Abdelali Benbrik, mémoire vivante de l’Inspection générale des finances

Après un Bac philo en 1965,il décide de s’orienter versdes études d’économie.
Licencié en 1968, il intègre le ministère des finances où il feratoute sa carrière.
Simple inspecteur des finances au départ, il deviendra plus tard le patronde l’IGF après un passage de 8 ans à  la tête de la direction des impôts.

Il est des personnes dont l’allure et la démarche renvoient si directement et si fortement à la fonction qu’elles occupent ou dont elles ont eu la charge que l’on est tenté, en exagérant à peine, de considérer qu’elles sont nées pour. Mais il est aussi des scientifiques aux allures d’artistes. Abdelali Benbrik, qui n’a pas, à proprement parler, la tête du fonctionnaire classique rêche, rectiligne et plutôt procédurier, se rapproche de cette deuxième catégorie. L’homme cite volontiers Malraux, Sartre et bifurque sur Socrate et Platon. Pour un inspecteur général des finances, «ça fait un peu désordre». Cette orientation, pour inhabituelle qu’elle soit, trouve une partie de son explication dans son parcours. En effet, comme ce natif de Fès aime à le rappeler, dans son jeune âge, il a d’abord été attiré par les lettres, tant et si bien que c’est un Bac philo qui a couronné ses études secondaires en 1965. Il avait alors vingt ans, l’âge moyen des bacheliers marocains, qui n’étaient alors admis à l’école qu’à sept ans. C’est à l’influence de sa famille et de l’environnement social qu’il doit d’avoir réorienté ses études vers l’économie pour s’assurer, lui avait on conseillé, de «meilleures chances de succès» dans la vie. Il se plia docilement à ces invites, d’autant plus facilement qu’il n’avait pas de problèmes particuliers dans les matières scientifiques, sachant qu’il était le meilleur élève de son lycée. Ce n’est pas non plus un hasard si l’homme parle un français si châtié qu’il laisserait pantois un littéraire «pur et dur».

Directeur des impôts de 1991 à 1999
Abdelali Benbrik va, plus tard, venir au fonctionnariat d’une manière «naturelle» et, après une licence en économie à la faculté de droit de Rabat, il intègre le ministère des finances, auquel il restera fidèle de manière quasiment religieuse. Une petite parenthèse : à sa sortie de la faculté, il passe deux concours, celui de la Banque du Maroc et celui des Finances. Sa préférence est allée aux Finances et elle ne se démentira plus. Ainsi, dès 1968, il est stagiaire à l’IGF (Inspection générale des finances) où il sera confirmé deux années plus tard. C’est que, comme le veut la règle, il devait satisfaire à l’exigence de mener à bien un DESS et de subir un examen professionnel. Au moment de sa nomination, l’IGF comptait moins d’une trentaine de personnes et il apprit que, quelques années plus tôt, quelques étrangers y étaient encore en poste. Le parcours de M. Benbrik au sein du ministère des finances est d’une grande limpidité. Inspecteur des finances en 1970, il est promu chef de mission en 1976. En 1981, il est nommé directeur adjoint des impôts. Dix années plus tard, il est nommé directeur général des impôts, un poste qu’il occupera jusqu’en 1999, date à laquelle il revient à l’IGF pour en prendre les commandes.

Il souhaite plus de rationalité dans les dépenses publiques
Aujourd’hui, l’homme cumule cette lourde responsabilité avec celle d’enseignant à la faculté de droit de Rabat et à l’ENA ((Ecole nationale d’administration). Il est aussi membre du panel du FMI pour le compte duquel il effectue des missions d’assistance technique et d’audit dans plusieurs pays. C’est dire que son expertise en matière de gestion des deniers publics et d’audit est reconnue au-delà des frontières. D’ailleurs, à éplucher son itinéraire et son emploi du temps, on se demande comment il trouvera le temps de faire couronner son parcours académique par un doctorat et moult publications auxquelles il a contribué et continue de le faire.

Par ailleurs, M. Benbrik a été associé à de grands moments de la mutation du pays et des procédures de l’inspection des impôts. Les plus saillants sont le fameux «Programme d’ajustement structurel » et les grandes enquêtes sur certaines entreprises publiques dont les plus retentissantes ont concerné le CIH, la CNSS ou encore la BNDE. Sur ces chapitres, il invoque la clause de réserve.

Par contre, quand on lui demande de définir le rôle de la direction de l’IGF dont il est aujourd’hui une des mémoires vivantes, il est prolixe : «Le point de départ de la démarche d’inspection prend son ancrage dans la dimension formelle. Il s’agit de se pencher sur la conformité et la régularité de la dépense publique. Aujourd’hui, nous assistons à une mutation dans la mesure où la dimension de la performance a été intégrée à l’attitude de cet organe d’inspection et d’analyse ». L’esprit de l’évolution de l’Inspection générale des finances tient à ceci : intégrer dans l’analyse de la gestion des écritures et de leur intégrité la notion de liberté de manoeuvre des ordonnateurs.

Il ne s’agit pas de tolérer des permutations de lignes de dépenses mais d’encourager la rationalité à l’intérieur d’une même ligne. Abdelali Benbrik donne l’exemple de la construction d’un ouvrage d’art qui a été abandonnée alors que les crédits et les engagements étaient déjà validés. La raison en est simple : il a été découvert que le site n’était pas approprié. Avant, explique-til, il fallait demander une autorisation expresse pour procéder à une telle mesure. Aujourd’hui, 25 ministères appliquent cette démarche qui a été initiée en 2002 par le ministère de la santé comme expérience pilote. Les chantiers ouverts par Abdelali Benbrik, se déclinent ainsi : restaurer le rayonnement de la direction dont il a la charge et mettre en place des normes en cohérence et dans l’esprit de la performance du privé. Vaste programme !