Agent de banque au départ, aujourd’hui patron d’un groupe de 3 000 employés

Issu d’une famille modeste,
il suspend ses études après le Bac,
en 1961, pour travailler à la Banque Populaire.
Grâce à une bourse du BRPM, il a pu poursuivre ses études supérieures en France pour devenir un des premiers ingénieurs spécialisés dans la filière pétrolière.
En 1983, il lance Buzzichelli Maroc avec… une grue et une Renault 4.

Le parcours de Abdallah Zouhir pourrait faire rêver tous ceux qui souhaitent se réaliser à la seule force du poignet. Contrairement à ce que l’on peut penser, et il en est convaincu, la chance n’y joue pas un grand rôle. L’homme est l’exemple type du self made man, un de ceux qui ont patiemment construit un empire en partant de rien. Il a, en effet, bâti un groupe dont les filiales ont réalisé en 2006 un chiffre d’affaires consolidé de 450 MDH et emploient, au total, quelque 3 000 personnes. Et dire que, non seulement, il était fonctionnaire, mais qu’il a failli arrêter assez tôt ses études, juste après le lycée. S’il en était resté là, quel aurait été son parcours ? Peut-être celui d’un employé qui aurait gravi les échelons mais certainement pas l’homme d’affaires qu’il est aujourd’hui.

Abdallah Zouhir est fier d’être un homme du peuple. Il est en effet né dans une famille modeste de Derb Chorfa, à Casablanca, en 1942. Ses parents n’auront pas toujours les moyens de répondre aux besoins de tous les enfants, même s’ils ne sont que trois. Très tôt, se souvient-il, apparaît chez lui, comme une seconde nature, le besoin de s’affirmer et d’avoir un ascendant sur les autres. Pour lui, la rue est une école et il est maladroit de surprotéger les enfants. Non seulement on leur rend un mauvais service en les empêchant de se frotter aux autres et à la vie, mais, «ce faisant, on peut en faire une sorte de “handicapés”, souvent déconnectés de la réalité de leur environnement».C’est au collège musulman, puis au lycée Moulay Abdallah, qu’il se fait remarquer. Il obtient un Bac mathématiques élémentaires à l’âge de 19 ans. C’était en 1961.

C’est lui qui a mené le projet d’extension de la Samir
Mais, après le Bac, se produit un événement qui aurait pu changer complètement sa carrière et sa vie : il intègre la Banque populaire en tant qu’agent. C’est à une bourse providentielle du Bureau de recherches et de participations minières (BRPM, aujourd’hui Office national des hydrocarbures après une fusion avec l’Onarep) qu’il doit, l’année d’après, de se retrouver à l’université de Toulouse. Il y obtient une maîtrise en chimie, en 1967, et va alors se présenter au concours de ce qu’on appelait l’Institut Français des Pétroles, dont il sera un des premiers lauréats marocains.

Abdallah Zouhir se souvient : «A ma sortie de l’institut, je reçois tout de suite une proposition d’une raffinerie française et j’aurais pu accepter, même si le contrat de bourse qui me liait au BRPM me contraignait à travailler pour l’office pendant 8 ans. A l’époque, le Maroc souffrait cruellement du manque de cadres».

Il rentre au bercail en 1969, mais, finalement, ne restera pas longtemps au BRPM où on lui a confié un poste administratif. En 1970, il rejoint le groupe Afriquia comme directeur technique et, une année plus tard, refait ses cartons pour la Samir où il est nommé directeur des études et du développement. Ce sera une des périodes les plus exaltantes et les plus fécondes de sa vie, même si la direction de la Samir était bicéphale, les décisions étant partagées entre les Marocains et les Italiens. Personne ne sait si, à cette époque, Abdallah Zouhir pensait déjà à créer sa propre entreprise, mais il est clair qu’il a alors affûté ses armes de manager, de meneur d’hommes et de grands projets.

Avec beaucoup de flair, il introduit la margarine de table au Maroc
Premier défi : on lui demande, en 1974, de conduire l’extension de la raffinerie qui devait passer d’une production de 2,25 millions à 6 millions de tonnes pour un budget d’un milliard de DH. Deux années plus tard, la nouvelle extension sera inaugurée par feu Hassan II. L’autre grand projet sera la mise en place, pour un autre milliard de DH, de la première raffinerie d’huiles lubrifiantes au Maroc.
C’est à la suite de ces grands chantiers qu’il rencontre des personnes issues du monde des affaires et, parmi elles, celui avec qui il va s’associer, un certain Buzzichelli qui lui propose de créer Buzzichelli-Maroc, en 1983. Notre homme a alors 41 ans et il décide que c’est le moment de s’installer à son compte. Il investit donc 35 000 DH dans une société dont le capital est de 100 000 DH.

La jeune société de montage de raffineries et de structures métalliques industrielles est modeste : elle dispose, en tout et pour tout, d’une grue, d’une Renault 4 et d’un bungalow en guise de magasin d’outillage. L’effectif, lui, était d’à peine une quinzaine de personnes. Aujourd’hui, l’entreprise est le fer de lance du groupe Zouhir, avec de prestigieuses références commerciales comme l’OCP, Holcim, Lafarge, ou encore des chantiers au Sénégal. Progressivement, il se diversifiera dans plusieurs métiers, comme celui de la vente de produits métallurgiques, à travers Inter Acier, la mécanique, avec ASM, ETTEL et FMIM, la plasturgie, avec Europack, sans compter l’ingénierie et gestion de projets (Eras, Techplus).

Un exemple du flair de ce promoteur : l’introduction de la margarine de table au Maroc en 1986 (tout le monde se rappelle le matraquage publicitaire qui a accompagné la marque Magdor). A l’époque, le Maroc, se rappelle-t-il, importait 20 000 tonnes de beurre et en produisait 2 000. Il crée alors Indusalim en tablant sur le fait que le produit, tout nouveau dans le pays alors qu’il se consommait largement en Europe, pouvait percer. La suite lui donnera raison : aujourd’hui, le Maroc produit 30 000 tonnes de margarine et ne consomme guère plus de 10 000 tonnes de beurre par an.