Fils d’artisan, aujourd’hui passionné par le social

Pur produit de l’école marocaine,
il n’a jamais songé à  faire ses études
en dehors du pays.
Enseignant et en même temps consultant passionné du social, il
rejoint le cabinet de Youssoufi en 1998.
En 2000, il se voit confier l’Agence
de développement social, alors
en création.

Mohamed Najib Guedira n’est pas homme à s’encombrer de fioritures. Pas matheux pour un sou, il aime pourtant les chosesclairement formulées. Il est partisan du fameux aphorisme : «Les choses qui se conçoivent clairement s’énoncent aisémentet les mots pour le dire arrivent facilement». C’est que cet homme est pragmatique; il aime à agir sur les choses sans trop philosopher.

Né en 1953 dans une famille modeste dont il est l’aîné detrois frères et une sœur, il a depuis toujours baigné dans un environnement manuel. De son père artisan et bazariste, il a hérité cebesoin de scruter les choses, de les toucher et de les transformer. Alors fasciné parle monde de l’artisanat, il se souvient de ses vacances scolaires qui rimaientavec de longues heures dans l’atelier familial. Son père encourageaitcet élan en le rémunérant pour chaque pièce fabriquée.Mais le jeune Mohamed Najib aimait aussi l’école et a attrapé,très tôt, le virus de la lecture. Et c’est finalement versles sciences économiques que son cœur va le porter.

Sa chance est de s’être fait inscrire à la Mission françaisecar, à l’époque, c’était gratuit. L’autrechance est d’y avoir été admis dès l’âgede cinq ans. Mais, curieusement, cet enfant du peuple qui a développé trèstôt sa fibre sociale n’envisage pas d’aller étudieren Europe et encore moins d’y aller chercher un destin meilleur. Aprèsle Bac, obtenu en 1971, il s’inscrit à la fac de Rabat et y décroche une maîtrise et un DESS. Par la suite, il postule pour un poste d’assistantet est retenu à l’issue d’un concours. C’était la belle époque car, dit-il, «nous étions cinq postulants pour trois postes budgétaires».

Il sera consultant pour plusieurs organismes internationaux
A partir de 1975, sa carrière dans l’enseignement seraun long fleuve tranquille, agrémenté par quelques faits d’armes dans le domaine syndical. D’abord, il est militant à la centrale UMT puis il rejoint le Syndicat national de l’enseignement supérieur où ilmilite pour l’amélioration des conditions de l’enseignant. C’est que, explique-t-il, à cette époque-là, les professeurs souffraient d’un énorme handicap : les améliorations obtenues au niveau du salaire leur furent octroyées sous forme de primes. De sorte qu’à la retraite, un enseignant, même avec des émoluments  de 10 000 DH, se retrouvait avec une pension de 3 000 DH à peine. Il se rappelle d’ailleurs qu’un de ses collègues n’a pu continuer à vivre dignement que grâce à l’octroi d’un agrémentde taxi, un geste du Palais.

Il se rappelle avoir durement négocié une retraite complémentaire auprès de la MAMDA qui avait alors créé l’AMCMA, à l’adresse des autres secteurs que l’agriculture qui était son cœur decible. L’autre combat qui a tenu à cœur à Mohamed Najib Guedira est le logement. Il a été à l’origine de lacréation d’une des premières coopératives du secteuret, confie-t-il, «c’est à cela que je dois mon logement actuel,comme beaucoup de mes collègues».

On le voit bien, le démon du social s’est très tôtemparé de Mohamed Najib Guedira, avant même qu’il ne fût nommé à la tête de l’Agence du développements ocial (ADS), dès sa création, en 2000. Et il ne le lâchera pas de sitôt. En effet, il travaillera aussi en qualité de consultant pour des organismes internationaux comme la Banque mondiale, le Pnud, l’OMS ou encore l’Usaid. Et là aussi, la question sociale est au centre de ses intérêts puisque les dossiers sont le financement de la santé, l’assurance et la prévoyance sociale et les premières moutures de l’Amo.

De trois collaborateurs en 2001, son équipe passe à 200 aujourd’hui
La politique dans tout cela ? Mohamed Najib Guedira n’en a jamais été bienloin et ce n’est pas un hasard si cet uspéiste est arrivé en1998 dans les bagages du premier gouvernement d’alternance de Abderrahmane Youssoufi dont il a été conseiller. Mais cela ne durera pas longtemps et Mohamed Najib Guedira ne veut pas s’attarder sur cette période. C’est qu’il a, dit-il, fort à faire avec l’ADS, qu’ila mise en place et dont il faut maintenant assurer la pérennité.

Dès le départ, il a fallu mettre sur les rails l’agence, en coopérant avec les différents acteurs et en s’inspirant de ce qui se fait de mieux à l’international. Il a commencé avec une équipe de trois personnes seulement, au moment du lancement réel, en 2001. L’effectif compte aujourd’hui plus de 200 personnes (ce qui s’explique essentiellement par la création de 16 coordinations régionales, l’agence assurant le suivi des projets deux années après leur réalisation). Le premier budget ? 6 MDH pour le fonctionnement et 40 millions pour l’investissement, finançant la triple missionde l’agence : les infrastructures de base, les activités génératrices de revenus et la formation. Les bénéficiaires des 1 200 projetslancés – 1 500 autres ont été refusés parce qu’irrecevables tant dans leur forme que dans leur esprit – sont aussi bien des associations que des collectivités locales. L’évaluation du chemin parcouru est encore difficile à faire de manière fiable car la plupart desactions enclenchées sont encore en cours. Cela n’a pas empêché l’ADS de faire un premier diagnostic en 2005 et de préparer une étude d’impact sur les bénéficiaires en cette fin 2007.

Le budget de l’ADS est aujourd’hui financé à 30% seulement par l’Etat
Le budget de l’ADS, c’est aujourd’hui quelque 460 MDH et l’objectif de Najib Guedira, qui était de devenir progressivement indépendant du Budget de l’Etat, est en train de se concrétiser puisque seuls 30% de ce budget sont financés par l’Etat. Pour M. Guedira, c’est à cela qu’il faut mesurer tout le chemin parcouru par l’agence.