Ali Bassit, DG de Maroc numeric fund

Il a à  peine 30 ans et il gère un fonds de 100 MDH. Polytechnicien de formation, il a eu une expérience réussie dans le trading chez JP Morgan.

Nombre de jeunes ont compris qu’une formation d’excellence à l’étranger ne suffit pas souvent pour se frayer un chemin vers le succès dans la vie active. Il faut un petit plus et cela consiste en une expérience réussie dans une multinationale ou un grand bureau d’études. Ali Bassit, lui, a choisi de travailler pour le compte d’une banque d’affaires de renommée mondiale. De sorte qu’il s’est vu proposer le poste de directeur général de Maroc numeric fund avant même qu’il remette les pieds dans le pays.
Par un concours de circonstances étonnant, c’est à Alger qu’il est né en 1981, bien que sa famille soit depuis longtemps installée à Casablanca où son père est agronome à l’ex-Office national de distribution de thé et de sucre (ONTS) rebaptisée Société marocaine du thé et du sucre (Somathès) après sa privatisation. A l’issue d’un parcours scolaire sans faute, Ali Bassit est inscrit au lycée Lyautey où il obtient un bac scientifique en 1999. La famille ne lésine pas sur les moyens pour l’aider à poursuivre ses études supérieures. Et c’est à Montpellier qu’il s’inscrit pour des prépas car son but est tout tracé : se faire admettre à Polytechnique. Il n’y arrivera pas du premier coup. Ce n’est qu’au bout d’une année supplémentaire (on appelle cela les 5 demis dans le jargon de tous ceux et celles qui sont passés par les affres des prépas) qu’il réussit son pari. Bref, en 2002, il rejoint la prestigieuse école d’ingénieurs où sont admis entre 10 et 15 Marocains, en moyenne, chaque année. Il y restera entre 2002 et 2006, mais quelle ne va être sa surprise lorsqu’il y arrive le premier jour et qu’on lui signifie qu’il passera les premiers six mois à la … maison d’arrêt de bois d’Arcy, à 30 km de Paris !

A Polytechnique, il est président d’une junior entreprise

Durant les trois premiers mois, lui et ses camarades sont stagiaires au sein de l’équipe administrative et donnent des cours de maths aux prisonniers. Une expérience très formatrice et fort enrichissante, se rappelle Ali Bassit. Mais en arrivant à Polytechnique, il va explorer d’autres horizons notamment en s’impliquant dès le début dans le consulting des juniors entreprises où les élèves ingénieurs proposent leurs services à des entreprises à prix cassés. Et il n’est pas un simple comparse car il est président de la Junior entreprise de l’Ecole polytechnique dans des missions de conseil et d’ingénierie, notamment dans l’informatique et les stratégies de développement.
Mais revenons au début car au bout de la première année, il est si impliqué dans ses études qu’il décroche une bourse du gouvernement français assez confortable de 900 euros. C’est sûrement pour cela qu’il prend le temps de faire aussi un master à HEC Paris.
Une fois son diplôme obtenu, il est embauché par JP Morgan comme trader, après un stage chez Lehman Brothers. Au début, il gagne à peine 2 500 euros, mais il va faire des premiers pas, très utiles pour la suite, dans le monde de la finance. Surtout que de nouveaux produits financiers sont mis sur le marché. Durant deux années, Ali Bassit va naviguer dans le monde des obligations, des actions, de l’investissement… Mais il va avoir, très vite, la possibilité de voir l’envers du décor, les «subprimes», la spéculation et les faillites dont celle du grand groupe Lehman Brothers. Le métier de trader devient synonyme, surtout pour les plus connus, de malfrats et de petits tricheurs qui prennent des risques malsains avec l’argent des autres. Ali Bassit, alors qu’il réfléchissait à la perspective de rentrer au bercail, reçoit l’invitation de rejoindre Moroccan information technoparc company (MITC). Et dès la mise en place de Maroc numeric fund, un fonds de 100 millions de DH, il est associé au projet qui est devenu réalité. Créé en septembre 2010 dans le cadre de Maroc Numeric 2013, il a comme actionnaire l’Etat, à travers le Technoparc mais aussi BMCE Bank, Attijariwafa bank, la CDG et la BCP. Il se spécialise dans l’accompagnement des start up dans ce qui a trait aux nouvelles technologies.

Il compte agrandir le fonds ou en créer un autre en s’ouvrant sur le privé

C’est le premier du genre dans le pays et, à ce jour, le fonds a pris des participations dans sept jeunes entreprises mais il y a en a autant à venir, explique Ali Bassit qui ne veut pas entrer dans les détails. L’idée est de réaliser au moins trois investissements par an. En 10 mois d’existence effective, ce sont 25 MDH qui ont été injectés dans sept start up, effectivement créés dans des domaines comme l’informatique, la dématérialisation des factures, les solutions de gestion à distance ou encore dans les portails, comme un site d’achats groupés. Ali Bassit explique : «La première participation n’est pas une fin en soi. Nous pouvons accompagner le développement de ces entreprises en apportant d’autres financements pour les aider à percer à l’international».
Mais Ali Bassit affiche de grandes ambitions pour ce fonds qu’il veut ériger comme «un acheteur industriel» dans le monde des nouvelles technologies. Pour cela, ajoute-t-il, «dès 2013, il faut que le fonds grandisse ou même en créer un autre et s’ouvrir sur le privé». L’idée est d’en faire, en tablant sur tout ce que les actionnaires actuels peuvent apporter en matière de conseil et d’accompagnement, un instrument de développement économique, avec les pendants de création de richesse, d’opportunités et d’emplois.