Azelarab El Harti : Sans diplôme supérieur, il a fait d’une affaire familiale un fleuron industriel

Après le bac, en 1972, son père le prive des études supérieures et l’envoie travailler dans une minoterie à  Berkane.
En 1981, il prend la gestion d’une affaire familiale qu’il a transformée en une grande entreprise.
Homme d’affaires aguerri, Azelarab El Harti met son expérience au service des associations professionnelles.

Les diplômes ne sont pas, toujours les seuls à pouvoir ouvrir la voie de la réussite professionnelle. Les trajectoires de beaucoup d’hommes d’affaires marocains prouvent, si besoin en est, qu’au Maroc, comme ailleurs, l’esprit d’initiative, la créativité et la ténacité sont des valeurs tout aussi sûres qui, très souvent, sont beaucoup plus déterminantes. Azelarab El Harti, PDG de Centrelec, société spécialisée dans la distribution et la fabrication des produits et solutions en automatisme industriel, électrotechnique et électronique de puissance, en est un bel exemple.
Né à Oujda en 1952, il est l’aîné d’une famille de sept enfants dont le père fut au départ un petit commerçant de bonneterie. Le jeune Azelarab est très tôt mis à contribution et donne un coup de main pour le magasinage et la manutention pendant son temps libre.
En 1966, la famille vient s’installer à Casablanca où il obtient un bac «sciences expérimentales» au lycée Moulay Abdallah en 1972. Le jeune homme choisit une carrière technique et rêve d’aller à l’ ENSMIC (Ecole Nationale Supérieure de Meunerie) située à Paris. Mais une décision de son père changera son destin. Ayant pris une petite participation dans une minoterie à Berkane, il l’y envoie apprendre le métier sur le tas plutôt que d’aller en France. Quand il débarque dans la capitale de la clémentine, il ne sait pas qu’il y restera près d’une dizaine d’années.

La minoterie a été une bonne école de gestion

Très rapidement, il se rend si indispensable en touchant à tout et en résolvant toutes sortes de problèmes que les actionnaires, avant même qu’il ne boucle sa première année, le propulsent directeur de la minoterie. Il est aux anges car non seulement il perçoit un salaire correct, mais il est aussi logé au frais de son employeur et dispose même d’une voiture de fonction. Il va tout de suite imprimer un rythme de travail effréné et des méthodes de travail où rigueur et probité vont lui valoir des désagréments. Mais il tient bon, renouvelle les outils de travail et recrute des jeunes. La minoterie, avec un effectif de 50 personnes, écrase quotidiennement alors 700 quintaux par jour, soit un chiffre d’affaires annuel de 20 MDH, à l’époque. Tout se passe très vite et lorsqu’il décide de rentrer à Casablanca en 1981, les actionnaires ont du mal à lui trouver un remplaçant. Si bien qu’après son départ, ils décident de se retirer de l’affaire et lui demandent de prendre en charge la cession. Il s’en occupe avec tant de brio en revendant la minoterie, qui a été une bonne école de gestion, à 13 MDH.
Au moment de rentrer à Casablanca, Azelarab El Harti n’y va pas à l’aveuglette mais bien pour relever un nouveau challenge. Cette fois-ci, il prend en charge ce qui deviendra Centrelec, le fleuron des solutions industrielles d’aujourd’hui. Créée en 1979, la petite affaire familiale de revente de composants électriques au capital de 20 000 DH n’employait que cinq personnes, au moment où il prenait les commandes en 1981. Le chiffre d’affaires était d’à peine 4 MDH. Comme à l’accoutumée, il va commencer par moderniser les méthodes de travail et mettre à niveau les ressources humaines. Il mène sa barque comme il peut pour faire évoluer la société. Il faudra attendre 1984 pour que se produise un événement qui va donner une nouvelle dimension au business. En effet, Centrelec obtient la carte Sprecher-Shuch, marque suisse dont il sera le représentant exclusif au Maroc. La société élargit alors son réseau de distribution pour avoir une envergure nationale. Corrélativement, le chiffre d’affaires progresse et atteint 14 MDH en 1990. Centrelec, revendiquait alors 25% de son segment (composants électriques hors interrupteurs) et avait entre-temps embauché 13 personnes. En 1993, la marque suisse est rachetée par Rockwell Automation. Depuis, Azelarab El Harti sait que l’erreur n’est plus permise et qu’il faut trouver les moyens de développement de l’entreprise pour assurer sa pérennité.
 
Les ressources humaines constituent une de ses principales préoccupations

Entre 2001 et 2002, Centrelec signe des partenariats avec de grands noms comme APC, Cooper Power Systems et Hazemeyer pour la distribution de leurs produits, et aménage un atelier de fabrication de tableaux électriques à Oukacha. La société investit ensuite dans un complexe qui abrite le siège et une nouvelle usine et s’y installe en 2006. Un an auparavant, elle avait obtenu la certification Iso 9001-2000 et le prix d’excellence distributeur agréé Rockwell Automation.
Centrelec, dont le capital est porté à 27,7 MDH, emploie quelque 200 personnes et a réalisé un chiffre d’affaires de 240 MDH en 2009.
Le secret de cette réussite? La question fait sourire Azelarab El Harti mais il n’élude pas la réponse : «Je pense que le fait d’avoir misé sur les ressources humaines m’a beaucoup aidé. Je continue d’ailleurs d’investir dans la formation continue tout comme dans le coaching des cadres». L’entreprise propose également à ses clients des formations théoriques et pratiques dans ses domaines de compétence (automates programmables, communication et réseau, interfaces homme/machine, démarreurs électroniques…). M. El Harti fait, par ailleurs, preuve de beaucoup de dynamisme dans le secteur associatif en s’impliquant dans la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) comme vice-président de la commission «Innovation et relations avec l’université» ou au sein de l’Union marocaine de  la qualité (UMAQ) dont il est membre du bureau.
Pour ce qui est de l’avenir de Centrelec, M. Harti confie qu’il  travaille à la dimension de l’entreprise citoyenne et ne recherche aucune alliance. Comme quoi la société entend continuer toute seule son petit bonhomme de chemin. Ce qui, jusque-là, lui a bien réussi.