Déçu par le Maroc, ce scientifique réussit à  se faire un nom en France

Docteur en physique, il rentre au pays en 1987 mais les portes des universités marocaines lui restent fermées.
Enseignant, chercheur, conférencier, il se fera un nom en France, notamment au sein du CNRS.
En 2002, il créé une entreprise de fabrication de lasers médicaux.

On ne naît pas brillant, on le devient ! Mais cela suppose aussi un «je ne sais quoi » qui fait que l’on dispose de la dose de talent qui nous fera aller dans le bon sens. Une chose est sûre : il faut 99% de travail et 1% de génie. On sait depuis Einstein, et contrairement aux idées préconçues, que ce ne sont pas les performances scolaires d’un enfant qui déterminent son destin. Jaouad Zemmouri, aujourd’hui chercheur et physicien de renom, a été un élève «tranquille», comme il aime à se qualifier. Il obtenait à l’école primaire des notes de 11 ou 12 sur 20 et s’offrira même le luxe de redoubler ce qu’on appelait la classe d’observation.

Né en 1959 à Fès, son parcours scolaire connut un tournant décisif lorsqu’il se sentit victime de l’injustice d’un enseignant. Celui-ci, pour une raison inconnue, favorisait les filles. Le jeune Jaouad, jusque-là réservé et un tantinet distant, va exploser. Et depuis, non seulement il sera «incollable» sur la plupart des matières, mais figurera parmi les premiers en terminale. C’était le premier travail qu’il faisait sur lui-même pour conquérir son autonomie et se convaincre que, en dehors de l’effort personnel, aucune méthode n’était payante à l’école. A vingt ans, en 1979, il obtient son Bac sciences à Fès. Et là aussi, rien n’est joué puisqu’il commence par s’inscrire à l’Université des sciences et technologies d’Oujda, qui venait d’ouvrir. Mais pour le jeune Jaouad, comme pour toute sa génération, les choses sérieuses ne peuvent commencer qu’ailleurs. Il ne faut donc pas perdre de temps et suivre un cursus brillant à l’étranger. Autrement dit, se donner les chances d’arriver à un statut social et économique au-dessus de la moyenne.

Conscient de ses capacités intellectuelles, il refuse d’être pistonné
Le changement s’opère lorsqu’il obtient une bourse marocaine pour aller à Lille, juste après son Deug. Il y va à l’aveuglette, car, se rappelle-t-il, «je n’étais pas informé sur les cursus et heureusement que j’ai obtenu une équivalence pour mon Deug d’Oujda. Cela m’a permis de préparer ma maîtrise en physique, puis un DEA en physique de la matière et du rayonnement, que j’ai obtenu en 1984».

Il voulait servir et non se servir
A partir de ce moment, le destin de Jaouad Zemmouri est scellé… ou presque. La même année, il trouve un poste d’enseignant qui lui permettra de préparer son doctorat d’Etat à l’Université de Lille, diplôme qu’il obtient en 1987 et rentre illico presto au pays. Il est si sûr de son fait qu’il rend sa carte de séjour et pousse sa femme à renoncer à un poste d’enseignante, pensant qu’ils n’auraient aucun mal à s’intégrer dans le corps professoral au Maroc. C’était en juin 1987. En frappant à la porte de plusieurs universités (Fès, Rabat, Marrakech, Kénitra…), il va vite déchanter. Jaouad Zemmouri comprend très vite qu’il faut rebrousser chemin. Il repart en France en août.

Il se souvient de cette époque : «J’étais revenu au Maroc non pas pour un salaire, mais pour faire un travail où je pourrais me réaliser et apporter une part de l’expérience accumulée durant mon parcours académique. Autrement dit, pour servir et non pour me servir». A cet égard, il rappelle que certains de ses amis et connaissances voulaient le faire profiter de leurs réseaux. Il leur répéta qu’il n’avait pas fait autant d’études pour se faire «pistonner». De retour dans l’Hexagone, il doit alors chercher du travail et se résoudre à habiter chez ses beaux-parents. Il se contentera d’abord d’un poste d’enseignant dans un lycée avant de se voir recruter à l’IUT de Nancy comme maître de conférences, puis à Lille, en 1989, où on le titularise pour le retenir. Aujourd’hui, il est professeur dans la même université.

Il entretient sa fibre scientifique en publiant dans les revues spécialisées
Jaouad Zemmouri n’éprouve aucune rancœur pour n’avoir pas pu réaliser ses rêves au Maroc. Et puis, dit-il, «comme je ne voulais pas continuer à faire de la recherche pure, j’ai dû donner à mon travail et à ma vie une autre direction». En effet, le professeur d’université s’est mué en homme d’affaires en créant, en 2002, une société du nom d’Osyris, spécialisée dans les lasers médicaux et qui fait de la recherche sous contrat. Et ce n’est pas n’importe quelle société : elle emploie en effet une trentaine de personnes et a déposé 13 brevets.

Mais le fait d’être désormais homme d’affaires n’a en rien entamé sa fibre scientifique. En effet, il continue à faire de la recherche au sein du réseau du CNRS dans le Nord-Pas-de-Calais. Une région où il est si bien intégré qu’il est membre de la gouvernance du Schéma régional de développement économique. Parallèlement, il continue a exercer d’autres activités comme la publication d’articles scientifiques et pédagogiques de même qu’il anime des conférences et fait des communications à l’international. Songe-t-il à revenir un jour s’installer au pays ? Sûrement, mais pour l’heure, il compte encore capitaliser sur un succès qu’il a obtenu haut la main.