Adjoint technique agricole au départ, il est aujourd’hui secrétaire général

A 18 ans, avant d’avoir son bac, il entre dans la vie active pour aider sa famille Deux années plus tard, il mesure son erreur et passe un bac libre puis s’inscrit à  la faculté des sciences économiques Nommé inspecteur des douanes en 1981, il devient directeur des études en 2002 Depuis août dernier, il est secrétaire général du commerce extérieur.

Il n’y a pas de fatalité dans la trajectoire d’un homme. Le parcours du tout nouveau secrétaire général du Département du commerce extérieur, El Aïd Mahsoussi, vient, encore une fois, en apporter la preuve. Ce fils du peuple a dû, contraint et forcé, abandonner ses études trop tôt pour entrer dans la vie active comme adjoint technique, en 1974. Pour l’anecdote, du fait de son jeune âge, il avait été écarté, avant cela, d’un poste d’agent d’exécution.

Il n’en est pas moins, aujourd’hui, l’un des spécialistes les plus en vue des questions douanières. Et ce n’est pas un hasard s’il fait figure d’homme-clé au ministère en charge du commerce extérieur.

El Aïd Mahsoussi, deuxième enfant d’une famille pauvre et nombreuse qui en compte sept, est né en 1954 dans le village isolé d’Oued El Heimer, à quelques encablures de la cité minière de Jerada. Son père est ouvrier à la fonderie Zellidja, qui a disparu depuis. Autant dire que, dès le départ, ce qu’on appelle le destin non seulement l’a desservi mais s’est même acharné contre lui. Mais il ne baissera pas les bras pour autant.

Il ne se souvient guère qu’enfant quelqu’un dans son entourage l’eût exhorté à s’appliquer dans ses études. Pire, se souvient-il, «les jours de mauvais temps, mes parents essayaient de me dissuader d’aller à l’école». Tout cela ne l’empêchera pas de retourner aux études pour cumuler plusieurs diplômes. Mais revenons au point de départ.

El Aïd est si bon élève dans toutes les matières que le conseil de classe n’arrive pas à s’accorder, à l’issue de la quatrième année du secondaire, sur son orientation : fallait-il le diriger vers une branche scientifique ou, au contraire, l’engager dans une filière littéraire. Heureusement pour lui, sur sa fiche, il avait indiqué sa préférence pour les sciences expérimentales.

Il quitte le lycée pour un salaire de 830 DH dont la moitié va à la famille restée au village natal
Mais la vie va en décider autrement et il n’ira pas plus loin que la 5e année secondaire, avant de se présenter au concours d’entrée à l’école d’agriculture de Zraïb, près de Berkane, car les ressources de la famille, déjà faibles, vont connaître un sérieux revers avec la mise au chômage du père par la fonderie. Le jeune homme va alors suivre une formation de deux ans, entre 1972 et 1974. Il se souvient de son premier salaire, 830 DH, dont la moitié est destinée à ses parents.

El Aïd va prendre conscience très vite que sa vie a pris une mauvaise direction. Il prépare alors, en cours du soir, un bac libre sciences expérimentales, qu’il obtiendra en 1975. Il s’inscrit en sciences économiques car le fonctionnaire qu’il était et qu’il devait rester pour soutenir sa famille ne pouvait se permettre d’aller dans une école d’ingénieurs, où la présence était obligatoire.

Sa licence en poche, en 1979, il postule pour un poste d’inspecteur des finances et il est alors affecté à la direction des douanes. Après un bref passage dans les services de l’aéroport d’Oujda-Angad, il est rappelé à l’administration centrale, à Rabat, où on l’affecte à la division des études législatives et réglementaires comme rédacteur.

Il commence alors à gravir les échelons, devenant chef de section avant d’être nommé directeur – adjoint de la division «réglementation et procédures», puis directeur. Entre 1996 et 2000, il est directeur régional du port de Casablanca.

Des études encore des études…
Parallèlement à ses responsabilités, il n’oublie pas les études, même si, dit-il, «cela n’aura aucune incidence sur ma carrière de manière directe. Mais il était nécessaire pour moi de passer mes deux CES à l’université Mohammed V, ce que j’ai fait entre 1982 et 1983 puis, entre 1993 et 1995, un cycle supérieur de commerce et d’administration des entreprises à l’ISCAE, où d’ailleurs je suis intervenant extérieur jusqu’à ce jour».

En fait, ces diplômes vont lui être d’un grand secours dans les différentes missions qui lui seront confiées. Et c’est bien l’expertise qu’il va développer qui lui vaudra promotions et reconnaissance.

En effet, non seulement il va être associé à la réflexion sur les procédures d’investissement et les régimes économiques, puis à la mise en place du système d’information, mais il est aussi, à partir de 2002, le chef du groupe de négociation – chargé du volet des procédures douanières et des règles d’origine – qui participera aux négociations de l’accord de libre-échange avec les USA (NDLR : signés en 2004 et entrés en vigueur en 2006).

L’épisode lui inspire cette réflexion : «L’intérêt qu’ont présenté ces accords est qu’ils ont été, historiquement, les premiers dans l’histoire moderne du pays, à revêtir un caractère global puisqu’ils ont concerné aussi bien les produits agricoles que les produits industriels, les marchés publics ou encore la propriété intellectuelle et l’environnement».

Depuis un peu plus d’un mois, en tant que secrétaire général du ministère du commerce extérieur, El Aïd Mahsoussi est déjà sur quelques pistes de réflexion et de travail. D’abord, estime-t-il, ce département a besoin de plus de visibilité mais aussi, avec un effectif d’à peine 200 personnes, de ressources humaines et matérielles.

En outre, il faut bien, en vue de réduire le déficit commercial, promouvoir les exportations et travailler dans le sens de la réduction des importations. Le plus drôle dans l’histoire, c’est que, chaque fois qu’il a été interpellé sur des questions liées aux accords de libre-échange, El Aïd Mahsoussi, en bon diplomate, s’est toujours contenté de répondre : «Nous, à la douane, nous ne faisons qu’exécuter les décisions du gouvernement». Une boutade qu’il ne pourra désormais plus sortir.