Abdesselam Sraïri, cardiologue

Il vient de recevoir la médaille d’or de la Société académique française d’éducation et d’encouragement «Arts-Sciences-Lettres».
Il a été doyen de la faculté de médecine de Casablanca pendant six ans et a encadré près de 400 thèses de doctorat.

La Société académique française d’éducation et d’encouragement «Arts-Sciences-Lettres» vient d’attribuer les prix annuels à des scientifiques, littéraires et artistes qui ont su se distinguer. Cette année, c’est le Pr Abdesselam Sraïri, cardiologue, qui reçoit la médaille d’or (avec le professeur Ali Sedjari) pour ses efforts dans le développement et la promotion de sa discipline. Une distinction qui vient récompenser une longue carrière dédiée à la recherche pratique et académique, et durant laquelle il a occupé des postes clés, que ce soit au niveau du CHU de Casablanca ou de la faculté de médecine en tant que doyen, et encadré près de 400 thèses de doctorat en médecine.

Natif de Rabat au début des années 40, Abdesselam Sraïri poursuit ses études primaires à l’institution M’Hammed Guessous à Rabat où il décroche deux certificats d’études, l’un en arabe et l’autre en français. L’institut était à l’époque parmi les rares à dispenser les cours dans les deux langues, ce qui constituait une aubaine pour le jeune Abdesselam. Il avouera d’ailleurs que ce fut là le seul vrai enseignement qu’il a eu de sa langue natale et qui lui a profité toute sa vie. Il intègre ensuite le lycée Gouraud, ancêtre de l’actuel lycée Descartes, pour décrocher un baccalauréat en 1961. Il s’envole ensuite pour la France pour des études en médecine. Mais si son choix de suivre cette discipline n’est pas vraiment motivé par des raisons profondes, le pari d’aller s’installer à Strasbourg, en revanche, est mûrement réfléchi. «Comme l’époque coïncidait avec les événements qui avaient lieu en Algérie, je souhaitais éviter le plus possible le sud de la France. J’ai donc opté pour Strasbourg à cause de sa proximité avec l’Allemagne qui me permettait d’y voyager, mais également pour le département de la faculté de médecine réputé pour son sérieux», raconte Abdesselam Sraïri. Brillant étudiant, il réussit à passer la même année son diplôme PCB (Physique, Chimie, Biologie) ainsi que sa première année en médecine. Ils sont uniquement 4 étudiants marocains à avoir réussi cette prouesse, dont Mohamed Tahar Alaoui, aujourd’hui président du Conseil national de l’ordre des médecins et ancien doyen de la faculté de médecine à Rabat.
A partir de sa 5e année, Abdesselam Sraïri revient au Maroc pour son stage qu’il fait au service des urgences à Casablanca.

Un des principaux initiateurs de la réforme des études médicales au Maroc

Une expérience qu’il qualifie de très riche, que ce soit au niveau de l’habilité qu’il acquiert à force de cas à traiter ou du cadre de travail agréable et professionnel. «Il y avait encore à l’époque beaucoup de sœurs françaises comme infirmières et j’ai été marqué par leur dévouement et leur abnégation au travail, on aurait dit qu’elles étaient là 24h/24. Sans compter bien sûr la présence de certains noms français émérites», se rappelle-t-il. A la fin du stage, Abdesselam passe le concours de spécialisation avec brio et se classe en tête de liste, ce qui lui permet de choisir librement sa spécialité. Il opte pour la cardiologie et restera jusqu’en 1967 à ce service au CHU Ibn Rochd de Casablanca. Date à laquelle il repart en France, plus précisément à Paris où il passe son certificat d’études spéciales (CES) en cardiologie dans le service du Pr Soulié. C’est là qu’il apprendra ce qu’il se permet d’appeler les «rudiments du métier» qu’il résume en un certain nombre de capacités pratiques comme le sens de l’écoute, l’approche orientée patient plutôt que machine et la dimension humaine des échanges.

A l’image de toute une génération de jeunes compétences marocaines, Abdesselam Sraïri ne se pose même pas de question et rentre au Maroc en 1970, une fois son diplôme de médecin spécialiste en poche pour effectuer son service civil. «Je touchais un salaire de 400 DH par mois alors que j’aurais pu facilement prétendre à beaucoup plus en France, mais il était inconcevable pour moi comme pour tous les autres de rester ailleurs alors que mon pays avait besoin de moi», explique-t-il. Sa compétence ne tardera d’ailleurs pas à être sollicitée puisqu’il reçoit une invitation du Palais pour suivre l’état de santé de Allal El Fassi qu’il accompagnera jusqu’à la convalescence.

Toujours mu par son envie d’en faire le maximum possible pour son pays et sa discipline, Abdesselam Sraïri choisit la carrière académique et entre en 1973, en tant que maître assistant, à la faculté de médecine de Rabat avant de prendre deux ans plus tard la tête du service cardiologie du CHU de Casablanca et d’être nommé en 1979 doyen de la faculté de médecine de Casablanca. Réputé intransigeant, Abdesselam Sraïri dirige d’une main ferme la faculté qui connaît un véritable essor durant les six ans de son mandat, l’un des plus longs de l’université. C’est un des principaux initiateurs de la réforme des études médicales au Maroc ainsi que de celle du Conseil national de l’ordre des médecins. Il encadrera ou travaillera avec de grands noms dans la médecine marocaine tel que les Pr. Abderrahim Harouchi, Noufissa Benchemsi ou encore Hakima Himmich. En 1989, Abdesselam Sraïri décide finalement de passer le flambeau aux jeunes compétences et s’installe dans le privé, dans son cabinet au centre-ville où il continue de faire ce qu’il sait le mieux : soulager ses patients autant que faire se peut, toujours selon sa vision humaine et sa rigoureuse  discipline. Cela ne l’empêche nullement d’exercer par ailleurs ses activités associatives, que ce soit à l’Association «Cœur à vie» pour la prise en charge des enfants cardiaques nécessitant des opérations et des soins, dont il est membre fondateur, ou dans les organisations comme l’Association de médecine du sport.