Ahmed Hattabi, DG de Talbo

Le self-made-man devenu champion de la menuiserie aluminium, Il est en train d’investir 55 MDH dans une nouvelle usine à  Hay Hassani.

Il n’y a pas que les études pour accéder à un statut social élevé. On le savait bien avant que l’expression self-made-man qui illustre les sagas des pionniers américains ambitieux et déterminés ne fasse son entrée dans les langues européennes. Les exemples de personnes ayant réussi à partir de rien, ou de très peu, sont légion, par contre, ceux qui ont bâti de vrais petits empires sont beaucoup plus rares. Toutes proportions gardées, Ahmed Hattabi, DG de Talbo, entreprise spécialisée dans le bois et la menuiserie aluminium, en fait partie. Il a créé une entreprise devenue aujourd’hui grande avec un chiffre d’affaires proche de 70 MDH. Parti vraiment de rien, avec un parcours scolaire très modeste, il a commencé par apprendre l’ébénisterie avant d’ouvrir un minuscule atelier. Il était loin d’imaginer qu’il allait devenir un des premiers opérateurs dans le secteur des façadiers, utilisant des équipements extrêmement pointus. Son entreprise compte aujourd’hui de grandes entreprises parmi ses références comme les banques, les compagnies d’assurances… De l’autre côté, il est référencé chez des fournisseurs de renom aux Etats-Unis et en Europe.
Ahmed Hattabi est né à Safi en 1951. Son père est tâcheron et sa mère femme au foyer. Et même si la famille n’a que deux enfants dont il est le cadet, le jeune Ahmed tourne très tôt le dos aux études. La formation professionnelle qu’on lui propose ne l’intéresse pas non plus. Il intègre alors un atelier pour apprendre l’ébénisterie sur le tas. Cependant, il est très tôt habité par l’ambition de se mettre à son propre compte. Ahmed Hattabi met de côté 1 000 DH qui lui serviront de capital de démarrage, à une époque, se souvient-il, où le kilogramme de viande coûtait quelque 3 DH. Et à dix-neuf ans, en 1970, il s’établit dans un petit atelier situé au quartier 2 Mars. Cet atelier, qui s’est agrandi entre-temps, fonctionne encore à ce jour et il n’est pas prêt de le céder pour rien au monde.

Parmi ses réalisations, la façade du siège de la Société Générale et du Technopolis

Ahmed Hattabi est si soigneux dans son travail qu’il séduit une clientèle de particuliers fidèles. Les commandes pleuvent et il recrute rapidement une dizaine d’ouvriers. Mais ce n’est qu’en 1977 qu’il commence à nourrir l’idée de devenir un vrai entrepreneur. En 1981, il crée ce qui va être la société Talbo, spécialisée dans le bois et la menuiserie aluminium. Il ne dispose pas des fonds nécessaires et il s’allie à deux autres associés pour réunir les 100 000 DH de capital. Il loue un nouveau local pour établir le siège social de la nouvelle unité.
La jeune entreprise fonctionne assez bien. Le hasard lui permet de signer son premier gros contrat : en 1981, un hôtel à Agadir appartenant à un grand groupe lui confie ses 350 chambres pour la partie bois et aluminium pour 6 MDH. Ahmed Hattabi a la pêche car il ne manque pas de commandes et le deuxième gros marché pointe le nez en 1983 avec la construction de ce qu’on appelle le mur rideau (façade en verre) du siège de l’ex-compagnie Al Amane, devenue Axa, pour la coquette somme de 7 MDH. D’autres marchés suivront dont les plus importants sont le Twin Center, le Sheraton ou encore le nouveau siège de la Société Générale et, plus tard, Technopolis.
Entretemps, Ahmed Hattabi s’était séparé de ses associés en 1989 et s’attelle à la mise à niveau de son entreprise qu’il installe dans la zone industrielle de Oukacha en 1990 sur 8 000 m2. Il achète pour 4 MDH d’équipements essentiellement en machines robotisées chez des fournisseurs italiens car, dit-il, ils sont parmi les meilleurs, et s’approvisionne en matières premières aux Etats-Unis.

Le secret de la réussite : choisir ses fournisseurs et bien s’entourer

Le diable est dans le détail et Ahmed Hattabi le sait d’instinct. Il prend soin d’acheter ses matériaux et sa matière première chez les grands et ce n’est pas un hasard qu’il cherche et obtient la certification Iso 9001. Il résume sa philosophie en quelques mots : «Je ne peux pas me permettre la moindre erreur et je m’entoure de cadres compétents pour qu’ils s’occupent de mes finances et des études. J’ai commencé par structurer l’entreprise pour qu’elle fonctionne sans moi, ce qui ne m’empêche pas de travailler plus de 14 heures par jour».
Talbo jouit assurément d’une bonne réputation, poursuit Ahmed Hattabi «et si on nous confie des chantiers comme à Tanger Med, c’est parce que nous nous sommes imposés comme un façadier de poids».
Le self-made-man a compris aussi que sans perspectives de développement, toute entreprise prend le risque de se laisser larguer par la concurrence. C’est pour cela qu’il prévoit une deuxième extension pour Talbo. Il a acheté 15 000 m2 sur la Grande ceinture de Casablanca dans le quartier Hay Hassani. Le chantier est déjà en marche et l’investissement total avoisinerait les 55 MDH entre l’usine et les équipements. C’est que Ahmed Hattabi lorgne déjà les marchés en dehors des frontières, notamment des pays africains comme la Guinée équatoriale ou la Côte d’Ivoire.
Quoi qu’il en soit, Talbo, la petite PME qui employait au plus fort de son activité 45 à 50 personnes, compte aujourd’hui un effectif de 250 personnes. Et encore, Ahmed Hattabi, en homme d’affaires avisé, ne dévoile qu’une partie de ses cartes et refuse de parler de l’ensemble des projets qu’il nourrit.