Abdelkader El Kihel : de Tarbia wa takhyime au comité exécutif de l’Istiqlal, 33 ans de militantisme

Dès l’à¢ge de 8 ans il intègre les structures parallèles du parti. En 2009, il fait son entrée au comité exécutif, un an après il devient sg de la jeunesse istiqlalienne. Le parcours politique ne lui fait pas oublier les diplômes : trois licences, DESS, DESA et bientôt un doctorat en criminologie.

Ses qualités d’orateur font de lui l’une des vedettes du Parlement. Pourtant, rien ne prédestinait ce natif de Sidi Moussa, un quartier populaire de Salé, le 22 décembre 1971, à une carrière aussi réussie que prometteuse. La preuve : aucun membre de la bande dont il était le chef, alors enfant, n’a réussi dans la vie, se désole-t-il. Lui, il est arrivé à s’en sortir grâce à son engagement associatif et politique.

Abdelkader El Kihel est, en effet, ce qu’on peut appeler un pur produit de l’école istiqlalienne. Il s’est, pour ainsi dire, fait tout seul. A 8 ans, il était déjà dans le parti. Pas dans les structures proprement dites, mais dans un organe parallèle : l’Association pour l’éducation et le développement communément connue par Association Tarbia wa Takhyime, (ATT, comme disent les Istiqlaliens). Ce fils d’un employé du service de la conservation du patrimoine au ministère de la culture est le premier de la famille à avoir mis les pieds dans les locaux de l’Istiqlal. L’un de ses frères aînés, aujourd’hui membre du comité central du parti, suivra plus tard ses traces. Mais certainement pas son parcours.

A 14 ans, Abdelkader El Kihel quitte l’ATT, pour rejoindre une autre organisation parallèle de l’Istiqlal, l’Organisation du scout marocain, qu’il quitte de nouveau deux ans après. Il revient à l’ATT mais cette fois en tant que responsable. En 1990, il chapeaute la jeunesse scolaire du parti à Salé. Deux ans plus tard, en 1992, il est nommé responsable de la Jeunesse istiqlalienne dans la même ville.

Entre-temps, bien des événements changeront la vie de ce jeune et studieux lycéen qui s’apprête à décrocher son bac en sciences expérimentales. En 1990, en décembre plus exactement, alors qu’il est élève en terminale, le Maroc connaît une vague d’agitations sociales. Le jeune El Kihel participe à Salé à une série de protestations qui ont abouti au boycott des épreuves du bac le 15 décembre 1990.

Après un bac libyen, il enchaîne une série de diplômes

La manifestation a fait tache d’huile, sept autres établissements scolaires de la ville ont été affectés. C’est la première fois que le jeune El Kihel est embarqué par la police. Les séjours dans les commissariats de la ville vont se multiplier durant les mois suivants.
Ce militantisme précoce lui a valu son renvoi du lycée l’année suivante, en 1991, sans avoir décroché son bac. Il part en Algérie où il a tenté de poursuivre sa scolarité mais en vain. Il se rend, ensuite, en Libye où il s’inscrit dans une université ouverte. «Il n’était pas nécessaire d’avoir le bac pour y être admis», précise-t-il. Là encore les choses ne se sont pas déroulées comme il l’espérait. Il rentre au Maroc peu après, en 1994, et réussit néanmoins a décrocher son baccalauréat, une version libyenne qu’il obtient dans l’école ouverte par ce pays à Rabat. Ce diplôme lui permet toutefois de poursuivre ses études dans les universités du Maroc. C’est ainsi qu’il commence à collectionner les diplômes. D’abord une licence, en 1998, en droit privé à la Faculté d’Agdal, à Rabat, ensuite une autre en sociologie à l’université de Fès et une troisième en chariâa à l’université Al Qaraouiyine. Il a décroché ensuite un DESS en psychopédagogie à la Faculté des sciences de l’éducation à Rabat et un DESA en droit public à la fac de Souissi également à Rabat. Ce n’est pas tout puisque, sous peu, il soutiendra un doctorat en criminologie à l’université de Fès. Des études, oui. Mais sans jamais renoncer à l’engagement politique. Il gravit, parallèlement, les échelons de la jeunesse istiqlalienne jusqu’à en devenir secrétaire général, en juin 2010, en succédant à un certain Abdellah Bakkali, député et actuel patron d’Al Alam, le journal du parti.

Benkirane s’opposeà sa nomination au gouvernement

Au XVe congrès du parti, en janvier 2009, il a été élu membre du comité exécutif avec un score qui a fait des envieux : classé 14e sur 21 membres avec plus de 400 voix sur les 850 que compte le conseil national. En 1998, il tente sa première expérience électorale. Il est élu conseiller à El Mrissa, fief électoral d’Abdelilah Benkirane. Il devient vice-président de la communauté urbaine de Salé jusqu’en 2003. En cette même année, il est réélu conseiller communal et membre du conseil de la ville de Salé. Poste qu’il garde en 2009. Il est en même temps, depuis 2003, vice-président de la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër.

En plus du poste de professeur vacataire de droit pénal et de criminologie dans les universités de Salé, Fès et Oujda, il a derrière lui une longue expérience de cabinard. Il a intégré en premier, en 2002, le cabinet de M’hammed El Khalifa, alors ministre de l’artisanat et de l’économie sociale. Ensuite, celui du ministre chargé des relations avec le Parlement, Saâd El Alami, en 2004, pour finir comme proche collaborateur du Premier ministre, Abbas El Fassi. Il a fait également un bref passage au cabinet du président de la deuxième Chambre, avant d’être élu député sur la liste des jeunes du parti en novembre dernier.

M. El Kihel a même failli devenir ministre si ce n’était le refus d’Abdelilah Benkirane. «On m’a proposé le poste de secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, j’ai décliné l’offre puisque le poste ne correspondait pas à mon profil. Cela avant que l’on ne décide de supprimer les postes de secrétaire d’Etat. J’ai ensuite été proposé pour le poste de ministre de la jeunesse et des sports, mais mon nom n’a pas été retenu». M. El Kihel soupçonne que cette décision ne soit liée à la plainte qu’il a déposée, avec d’autres élus, contre le bureau du conseil de la ville et qui a abouti à l’incarcération de l’actuel chef de cabinet de Benkirane, Jamaâ El Mouaâtassim. «Il ne faut pas non plus oublier que je cause beaucoup de soucis au chef du gouvernement dans sa circonscription électorale de Salé-Médina», confie-t-il.