De «garçon d’écurie» à  cavalière professionnelle !

Elle faisait le ménage dans une ferme dédiée à  l’élevage de chevaux. Bouchra Marmoul, aujourd’hui 23 ans, devient «garçon» d’écurie.
Elle a décroché sa licence de jockey professionnelle de la Société royale d’encouragement des courses (Sorec). Une première nationale !

Chaque matin, on peut la contempler le long de la plage d’El Jadida, faisant face à l’hippodrome Lalla Malika, galopant à côté de son mentor et «grand frère» Bouchaib Bendaoud, un jockey confirmé. C’est face à l’océan Atlantique qu’elle s’exerce chaque jour pour les exercices de fond, sous le regard bienveillant de son entraîneur et éleveur de chevaux Christian Vaugeois. Cela se voit : Bouchra Marmoul adore monter les chevaux. Aujourd’hui, elle est la seule cavalière professionnelle marocaine à concourir dans les courses de chevaux qu’abritent les quatre hippodromes du Royaume, celui d’El Jadida, de Rabat, de Casablanca et de Settat.

Douar de cavaliers…

C’est d’ailleurs à Douar Gharbia, tout juste derrière l’hippodrome Lalla Malika, que la petite Bouchra a grandi. Un douar qui a vu naître un nombre considérable de jockeys, qui ont fait le bonheur des plus grandes écuries du pays, à l’image de la star nationale des courses marocaines, Saïd Madihi. «J’ai grandi dans cette ambiance de chevaux et de courses. Je regardais les courses de chevaux, qui ont lieu, chaque mercredi à l’hippodrome Lalla Malika, mais je n’aurais jamais imaginé, même en rêve, que  je deviendrais un jour une cavalière professionnelle», lance d’emblée Bouchra Marmoul.

A 18 ans, Bouchra est engagée comme femme de ménage dans une ferme spécialisée dans l’élevage des courses de chevaux qui appartient à l’entraîneur et éleveur Christian Vaugeois. «Dès le départ, j’ai remarqué son intérêt pour les animaux. Elle aimait particulièrement les chevaux. Je l’ai mise à cheval et tout de suite, j’a vu qu’elle avait du potentiel pour devenir une excellente cavalière», se souvient encore M. Vaugeois. Après avoir exercé quelques mois le métier de «garçon d’écurie» (lad), elle passe à la monte quotidienne des chevaux. Une expérience qui n’était pas toujours heureuse pour notre cavalière. «Je suis tombée de cheval à plusieurs reprises. Je me suis même cassé la figure et la clavicule. Mais, dès que j’ai commencé à m’habituer, je ne pouvais plus m’en passer. La monte des chevaux est devenue pour moi une activité quotidienne, mon oxygène», lâche-t-elle le feu aux yeux. Elle va également découvrir ce qu’est la vie d’un cavalier et du rapport intime qui s’établit entre l’homme et son animal : «Quand mon cheval est malade, qu’il a des coliques par exemple, je le sors pour une balade au bord de la mer, à des moments improbables, parfois tard la nuit». Dans ce travail initiatique, la jeune Marmoul pouvait compter sur l’aide de son entraîneur M. Vaugeois, mais aussi sur deux grands jockeys, son mentor Bouchaïb Bendaoud et Mokhtar Fekkar. «Le premier qui m’accompagne encore dans ma carrière m’avait offert, pantalon, bottes et gilet alors que M. Fekkar m’avait prêté du matériel et l’étrier. Les deux m’ont aussi offert un temps précieux d’apprentissage. Je les en remercie. Après obtention de ma licence, la Sorec m’a donné tout le matériel dont j’avais besoin», explique notre cavalière.

Troisième dans un grand prix

Le dur labeur a bien fini par payer et Bouchra Marmoul a été agréée par les commissaires de la Sorec et obtenu sa licence de jockey professionnelle, fin février 2014. Depuis, elle multiplie les participations. Avec tout d’abord une première apparition en tant que jockey, face à ses collègues masculins, dans une course de pur- sang arabe. Elle obtient une encourageante sixième place dans ce test nature qui se révèle concluant. Deuxième apparition : Bouchra Marmoul participe en tant que cavalière marocaine, à l’étape marocaine Sheikha Fatima Bint Moubarak, organisée à l’hippodrome casablancais d’Anfa. La course casablancaise fait partie des douze courses qui rentrent dans le cadre de la «Ladies Championship», un prix international réservé exclusivement aux cavalières. Treize jockeys, venues du monde entier, ont pris part à cette course. Mlle Marmoul réalise l’improbable, une troisième place derrière la Sud-coréenne Keumjoo Lee et l’Allemande Tamar Hofer, une cavalière professionnelle habituée des grandes courses en France et en Allemagne. «Elle a monté un cheval, Azag Bouznika, qui ne faisait pas partie, a priori, des favoris de la course. Elle a effectué une excellente fin de course. Cela prouve tout le talent de cette jeune jockey», s’extasie M. Vaugeois. Et à Mlle Marmoul d’ajouter : «Je suis sortie tardivement des stalles de départ, mais le cheval a réagi positivement à mes claques. Je suis très heureuse pour cette prestation».

Une prestation qui permet à notre jockey de poursuivre cette belle aventure du championnat mondial des cavalières : elle défendra les couleurs marocaines en Allemagne début mai et en Angleterre à la fin du même mois.
Dans cet univers des courses de chevaux, réputé être intimement lié au masculin même dans les pays à grande tradition hippique, comme la France et l’Angleterre, l’accès au statut de jockey professionnelle par Bouchra Marmoul est loin d’être chose anodine. «Bouchra est une jockey douée. Elle ne bouillonne jamais avant les courses. Ce qui est très important pour être un bon jockey. Aujourd’hui, elle se plaît plus avec les chevaux pur-sang arabe, un peu moins avec les pur-sang anglais. Mais elle ne va pas tarder avec tout le travail et l’expérience qu’elle cumule à s’adapter à toutes les races. Mais pour cela, elle a besoin de travailler la vitesse, la fameuse ligne droite. Le problème, c’est que la piste de l’hippodrome d’El Jadida n’est pas bien entretenue et ne permet pas ce genre d’entraînement», souligne M. Vaugeois. Et à notre jockey de conclure : «J’ai besoin que les propriétaires de chevaux me fassent confiance pour la monte des chevaux dans les courses organisées au Maroc. Cela va me donner de la confiance et l’expérience des montes me permettra d’évoluer en tant que cavalière professionnelle ». A bon entendeur…