Abdallah Mokssit : 27 ans à  la Météo et expert mondialement reconnu

Il est parmi les premiers ingénieurs recrutés par la direction de la météo au moment de sa création en 1983.
Durant les premières années de fonction, il ira parfaire sa formation à  deux reprises en France.
Il gravit les échelons jusqu’à  devenir directeur en 2008. En parallèle, il est membre de réseaux internationaux d’experts.

Abdallah Mokssit, patron de la Direction de la météorologie nationale (DMN), est incontournable dès que l’on parle de prévision et de recherche climatologique au Maroc. C’est un des principaux artisans des progrès réalisés par le Maroc dans ces domaines durant ces 25 dernières années. Et dire que cet enfant d’Azrou est arrivé à la météorologie un peu par hasard, après avoir été tenté par l’enseignement.
Né en 1961 et cinquième enfant d’une famille qui comptait six frères et sœurs, le jeune Abdallah est de santé fragile. Il sera, néanmoins, un élève modèle à l’école puis au lycée Tariq Ibn Zyad. Durant son enfance, il baigne dans une ambiance religieuse, son père étant imam et sa mère femme au foyer. Il obtient un bac en sciences mathématiques en 1979. Ce fut pourtant une année très difficile, comme ce lycée, qui obtenait des taux de réussite de 80% en moyenne, n’en avait jamais connu. Cette année-là, ils n’étaient que 17 élèves à avoir obtenu le sésame sur les 85 prétendants.

Toute une carrière au service de la météo

L’année suivante, Abdallah Mokssit s’inscrit à la Faculté des sciences de Rabat où il obtient sa licence en mathématiques en 1983. Il veut alors enseigner, mais se présente tout de même à plusieurs concours dont celui de l’Aviation civile marocaine, en quête de cadres supérieurs pour la toute jeune direction de la météorologie. Il est à rappeler à ce propos que si le premier service de météorologie existait depuis 1960, il a fallu attendre 1983 pour la création de la Direction de la météorologie nationale. Retenu à l’issue de ce concours, Abdallah Mokssit est alors envoyé à l’Ecole de météorologie de Toulouse où il termine ses études d’ingénieur civil en 1985.
Quand il rentre pour prendre ses fonctions de prévisionniste, il ne sait pas qu’il va rapidement retourner dans l’Hexagone. La Direction de la météorologie nationale lui finance, en effet, des études pour l’obtention d’un diplôme d’ingénieur à Supelec, référence dans le domaine des sciences de l’information, de l’énergie et des systèmes, entre autres l’informatique, les télécommunications, l’électronique, le traitement du signal, l’automatique et le génie électrique.
A son retour en 1987, il se voit confier le poste de développeur au centre d’études et de traitement informatique et fait partie de l’équipe scientifique du programme du service recherche atmosphérique baptisé Al Ghaït et qui consistait à opérer des modifications artificielles du temps et notamment à provoquer des précipitations. En 1991, il est nommé chef de service de la météorologie dynamique avant de devenir chef de division du Centre national du climat et de recherches météorologiques (CNCRM). Il est alors en charge de plusieurs programmes, dont Al Bachir relatif à la prévision à très court et moyen termes.
Abdallah Mokssit a franchi tous les échelons de la DMN dont il connaît les moindres recoins. Directeur adjoint en 2005, il sera nommé ingénieur général en février 2008, avant de devenir le patron une année plus tard.

Un parcours récompensé par plusieurs distinctions internationales

Il a été associé à tous les développements logiciels en matière de prévisions et pas seulement au niveau de la Météorologie nationale, mais aussi de Météo France pour le compte de laquelle il réalise la conception de la première analyse pour un serveur d’accès à distance en temps réel à des informations météo.
Sur le plan national, non seulement il travaille à la conception des logiciels qui vont accompagner la fiabilisation de la prévision mais aussi à l’élargissement de modèles qui relieront l’Afrique au réseau européen. Grâce à ce travail, le Maroc est d’ailleurs devenu une plateforme qui relaie l’information météorologique au niveau planétaire.
Abdallah Mokssit est membre du consortium Aladin, vice-président du premier groupe de travail qui évalue les aspects scientifiques du système climatique du Groupe d’experts internationaux sur l’évolution du climat (GIEC). Il travaillera, à ce titre, sur le prochain rapport de cette instance attendu pour 2014. Il a été également le principal négociateur de l’adhésion de la Direction de la météorologie nationale au centre européen, une instance dans laquelle le Maroc est le seul pays non européen à siéger.
Bref, Abdallah Mokssit a été sur tous les fronts puisqu’il est membre de plusieurs instances internationales qui réfléchissent à la prévision ou au climat comme le programme mondial pour l’extension des prévisions jusqu’à 15 jours ou encore le programme d’expérimentation de la cyclogenèse méditerranéenne.
La trajectoire scientifique d’Abdallah Mokssit est consacrée par une reconnaissance internationale puisqu’il est récipiendaire de plusieurs distinctions dont la plus illustre est le Prix Leverrier, en reconnaissance du travail réalisé dans l’extension du modèle de prévision Péridot à l’Afrique du Nord et l’Europe de l’Est, ce qui a été à l’origine de la prévision numérique au Maroc et au lancement du projet international Aladin. C’était déjà en 1992. Et c’est loin d’être un hasard si, en 2009, il a assuré la vice-présidence de l’Assemblée générale du projet Aladin qui regroupe 15 directeurs des services de météorologie de pays européens. En tant qu’expert membre du Giec, son travail est aussi récompensé par le Prix Nobel de la paix attribué conjointement à ce groupe et à l’ancien vice-président américain Al Gore en 2007.