Animateur et redoutable homme d’affaires

A dix ans, ses parents l’inscrivent
au Lycée militaire à  Kénitra.
Il monte plusieurs affaires en France avant de revenir au Maroc où il crée une école privée qui compte aujourd’hui 800 étudiants.
Féru de radio, il profite de la libéralisation des ondes pour créer Aswat.

Qui ne connaît Thami Ghorfi, animateur d’émissions de télévision à caractère économique et, à l’occasion, modérateur de séminaires, de rencontres «entreprises» ou événements économiques ou autres. Mais le large public ignore que derrière ce «hâbleur» de talent se cache un redoutable homme d’affaires. Et cela ne date pas de la création de la radio Aswat. En fait, c’est une longue histoire et le mieux est de la commencer par le début, même si cet homme, né dans les mots, ne veut en user qu’avec modération. Il aime bien qu’on le définisse comme «un rêveur qui préfère agir sur les choses».
Thami Ghorfi est né à Fès en 1963.

Il est l’aîné de cinq frères et sœurs et ses parents, fonctionnaires, ont commencé par le mettre au m’sid. Il a donc connu les vociférations et les taloches du fqih. La falaqa aussi. Il se souvient de tout cela avec un certain attendrissement, et reconnaît même que c’est à l’apprentissage par cœur du Coran qu’il doit sa bonne maîtrise de l’arabe. En effet, dit-il, «après avoir appris le Livre saint, j’ai voulu le comprendre et c’est comme cela que je me suis intéressé à la langue».

A- t-il été un enfant turbulent ? Il s’en défend, mais cela doit être pour quelque chose dans la décision de ses parents de l’envoyer au Lycée militaire à Kénitra. A moins que ceux-ci aient tout simplement voulu lui assurer, à leur manière, les meilleures chances de succès dans la vie. Peu importe les raisons, le fait est que c’est à cette institution qu’il devra son esprit de rigueur, de corps, une grande capacité à encaisser, mais aussi son amour du sport. Son parcours est sanctionné par un Bac C (type français), mais il a demandé l’autorisation de passer également les épreuves du Bac marocain en candidat libre.

Le jeune Thami qui, enfant, voulait être pompier ou policier, puis, adolescent, a caressé le rêve de devenir pharmacien, va se retrouver à Dijon à partir de 1981 pour ses prépas. C’est dans la même ville qu’il est admis à Sup de Co, en 1983, avant d’aller à l’ESG de Paris où il obtiendra son diplôme.

Très tôt gagné par le virus de la création d’entreprises
Parallèlement à ses études, il fait des petits boulots comme animateur de vente dans les grandes surfaces (un hasard ?) et se souvient d’avoir vanté les qualités de l’orange marocaine. Il commence par se frotter au monde des affaires et, dès la fin de ses études, veut créer sa propre entreprise. Mais il doit tempérer ses ardeurs, alors il commence par le faire pour le compte des autres en créant une PME de marketing direct. Une affaire qui marchera, mais qu’il quitte au bout de trois années.

On le retrouve ensuite à Montpellier, où il s’associe à un de ses amis pour créer G communication, en 1988, avec un capital de 50 000 FF. Il s’occupe de conseil en management, mais aussi d’édition de presse, et c’est là qu’il prépare des spéciaux régionaux qui sont encartés dans le magazine Entreprendre, dont le patron est un certain Robert Lafont. En 1991, il cède ses parts pour créer une autre entreprise avec l’objectif de devenir seul maître à bord. Elle s’appellera Jet communication.

Jusque-là, Thami Ghorfi ne pense pas encore s’établir au Maroc, qu’il visite une ou deux fois par an. C’est une lettre de feu Hassan II à la une du journal Le Monde, où il invite les investisseurs français à venir s’établir au Maroc, qui va cristalliser son envie de faire des affaires au pays. Mais il faudra attendre 1992 pour que cela se réalise et qu’il crée l’Esca (Ecole supérieure du commerce et des affaires), sa première école au Maroc. «Quand j’ai parlé de mon projet à des amis, ils pensaient que cela allait prendre deux ou trois années. Quelle n’a été leur surprise quand je leur ai précisé que c’était pour l’année scolaire qui allait commencer quatre mois plus tard».

La première année, l’établissement de Thami Ghorfi a eu 71 inscrits. Aujourd’hui, l’Esca accueille 800 étudiants en comptant les classes de 3e cycle. Dès 1993, il crée un autre établissement scolaire, l’Esiac, pour accueillir les élèves qui ont raté leur Bac.

Sa radio, un moyen de renforcer l’identité marocaine
Dans tout cela, Thami Ghorfi trouve le temps d’accoucher du concept de l’émission «Entreprendre» – il avait déjà animé quelque temps, en France, une émission du même genre sur France 3 – et de l’animer jusqu’en 1997, où il la quitte pour «prendre un peu d’air» et aller voir ailleurs. En fait, il attend déjà la libéralisation des ondes pour créer la radio dont il rêve. Mais il devra attendre longtemps, entre l’annonce du gouvernement Youssoufi et la concrétisation qui ne surviendra qu’en 2007.

Mais notre homme sait attendre. Il achète la licence à 1,14 MDH et réunit un tour de table pour disposer d’un capital de 15 MDH. En 4 mois, Aswat, qui emploie 32 personnes, se fait un nom. Sa radio émet de Tanger à Agadir. Elle fait la grande fierté de Thami Ghorfi qui y voit un moyen de renforcer l’identité marocaine dans un monde où la déferlante de la globalisation n’est pas seulement économique.