Ceux qui présideront aux destinées de huit grandes villes du Maroc

Casablanca
Mohamed Sajid : un homme d’affaires pour la ville des affaires
C’est à Casablanca que la bataille entre les partis politiques pour le poste de maire a été la plus rude. L’enjeu est de taille : gérer la plus grande métropole du Royaume avec une population  de 4 millions d’habitants. C’est Mohamed Sajid (UC) qui l’emporta face à Karim Ghellab (PI) avec 86 voix contre 45. Né à Settat en 1948, M. Sajid a fait ses études secondaires au lycée Lyautey à Casablanca et supérieures à l’Ecole de commerce de Lille. Actuellement, M. Sajid est homme d’affaires et préside aux destinées de plusieurs sociétés industrielles.
Sa carrière politique débute en 1993 lorsqu’il est élu député aux couleurs de l’UC à Taroudant. A son actif aussi la création de nombre d’associations à caractère socio-économique dont l’association Izdihar pour la réhabilitation de la zone industrielle de Sidi Bernoussi, dont il est président.
Contre ses détracteurs qui jettent le doute sur la régularité de son élection, lui, Sajid, la considère comme la plus démocratique qui soit. «J’ai obtenu une large majorité et la couleur politique n’a pas été déterminante dans mon élection. Je suis même sûr d’avoir rallié des voix d’élus de l’USFP et du PI», a-t-il déclaré à La Vie éco.
Le voilà maire. Quelles seront ses priorités dans la gestion d’une cité qui regorge de problèmes dans tous les domaines (santé, éducation, pollution, habitat insalubre, transport) ? «Elles seront dégagées par les instances du Conseil de la ville elles-mêmes, une fois qu’elles seront mises en place, c’est notre première priorité», dit-il.

Tanger
Dahman Derham : les communes, il connaît bien
Né à Tanger en 1943, Dahman Derham a fait ses études supérieures à la Faculté des sciences de Rabat, puis s’est lancé dans les affaires. Aujourd’hui, il préside l’AMITH-zone Nord (Association marocaine des industries du textile et de l’habillement). Il est aussi très actif au sein de la CGEM et de l’Association de la zone industrielle de Tanger. Loin d’être un novice en matière de gestion locale, le nouveau maire de Tanger fut président du conseil municipal de Tanger entre 1983 et 1992 et conseiller communal à la commune de Charf-Tanger entre 1992 et 1997.
En tant que tête de liste PPS à Tanger, Dahman Derham a réalisé une bonne performance avec quatre élus au Conseil de la ville. Pour une raison que le nouveau maire de la ville du Détroit a du mal à comprendre, le parti lui a préféré le deuxième sur la liste pour ce poste. «Je n’ai pas compris ce choix alors que j’ai beaucoup donné au PPS», proteste-t-il. Il quitte alors ce parti et se présente sous l’étiquette SAP à la présidence du Conseil de la ville. Il l’emporte haut la main avec une différence de 14 voix devant Malika Serroukh du RNI.
L’homme ne démérite pas, sa réputation de bonne moralité à Tanger est telle qu’il rallia sans difficulté les voix des élus du PI, de l’USFP, du MP et du MNP. La réputation de M. Derham tranche, pour tous ceux qui l’ont approché, avec celle d’un homme comme Abdesslam Arbaine, dont le nom figure sur la fameuse liste des indésirables.

Essaouira
Asmae Chaâbi : linguiste et manager à la fois

La quarantaine, mère de trois enfants, Asmae Chaâbi est la seule – et première – femme marocaine à présider aux destinées d’un conseil communal. Celui d’Essaouira. Pourtant, sa carrière politique n’en est encore qu’à ses débuts. Elle n’a adhéré au PPS qu’en 2003, emboîtant le pas à Miloud Chaâbi, son père, qui, cette même année, rallia le groupe parlementaire du parti d’Ismaïl Alaoui.
Asmae Chaâbi ne cache pas son estime pour les membres du bureau politique de ce parti, «des gens intègres qui placent l’intérêt national avant celui des personnes». Comme ses frères, elle peut se targuer d’une longue expérience de manager qui a débuté en 1985. Cette année-là, de retour de Londres après des études de linguistique, elle intégra le groupe industriel de son père en tant que vice-présidente.
Son programme ? Arracher Essaouira et ses quelque 75 000 habitants, aux griffes de la pauvreté. Comment ? «En développant la ville par l’investissement et la création d’emplois». Mais encore ? «On ne peut pas y arriver du jour au lendemain, certes. Nous allons commencer par un travail de sensibilisation pour pousser les Souiris à se prendre eux-mêmes en charge, leur apprendre que la municipalité est d’abord à leur service et combattre toute forme de corruption». D’autres priorités ? Alphabétiser au maximum les enfants de la cité. Directrice, entre 1991 et 2003, des écoles Azzahra créées par le groupe Chaâbi à Rabat, Asmae Chaâbi compte tirer profit de cette expérience pour s’occuper des enfants, particulièrement les plus démunis d’entre eux.

 

Salé
Driss Sentissi : le notable de la ville

Sans grande surprise, la mairie de Salé échoit à l’homme d’affaires Driss Sentissi, président sortant de la commune Salé-Bettana et de la communauté urbaine de la ville des corsaires. Né en 1955 à Meknès, il a fait du chemin dans ses carrières politique et professionnelle. Membre du bureau politique du Mouvement populaire depuis 1997, député depuis cette date, il préside le groupe parlementaire commun MP-MNP à la Chambre des Représentants depuis les élections législatives de septembre 2002.
M. Sentissi a commencé sa carrière professionnelle dans l’hôtellerie en 1974. Depuis, ses affaires prospèrent et se diversifient. Dans l’enseignement privé (groupe Al Amana), l’artisanat, la promotion hôtelière et l’animation touristique et dans la promotion immobilière, avec la réalisation d’une zone industrielle et de services à Oulja-Salé.
C’est dire que l’homme est connu à Salé et possède plusieurs atouts pour gérer cette ville, la deuxième en nombre d’habitants (un million), après Casablanca. Une ville qui souffre d’un exode rural massif avec son lot de chômeurs, de bidonvilles (on y compte 8 000 baraques). Le chantier de l’habitat décent pour les Slaouis est l’un des plus importants qui attende le nouveau maire.
M. Sentissi parle d’un autre projet qui lui tient particulièrement à cœur : rendre à Salé son âme touristique. Pour cela, «il faut d’abord s’attaquer à la dépollution du Bouregreg et faire sortir des tiroirs le grand projet de création d’une zone touristique dans cette région».

Marrakech
Omar Jazouli : le vieux routier de la politique
Comme Casablanca, la présidence pour le Conseil de la ville de Marrakech échoit à un maire appartenant à l’Union constitutionnelle (UC). La bataille était serrée, il a fallu un deuxième tour pour départager Omar Jazouli, le nouveau maire (41 voix) et Ahmed Bennis, le candidat malheureux.
Le parcours du vainqueur est dense. Natif de Marrakech en 1940, c’est dans cette ville qu’il fit ses études primaires et secondaires. Mais, c’est à Toulouse, à l’Ecole supérieure de commerce, et à l’université, qu’il fit ses études supérieures, avant de rentrer au bercail pour ouvrir un cabinet d’expert-comptable.
Parlementaire depuis 26 ans. M. Jazouli a d’abord appartenu sans discontinuer à la Chambre des Représentants de 1977 à 1997. Mais depuis cette date, il a été élu à la Chambre des Conseillers. Membre de l’UC depuis sa création en 1983, Omar Jazouli est aujourd’hui membre du bureau politique de ce parti et sa figure de proue locale. Président de la commune urbaine de Marrakech-Médina, il est également le président sortant de la communauté urbaine de la ville ocre.
Ses projets pour Marrakech sont nombreux. Mais le plus urgent est celui de l’éradication des bidonvilles et de l’habitat insalubre (près de 200 douars ceinturent la cité rouge et 130 foundouks enlaidissent l’ancienne Médina) et la destruction et la réhabilitation des 500 maisons qui menacent ruine. «L’ancienne Médina est le site le plus visité par les touristes. Il faut préparer la ville à tous les niveaux pour affronter les 4 millions de touristes prévus en 2010». Ambitieux programme.

Fès
Hamid Chabat : le maire sans diplômes supérieurs
L’homme est controversé et sa réputation n’est pas immaculée dans la capitale spirituelle du Royaume. Hamid Chabat, membre du conseil national du Parti de l’Istiqlal et du bureau exécutif de l’UGTM, nouveau maire de Fès, se défend contre ces accusations. «Ma liste a obtenu 65% des suffrages. Nous avons remporté 18 des 30 sièges à pourvoir. Un raz-de-marée impossible à expliquer par l’utilisation de l’argent. Des calomnies».
Né en 1953 à Taza, M. Chabat n’a jamais fait d’études supérieures et n’en nourrit aucun complexe. Sa devise : se débrouiller. Et il a fait du chemin. Avant d’être maire de Fès, il avait brigué avec succès la députation à la Chambre des Représentants en 1997 et a été réélu le 27 septembre 2002. Zouagha, la commune qu’il préside depuis 1993, compte 460 000 habitants, couvre à elle seule près de la moitié de la population de la ville qui s’étend sur une superficie de plus de 4000 hectares.
Il ne suffit pas de réussir son élection à la mairie de Fès, encore faut-il à M. Chabat prouver qu’il en est digne pour faire taire les sarcasmes. Les chantiers sont immenses, nous dit-il : éradiquer les bidonvilles, rendre sa gloire d’antan au tourisme, restaurer les maisons menaçant ruine de l’ancienne Médina….
Mais sa priorité majeure réside dans l’instauration de la paix sociale à Fès, «en poussant syndicats, patronat, investisseurs, associations de diplômés-chômeurs et autorités locales à s’asseoir autour de la table de négociations». Ses responsabilités à la direction de l’UGTM le qualifient pour une telle mission.

Agadir
Tariq Kabbage : le chimiste reconverti

L’élection de Tariq Kabbage, homme d’affaires socialiste, comme maire dans la ville d’Agadir n’a pas surpris outre mesure. Fort des 14 sièges (sur 81) qu’il a remportés, il avait toute latitude pour négocier une majorité face à Brahim Zerkdi du Mouvement populaire, son principal rival. En propulsant M. Kabbage dans la capitale du Souss, l’USFP voulait faire peau neuve dans une cité qui lui est historiquement acquise, mais dont l’image fut considérablement ternie par la gestion critiquée de Mohamed Bouzidi et de Miloud Belkhbizi, présidents sortants, respectivement, du conseil communal et de la communauté urbaine d’Agadir. Et de toute évidence, le parti a misé sur le bon cheval.
Natif d’Agadir en 1948, Tarik est le fils de Abbès Kabbage, nationaliste et homme d’affaires. Après l’obtention d’un doctorat en chimie à Toulouse, il s’orienta vers la recherche et l’enseignement à la Faculté des sciences de Rabat. D’où une rupture avec sa ville natale qui a duré de nombreuses années. Il y retourna en 1985 après le décès de son père pour hériter d’une entreprise familiale spécialisée dans le domaine agricole et la diriger, ce qui le conduira, affaires obligent, à présider le groupe GPA (société de gestion des exportations des produits agricoles).
Cela compte dans une région où l’un des piliers du développement repose, outre le tourisme et la pêche, sur l’industrie agroalimentaire. Très impliqué dans le tissu associatif et des affaires, le nouveau maire d’Agadir saura sûrement dégager des priorités qui maintiendront Agadir comme deuxième pôle de croissance après la capitale économique du pays.

Rabat
Omar Bahraoui : le crack est arrivé

De toutes les élections des six mairies, celle de Rabat fut la plus houleuse. Il a fallu trois heures de palabres pour décider s’il fallait utiliser le bulletin unique ou des bulletins de couleur. L’enjeu était de taille pour l’USFP : garder leur fief électoral. Le résultat du vote fut catastrophique pour les socialistes. Omar Bahraoui, député MP, l’emporta par 60 voix sur les 81 que compte le Conseil de la ville de Rabat.
L’heureux élu, 55 ans, est un chevronné de la chose locale, puisqu’il a assumé la fonction de directeur général de la Direction générale des collectivités locales (DGCL) du ministère de l’Intérieur et la présidence de la communauté urbaine de la capitale (1997-2003).
On se rappelle les attaques virulentes de ses concurrents de l’USFP lors de son élection, en 1997, à la tête de la commune de Youssoufia, à cause justement de ses anciennes responsabilités à l’Intérieur. On lui avait reproché d’avoir profité de la logistique du ministère de l’Intérieur pour se faire élire.
Economiste de formation, M. Bahraoui est bardé de diplômes. Outre son doctorat en économie, il est diplômé du cycle supérieur de l’ISCAE, titulaire de trois diplômes d’études supérieures, en commerce international, en finances (à Paris), et en comptabilité (à Lille).
Réputé homme méthodique et de terrain, le nouveau maire de la capitale tiendra-t-il ses promesses ? N’a-t-il pas déclaré un jour à la presse : «Quand je fais une promesse, je l’écris et j’établis un bilan régulier pour montrer ce que j’ai fait et permettre aux gens d’avoir une visibilité sur mon action»?