A. Chaoui : il a échappé à  la pharmacie pour se faire un nom dans le tourisme

Il s’est lui-même improvisé en entreprise de construction pour bà¢tir son hôtel cinq étoiles.
Après 18 ans passés à  Royal Air Maroc, il crée Royal Tours en 1987, à  Genève, avec 50 000 francs suisses.
Il vient d’ouvrir à  Marrakech l’Eden Andalou, un hôtel cinq étoiles adapté aux familles et aux prix abordables.

Depuis sa jeunesse, Abdellali Chaoui éprouve une véritable passion pour l’art et l’architecture andalous. C’est en effet en 1966 – il avait 21 ans à l’époque -, que notre homme a découvert, lors d’un voyage en Andalousie en compagnie de son père, les merveilles de l’art hispanomauresque. Aujourd’hui, il a donné corps à sa passion en construisant, à 9 kmdeMarrakech, sur la route d’Amezmiz, son «EdenAndalou», un hôtel 5 étoiles, copie conforme des palais andalous du Xe siècle, âge d’or de cette civilisation qui l’a tant fait rêver.
Alors que les projets touristiques se disputent l’espace et même l’eau dans la Palmeraie de Marrakech, il a quant à lui accompli son oeuvre («sa trace sur terre et dans son pays après tant d’exil», comme il aime à qualifier sa réalisation), sur un terrain où rien ne poussait.
Exactement là où on peut avoir une vue imprenable sur les sommets enneigés de l’Atlas. «Là où ne vivaient que scorpions et serpents», dit-il avec humour. Seules quelques fourmis ont survécu aux bulldozers, pelleteuses et bétonneuses que Abdellali Chaoui a mobilisés pour construire lui-même son hôtel cinq étoiles destiné aux familles. Ne dit-on pas que les fourmis sont porteuses de bonne fortune ?… S’il a confié les plans et les dessins à des architectes de renom, et, on l’imagine, avec des directives précises et moult détails, il n’était pas question qu’il confie l’exécution des travaux à une entreprise. Il s’est lui-même improvisé en entreprise de construction, avec la réussite que l’on connaît. Encore un virage dans la vie de Abdellali Chaoui.Car ce natif de Kénitra, fils d’un exploitant agricole, n’a pas peur des virages à 180 degrés et il en a pris plus d’un dans sa vie.

Un long parcours à la RAM
Après un bac obtenu au lycée des Orangers de Rabat, il s’envole pour Bordeaux pour y suivre des études de pharmacie. Mais il s’aperçoit très vite que les recettes pharmacologiques et les expériences chimiques, ce n’est pas pour lui. Il abandonne alors la pharmacie et, à l’insu de son père, s’inscrit en prépa pour intégrer l’Ecole supérieure de commerce et d’administration des entreprises (ESCAE) dont il sortira diplômé en 1969. «Pendant deux ans,mon père pensait financer mes études de pharmacie alors que je préparais le concours d’entrée à l’école de commerce. Je ne l’ai informé que lorsque j’ai réussi à convertir ma bourse pour les études que je voulais suivre».Abdellali Chaoui, jeune homme au caractère bien trempé, s’était préparé à affronter la colère paternelle. Pour Chaoui père, qui n’avait retenu des études de son fils que le mot commerce, «on naît commerçant,on ne le devient pas en étudiant».
Toujours est-il que le jeune Chaoui intègre, dès la fin de ses études, Royal Air Maroc où, après deux ans de stage, dont une partie àAir France, il est chargé de la promotion des ventes tourisme.En 1973,il est nommé à la tête de la représentation de la compagnie en Allemagne, puis, en 1974, en Italie. Il assurera, dans la foulée, la représentation de la compagnie à Rio de Janeiro, au Brésil, jusqu’en 1981, année où il est nommé chef du réseau Europe (France exceptée).

«Heureusement qu’il y a la crise, elle nous apprend à respecter les autres»
De cette époque, il garde une grande nostalgie et une affection particulières pour la RAM dont il fait souvent suivre l’évocation par «que Dieu la protège de la privatisation ». La crainte qu’une compagnie comme Air France absorbe la RAM préoccupe M.Chaoui d’une manière quasi obsessionnelle. En 1987, et après avoir «tout fait en matière de transport aérien», il commence à s’ennuyer dans son travail. Il décide alors de créer Royal Tours, à Genève, avec un capital de 50 000 francs suisses. Cette société revendique rapidement 50 % du marché suisse, soit 30 000 touristes sur les 60 000 qui optent pour le Maroc. Royal Tours France voit le jour en 1993. Selon lui, «l’avenir du tourisme au Maroc passe par l’installation d’entreprises marocaines dans les pays émetteurs ». Et il sait de quoi il parle car il est le seul Marocain à avoir réussi ce pari. Royal Tours Suisse est pourtant vendu en 1999 au 2e groupe financier suisse,Hotelplan, «au terme d’une OPA inamicale», commente Abdellali Chaoui.
Envoyer des touristes au pays, c’est bien.Mais les envoyer et bien les accueillir, c’est encore mieux.Abdellali Chaoui raisonne en fait en terme de diversification verticale. C’est ainsi qu’après avoir créé au Maroc PanafricanTours, agence spécialisée dans le réceptif, en partenariat avec Francorosso, et Receptours, il crée en 1990 Excel Tours. De fait, en plus du marché suisse, il a réussi à s’imposer en France, un marché très concurrentiel où Royal Tours occupe le 4e rang des TO travaillant sur le Maroc, avec 80 000 touristes par an.Et pour compléter la chaîne, le patron d’Eden Andalou crée Excel Cars, avec son propre parc de location de 4×4 et de voitures, et Excel transport, pour le transport touristique par autocars.Ces deux sociétés emploient aujourd’hui 200 personnes.
Le rêve réalisé de l’Eden Andalou est donc venu pour boucler la boucle.Malgré la crise, Abdellali Chaoui lutte bec et ongles avec ses 240 employés pour remplir les chambres. Pour cela, il compte sur l’originalité de son concept : un hôtel cinq étoiles adapté à des familles et aux prix abordables, en somme
«le luxe pas cher», résume M.Chaoui. Avec son franc-parler, «sa grande gueule», comme disent certains de ses pairs, il peste contre l’Office national de l’électricité (ONE) qui lui «coupe l’électricité deux à trois fois par jour». Mais malgré les problèmes financiers et la crise, il reste optimiste. «Heureusement qu’il y a la crise, dit-il, elle nous apprend à respecter l’autre». En professionnel averti, il pense que la crise dans le tourisme va durer toute l’année 2009. «Les riches ont perdu beaucoup d’argent,mais cet argent est allé vers de nouveaux riches qui, eux, vont consommer encore plus.Nous ne vivons que par la consommation». A ses heures perdues,même s’il n’en a pas beaucoup, Abdellali Chaoui joue du luth, et il peut se le permettre car son fils et sa fille sont là pour assurer la relève. Mais, une chose est sûre : ni ses affaires ni sa passion pour cet instrument de musique ne viendront à bout de son énergie.