Expert-comptable et plus encore

Il a été le premier expert-comptable formé dans le cycle marocain.
A 23 ans seulement, il réussit son premier exploit en sauvant un groupe
de filiales du CIH de la faillite.
A 27 ans, il renonce à  un salaire
très confortable pour continuer sa formation en vivant d’une indemnité de
stage.
Il est expert-comptable, enseignant, et gère la com’ de l’ordre.

Aucun chemin de roses ne mène à la gloire, disait le fabuliste français Jean de La Fontaine. Cette vérité-là, faut-il le rappeler à nos jeunes, ne souffre d’aucune contestation et vaut pour tous les temps. Elle se trouve parfaitementvérifiée par le parcours de nombre de jeunes et moins jeunes décideursbrillants et de self made men. Rachid Seddik Seghir, le premier diplômé ducycle d’expertise comptable 100% marocain mis en place à l’Iscae,peut être cité en exemple en matière de création d’entreprise à taillehumaine. L’homme aurait pu se contenter d’être cadre supérieurdans une grande entreprise ou dans un département ministériel,mais sa ténacité et son désir de s’affirmer ont orienté sonparcours autrement.
A peine diplômé il réussit à restructurer trois entreprises
Rachid Seddik Seghir est né en 1963 au quartier Lavillette, à Casablanca,dans une famille moyenne de quatre enfants, où le père est enseignantet la maman femme au foyer. Deuxième de la fratrie, c’est un enfantturbulent, chamailleur et porté sur tout ce qui est manuel, dont lebricolage. Il confectionne ses propres jouets, s’intéresse à lamenuiserie, ce qui ne l’empêche pas d’être major de l’académiede Casablanca quand il obtient son Bac sciences expérimentales. Il a 17ans – il doit une fière chandelle à son père qui l’afait admettre à l’école à l’âge de 5 ans- quand, en 1980, il est admis au concours du cycle normal de l’Iscae.
Après un stage dans une banque, il est recruté par le CIH en 1985pour redresser Promoconsult, un groupe de filiales formé de deux bureauxd’études et une société d’informatique, tousles trois en déconfiture. Au bout d’une année, mettant à contributionle bagage théorique de l’Iscae, il gagne son pari. Ce qui lui vautd’être promu directeur administratif de Promoconsult. Poste qu’iloccupera jusqu’en 1990.
C’est là qu’il va, de manière inattendue, déciderd’amorcer un virage périlleux. Et pour cause, il renonce à unsalaire confortable et au poste prometteur qu’il occupait et décide…de reprendre ses études ! Pour cela, il revient alors à son écoled’origine, l’Iscae, qui, cette année-là, venait justede lancer le cycle national d’expertise comptable. Alors marié etdéjà père de deux enfants, il décide de vivre d’unesimple indemnité de stage qu’il perçoit d’un cabinetde la place.
Mais l’homme a beaucoup de ressources et, parallèlement à ses études,il met au point un logiciel de consultation fiscale dont il dépose lebrevet et dont les revenus l’aideront à mieux vivre et à ouvrirson cabinet plus tard. Un tel exploit fera également de lui l’hommeidoine pour une mission que lui confiera la Banque mondiale, à la finde son stage en cabinet, pour accompagner la mise en place de la réformede la fiscalité immobilière au Maroc. Et comme il n’y a pasde hasard, le ministère de l’habitat fera appel à lui pourla restructuration d’Attacharouk, un organisme sous tutelle du ministère,pour assainir sa situation financière et foncière. Une nouvellecorde s’ajoute ainsi à son arc car il n’avait jamais eu auparavantd’expérience dans le service public.

Mais Rachid Seddik a un projet à long terme : créer son proprecabinet. Il finira par le réaliser en 1996 avec des moyens dérisoires.

En 1996, il crée son bureau d’expertise comptable
«Il ne faut pas croire que j’ai mobilisé un capital impressionnantpour débuter. J’ai payé deux mois de loyer et j’airéglé mon abonnement téléphonique et le tour étaitjoué. Il a fallu alors recruter de la clientèle», raconte-t-ilsur le ton de l’anecdote.
Et les premiers clients ne tarderont pas à frapper à sa porte.Rachid Seddik Seghir se rappelle que, durant les six mois qu’a duré lepremier exercice de son cabinet, il aura une douzaine de clients et réaliseraun chiffre d’affaires de
800 000 DH. Aujourd’hui, son effectif est passé à 20 personnescontre 5 au départ, et le chiffre d’affaires tourne autour de cinqmillions de DH. Le succès et les occupations du cabinet, dont la clientèleest à 40% européenne, n’empêchent pas l’expert-comptablede donner des cours à l’Iscae (encore une fois) en qualité d’enseignantassocié. Il trouvera également le temps de dispenser des coursau Conservatoire des arts et métiers de Paris.

Malgré un agenda surbooké, M. Seddik Seghir trouvera encore letemps de faire autre chose. Sa soif du contact et du relationnel le mèneranaturellement vers d’autres activités surtout associatives. C’estle cas de l’ordre des experts-comptables dont il est membre du bureau eten charge de la communication et de la revue interne. Aujourd’hui, le grandprojet de Rachid Seddik Seghir est l’introduction de l’informatiquedans le métier. Son idée est tout à la fois simple et ingénieuse: permettre aux PME-PMI, qui manquent cruellement d’outils d’aide à ladécision, de disposer de conseil en tout genre à travers un portail.Son invention tient en une phrase : démocratiser et industrialiser leconseil. Un chantier qui lui tient à cœur, depuis qu’il estdans le métier, qu’il considère comme son «bébé» maisdont il ne veut pas trop parler pour l’instant. «Je vous réservela surprise dans quelques semaines», s’amuse-t-il.

Quand on l’interroge sur le secret de sa réussite, Rachid SeddikSeghir s’étonne : «Je ne pense pas que mon parcours soit ungrand exemple de succès ! Mais je dois dire que la rue a beaucoup influencé lastructure de ma pensée et de ma personnalité ; elle m’a appris à necompter que sur moi-même. C’est pour cela qu’il est souventnocif de surprotéger les enfants. Pour le reste, il faut avoir des objectifsbien définis et savoir canaliser l’énergie nécessaire à leurmatérialisation.»