Abdelaziz TALBI : Expert-comptable de formation et gardien des actifs de l’Etat

Elève studieux et plein d’ambition, il a repassé le bac français pour être recevable aux études supérieures françaises.
A l’université de Nancy, il décroche deux diplômes, un DUT et un DESS dans le même domaine.

En 1979, il intègre le ministère des finances
à  la direction des entreprises publiques dont il devient
le patron en 2005.
Haut fonctionnaire et enseignant, il a trouvé le temps d’écrire
des ouvrages sur la comptabilité.

A première vue, Abdelaziz Talbi ressemble à un chercheur, un homme de l’ombre qui répugne le plus souvent à quitter son bureau ou son laboratoire. Pourtant, ce commis de l’Etat est en plein dans l’action de tous les jours et au plus haut niveau car il rencontre des délégations d’experts de tous bords, investisseurs étrangers, acheteurs potentiels d’entreprises publiques, ou encore des équipes d’organisation non gouvernementales (ONG) venues vérifier ce que fait le Maroc de leurs dons. Derrière cette posture d’homme presque timide se cachent de grandes capacités de persuasion et de communication. C’est qu’Abdelaziz Talbi est le directeur en charge des Entreprises publiques et de la privatisation (DEPP) au ministère des finances. Autant dire qu’il est un des tout premiers responsables chargés de la valorisation de certains actifs de l’Etat et de leur cession à des investisseurs privés. L’homme cache de vrais talents de négociateur indispensables pour assumer une telle responsabilité. Malgré tout, la première impression qu’il donne, ce côté académicien plutôt désintéressé ou d’enseignant versé dans la pédagogie pour qui la transmission du savoir n’est pas un vain mot, ne peut être oublié. Effectivement, non seulement Abdelaziz Talbi a enseigné dans des écoles supérieures publiques et privées nationales, mais il a aussi coécrit deux ouvrages devenus des références dans sa spécialité : la comptabilité.

Il laisse tomber un salaire de 10 000 FF en France pour rentrer au pays en tant que civiliste
Abdelaziz Talbi est né en 1950, à Oujda, dans une famille conservatrice. Deuxième enfant d’une fratrie de cinq frères et sœurs, il est venu au monde dans une ambiance et un environnement où la sacralité des études était la valeur suprême. Et ce n’est pas par hasard qu’il va mettre un soin particulier à réaliser son parcours scolaire, à l’école puis dans le cycle secondaire comme dans ses études supérieures. En 1967, il termine le cycle secondaire avec un diplôme technique marocain (DTM) en comptabilité dans sa ville natale à laquelle il est resté très attaché. Il est si bien noté qu’il obtient immédiatement une bourse pour poursuivre ses études supérieures en France. Mais, arrivé dans l’Hexagone, un problème va surgir : son DTM ne lui ouvre pas la porte des universités. Qu’à cela ne tienne. Il repasse un bac français qu’il obtient avec brio.
Malgré tout, le jeune Abdelaziz ne digère pas l’année perdue. Il met alors les bouchées doubles pour boucler très rapidement les études supérieures. Sa ténacité a payé. Inscrit à l’université de Nancy, il y décroche successivement deux diplômes : un diplôme universitaire  de technologie (DUT) en études comptables et un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) dans le même domaine, ce qui lui ouvre la voie à un long stage d’expert-comptable. Sur recommandations de son directeur d’études, il intègre un bureau d’expertise comptable de renom : la Compagnie générale fiduciaire. Il y travaillera jusqu’en 1976, le temps d’obtenir ses deux certificats pour être éligible au métier d’expert-comptable. Et au moment où il quitte la France, il avait un salaire confortable pour l’époque, 10 000 FF, et un poste de directeur régional du cabinet. Mais l’air du pays l’appelle et il débarque sans se soucier de l’obligation qu’il a de passer par ce que l’on appelait le service civil, avec ce que cela aurait eu comme conséquence sur son niveau de vie. A l’époque, les «civilistes» ne percevaient que 1 500 DH. Mais le problème sera contourné car la Société nationale de développement de l’élevage, aujourd’hui dissoute, lui offre le poste de directeur administratif et financier.
Un de ses chantiers phare :

la modernisation du contrôle financier des entreprises publiques
Au bout de quelques années et sur le conseil de quelques amis, il rejoint les rangs du ministère des finances où il est recruté en 1979 comme contrôleur à la direction même qu’il dirige aujourd’hui et qui s’appelait à ce moment-là «Direction des entreprises publiques et des participations». Là, il va gravir les échelons et aura le temps de continuer à enseigner, en tant que vacataire, à l’Institut supérieur  de commerce et d’administration des entreprises (ISCAE), à l’Ecole nationale d’administration (ENA) et à la Cour des comptes. Mais ses responsabilités vont restreindre ses activités d’enseignant. Des dossiers lourds vont absorber toute son attention, et notamment la vente de 16 % supplémentaires de Maroc Telecom à Vivendi et la double introduction de l’opérateur historique national à la Bourse de Paris et de Casablanca.
En plus des dossiers de la privatisation, Abdelaziz Talbi se penche aussi sur la modernisation du contrôle financier des entreprises publiques et la mise en veilleuse du sacro-saint contrôle a priori  et l’introduction d’autres modes d’évaluation incluant d’autres paramètres permettant de juger la performance et la compétitivité des entreprises publiques. Un vaste programme !