aussi parmi les pionniers de l’implantologie dentaire à ouvrir un cabinet à Casablanca.

Hassan Belkady est né à Casablanca en 1958. La famille est entichée de cinéma et il va baigner dans cette ambiance. C’est sa mère, Haja Oum Keltoum Ben Amar, qui a construit la célèbre salle de cinéma Chahrazad en 1958. Une salle de 1 200 places d’ailleurs inaugurée par feu Mohammed V en personne. Hassan va faire ses études au lycée Lyautey où il obtient un bac «D» en 1978. Ce sont des problèmes de santé qui sont à l’origine du retard relatif qu’il va prendre dans ses études. Il est reçu au concours de la Faculté de médecine de Nice. Mais au bout de deux ans, il décide d’aller aux Etats-Unis sans préparation. A l’université de Georgetown où il se fait admettre, il fait valoir ses unités de valeur acquises en France. En 1986, il termine ses études mais continuera à enchaîner des stages et des formations, toujours aux Etats-Unis.

Il a exercé à la clinique de la CNSS de Hay Hassani avant d’ouvrir son cabinet

De retour au Maroc, le Dr Hassan Belkady va travailler d’abord à la clinique de la CNSS de Hay Hassani et n’ouvrira son cabinet qu’en 1988, après deux années de pratique. Il est parmi les premiers chirurgiens en implantologie dentaire, spécialité qui commence à entrer dans les mœurs, à s’installer dans le pays. Il explique: «Bien entendu, il y a un prix à payer car une dent implantée coûte au moins le double que ce qui se fait par les méthodes classiques, mais avec une bonne hygiène, c’est pour la vie».

En fait, le Dr Hassan Belkady va rapidement avoir une double vie professionnelle. Son cabinet connaît certes un succès certain, mais il lui revient la prise en charge de la gestion des salles appartenant à sa famille, qui, en plus du Chahrazad, en possédait plusieurs autres dans le pays : ABC, Ritz, Mamounia, Olympia, Colisée… Il commence par se défaire des salles de Rabat et Marrakech car, dit-il, «avec la crise de l’activité et l’inexorable désaffection du public, je n’avais aucune chance de réussir le pari de suivre l’ensemble des salles et sauvegarder les emplois. Et puis il faut savoir que la numérisation d’une seule salle nécessite un bon million de dirhams au bas mot».

Alors, le Dr Belkady va devoir réaliser une opération de chirurgie inévitable et garder, en définitive, deux salles: ABC et Ritz. C’est en réalité tout le secteur qui a été bouleversé par la concurrence des DVD et autres nouvelles technologies permettant aux cinéphiles de visionner leurs films à domicile. Sur les 280 salles que comptait le Maroc, il n’y a plus que 40 en activité. Le taux de remplissage naguère estimé à 50% (autour de 50 millions de spectateurs par an) n’est plus que de 5% (à peu près 4 millions de clients). Cette désaffection est aussi expliquée par le fait que les exploitants n’ont pas réussi le virage numérique qui pouvait leur permettre de ramener une partie de la clientèle. Aujourd’hui, il n’y a guère plus d’une dizaine de salles équipées et numérisées dans tout le pays.

M. Belkady, tout comme ses confrères, ne baisse pas pour autant les bras. Il commence à redresser la situation en mettant le paquet sur des activités alternatives en investissant dans les équipements (parabole, décodeur, acoustique…). En octobre 2013, il a signé un accord avec Pathé Live pour diffuser certains spectacles. «Une première au Maroc», dit-il. Par exemple, ses salles ont retransmis les spectacles du Bolchoï de Moscou et du «Metropolitan» de New York tout récemment. Il s’agit d’un challenge qu’il faut essayer d’élargir, sachant que 70% des recettes sont reversées à Pathé Live. Selon toute vraisemblance, le public marocain en est demandeur, pourvu qu’il soit informé correctement sur les dates et les prix à l’avance.

Il s’active dans diverses associations

Hassan Belkady reste optimiste, si optimiste qu’il avait racheté le Rif en 2009. Mais avec des salles dont le chiffre d’affaires varie de 600000 à 800 000 DH et le salaire d’une quarantaine d’employés permanents à assurer, il est quasi impossible d’autofinancer la rénovation des locaux. C’est pour cela que la toute récente décision du Centre cinématographique marocain (CCM) de porter la subvention, initialement plafonnée à un million de DH, à 50% de l’investissement total permet aux exploitants, regroupés dans l’association des gérants de salles de cinéma, d’envisager l’avenir avec sérénité. Mais pour lui, le vrai enjeu est ailleurs : l’encouragement de la production nationale. En effet, grâce aux 60 MDH consacrés à la subvention de la production nationale, on est passé de 3 films réalisés par an, il y a dix ans, à 22 films en 2013. Il faut savoir que le film marocain attire 40% de l’ensemble de la clientèle et représente la même part dans le chiffre d’affaires du secteur.

Peu avare d’efforts, Hassan Belkady est aussi impliqué dans la vie associative à travers l’association Casa Mémoire, les instituts français et les différents programmes à l’adresse des étudiants ou différentes associations auxquelles il prête bénévolement ses salles.