Hakim Benchemass, secrétaire général adjoint du PAM

Lauréat de l’enseignement originel, il est d’abord attiré par la philosophie avant d’atterrir à  la faculté de droit. A 47 ans, il est le numéro deux du PAM, militant associatif et professeur des sciences politiques à  la fois.

Ses interventions, chaque mardi à la Chambre des conseillers, sont très suivies. Les enregistrements vidéo de ses «Droit d’informer» font un tabac  dans les forums de discussion et autres réseaux sociaux sur le Net. Hakim Benchemass, le trublion du Parti authenticité et modernité (PAM), celui qui vise souvent à voix haute ceux qui sont dans le collimateur du parti, sans que ce dernier ne se mouille officiellement, est aujourd’hui une star politique. Il cumule les postes, les responsabilités et les honneurs.
Pourtant, rien ne prédestinait ce natif du village de Béni Bouayach, dans la région d’Al Hoceima, en 1963, à devenir un homme politique célèbre. Il est aujourd’hui secrétaire général adjoint du premier parti politique du pays (à l’issue des communales de 2009), le PAM, président du premier groupe parlementaire à la deuxième Chambre et pour compléter le tableau, président de la commune de Yaâcoub El Mansour à Rabat. Il est aussi engagé dans l’associatif :  membre fondateur et dirigeant de l’Association Rif pour la solidarité et le développement (ARID). Son côté d’académicien complète la personnalité de l’homme. Benchemass est aussi professeur de sciences politiques à l’Université de Rabat.
Pour en arriver là, l’homme a parcouru bien du chemin. La providence a joué également un rôle important dans ce parcours exceptionnel. Hakim, à peine le certificat d’études primaires décroché, se dirige, comme bien des enfants de son village natal, à Al Hoceima. A l’époque il n’y avait que deux établissements secondaires, l’un moderne et l’autre originel, se rappelle le journaliste Abdessamad Bencherif. Benchemass a choisi l’Institut de l’enseignement originel, un établissement qui relève du ministère des habous et qui dispense un enseignement à forte dominance religieuse. «Pour nous, à l’époque, il n’y avait aucune différence entre les deux types d’enseignement», affirme aujourd’hui, sans aucun regret, Benchemass. Contrairement à la majorité de ses condisciples qui, ensuite, optent pour les études islamiques dans les autres universités, Benchemass a choisi une autre voie. En 1983, une fois le bac en poche, il se rend à Fès pour s’inscrire à la Faculté des lettres et y suivre des études de philosophie. Malchance ou heureux hasard, les délais d’inscriptions étaient dépassés. Changement de cap, il fera le droit à Oujda. A son arrivée dans la capitale de l’Oriental, le jeune lauréat de l’enseignement originel était déjà un militant… socialiste, accompli.

Deux ans, trois mois et trois jours de prison

Depuis fin 80, en effet, Benchemass avait fondé et dirigé l’antenne locale  de la jeunesse USFP à Al Hoceima. Il n’avait alors que 17 ans. Ses convictions politiques vont se radicaliser et à son arrivée à Oujda, il est séduit par l’aile baâssiste de la gauche radicale. Il intègre l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), sans toutefois y apparaître en tant que membre actif. En 1984, éclatent des troubles sociaux dans les principales villes du Nord. «J’étais à Al Hoceima et c’est là que j’ai été arrêté», se rappelle-t-il. Il est jugé à Oujda et écope d’une peine de deux ans fermes. «J’ai purgé deux ans, trois mois et trois jours», précise-t-il.
De ses deux années de détention, il garde un souvenir amer et les séquelles d’une grève de la faim de 20 jours pour exiger, entre autres, le droit de poursuivre ses études. A sa sortie de prison, il décide de se tenir à l’écart de la politique et de se consacrer à ses études -complétées par un troisième cycle à Rabat- et, plus tard, à l’enseignement. «J’ai pris mes distances, pendant 11 ans, avec l’action partisane, mais pas avec l’action politique», rectifie-t-il. Ses étudiants à l’Université de Meknès se souviennent: «Il exigeait que notre travail de mémoire soit axé sur le PJD et son ascension électorale en 2002». Benchemass s’en explique: «Ayant, moi-même, travaillé sur la pensée politique et particulièrement l’islam politique, j’ai constaté que ce champ de recherche n’était pas encore totalement défriché. Nous manquions en travaux sérieux dans le domaine. J’ai donc décidé de diriger un certain nombre de mémoires sur le PJD et le Mouvement d’Al Adl  Wal Ihssan pour essayer de cerner le concept de la démocratie et de la participation politique chez ces deux entités». Un bagage académique qui lui permet aujourd’hui de contrer avec aisance le discours de ses rivaux politiques du PJD.

Le MTD comme déclencheur du retour à la politique

Deux événements feront revenir Hakim Benchemass à l’action politique : le séisme qui a frappé Al Hoceima, le 24 février 2004 et la création de l’Instance équité et réconciliation (IER), deux mois plus tard. L’instance lui rappellera ses années de détention, mais aussi celle, un quart de siècle plus tôt, de son père emprisonné suite aux événements du Rif en 1958.
A cette époque  Benchemass s’engage à fond dans l’action associative au sein de l’Association ARID, entre autres et prend part aux débats de l’IER. Le cercle de ce débat va s’élargir et prendre de l’ampleur en 2005 et 2006 pour donner lieu à la naissance, moins d’une année plus tard, du Mouvement de tous les démocrates (MTD). L’homme prend, peu à peu, ses distances avec la gauche qui «connaît beaucoup de dysfonctionnements en raison notamment de la rigidité de son discours. Je suis, de par ma nature, contre les dogmes quels qu’ils soient», dit-il pour commenter ce virage décisif et inattendu dans son parcours politique qui l’a conduit au sommet de la hiérarchie du PAM.
Le parti fera appel à lui non seulement pour guider son groupe parlementaire, mais également, depuis quelques mois, pour superviser la restructuration et la réorganisation du parti. Un travail qui accapare toute l’attention de cet homme très sollicité à tel point qu’il joue l’équilibriste entre ses multiples fonctions. «Souvent aux dépens de mes autres engagements personnels et même parfois ceux du père de deux filles que je suis», dit-il.
Son entourage le dit également difficile à convaincre et rarement prompt à accepter facilement les avis des autres. «Chez lui, le professeur l’emporte souvent sur le politicien», laisse-t-on entendre. «C’est que, se désole-t-il, la majorité de nos parlementaires n’ont pas encore appris à travailler selon les normes de la méthodologie scientifique. Leur discours ne repose pas sur des fondements solides, donc non convaincant».