Zapatero, le Maroc et le dossier du Sahara : les révélations de Wikileaks

Selon la diplomatie américaine, l’Espagne a donné un sérieux coup de main au Maroc pour l’élaboration de son plan d’autonomie.
Le gouvernement Zapatero continue à  soutenir Rabat sur la question du Sahara.
Les Américains jugent que le Polisario est en perte d’influence.

Depuis l’arrivée au pouvoir du socialiste José Luis Rodriguez Zapatero à Madrid, en mars 2004, le gouvernement espagnol n’a eu de cesse de soutenir la position de Rabat sur le dossier du Sahara et sur le plan régional, révèlent des télégrammes du département d’Etat américain, dévoilés par le désormais célèbre site Wikileaks et dont une synthèse a été publiée mardi 14 décembre par le quotidien madrilène El Pais.
Selon le journal espagnol, «si les socialistes ont publiquement tenté de maintenir une position équilibrée entre Rabat et Alger, ils ont fourni un appui et proposé des conseils pour élaborer une proposition d’autonomie crédible sous souveraineté marocaine».
Des dizaines de télégrammes des ambassades des Etats-Unis à Rabat, Alger, Madrid et Paris rendent compte de cette situation entre 2004 et aujourd’hui et plus particulièrement la période 2004-2007 menant à la préparation par Rabat de la proposition d’autonomie. Cette situation vaudra même à Zapatero de s’entendre dire par le président algérien Abdelaziz Bouteflika que «les Espagnols n’ont pas été honnêtes avec les Sahraouis».

Quand Alger refuse la réunion quadripartite avec le Maroc, l’Espagne et la France

Madrid est allé si loin pour soutenir le Maroc, indiquent El Pais et les documents du département d’Etat, que le ministre des affaires étrangères espagnol Miguel Angel Moratinos a même proposé des négociations à quatre entre la France, l’Espagne, le Maroc et l’Algérie.
Selon un télégramme de l’ambassade américaine à Madrid en date du 31 octobre 2008, classé confidentiel, «Moratinos a suggéré une réunion de coordination entre l’Espagne, la France, l’Algérie, le Maroc et les Etats-Unis en marge d’une réunion ministériel de l’OTAN», ce à quoi le sous-secrétaire d’Etat américain pour l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, David Welch, répondra que «la secrétaire d’Etat Condoleeza Rice a tenté une telle approche avec Rabat et Alger, en vain». Alger avait refusé, arguant de l’absence du Polisario. Moratinos a remis sa proposition sur la table lors de rencontres avec des diplomates américains en proposant que Washington joue le rôle d’observateur, mais Alger ne voulut rien savoir.
Les mois précédant la présentation du Plan d’autonomie marocain donnèrent lieu à d’intenses contacts entre Espagnols et Américains pour que Rabat propose un plan solide. Madrid critiqua certes Paris pour son soutien sans réserve des positions marocaines, note El Pais.
Mais Moratinos et Zapatero ne cessèrent leurs efforts pour soutenir Rabat. Moratinos rédigera ainsi un non paper, terme désignant un document non officiel et contenant des idées à soumettre aux parties concernées par un dossier. Moratinos y proposait sur le dossier du Sahara de commencer à parler de «régionalisation, d’autonomie et d’auto-gouvernement» dans un monde globalisé et d’abandonner les vocables de «décolonisation, souveraineté et indépendance». Moratinos suggérera pour le Sahara «une solution similaire à celle que l’Espagne a mise en place en Catalogne».

Le président russe Poutine, tout comme les gouvernements français, espagnol et américain, avait demandé un compromis maroco-algérien, en vain

De 2007 à 2009, grâce à l’action de la diplomatie marocaine et aux soutiens de Madrid et de Paris, Rabat marque des points. En décembre 2009, l’ambassade américaine à Madrid parle de la perte d’influence du Polisario au sein des Sahraouis. Un télégramme classé«Confidentiel» en date du 17 août 2009 en provenance de l’ambassade américaine de Rabat reconnaît que «la situation des droits de l’homme dans le territoire s’est fortement améliorée (…). Des entretiens extensifs et des sources indépendantes suggèrent que le but principal de la plupart des Sahraouis est plus l’auto-gouvernement que l’autodétermination ; un désir pour plus de sécurité et de protection de leur identité que l’indépendance, une armée et des ambassades (…) Nous savons de la part de sources sahraouies crédibles qu’il existe un fort intérêt pour une solution négociée (…)». Conclusion de ce télégramme :
«Le conflit entre le Maroc, l’Algérie et le Sahara occidental est comme l’histoire de l’œuf et de la poule. L’Algérie a indiqué que les relations ne peuvent s’améliorer que si l’autodétermination est mise en œuvre au Sahara occidental, sachant les liens étroits qui existent entre le leadership algérien et celui du Polisario. En réponse, en juin 2009, les Marocains maintiennent que leur principal objectif reste le rapprochement avec l’Algérie, ce qui peut être discuté séparément. (…) Le président russe Poutine avait demandé un compromis maroco-algérien, en vain, tout comme les gouvernements français, espagnol et américain».
Au lendemain de la crise du 8 novembre 2010 à Laâyoune, Zapatero, pour répondre à ses critiques internes, avait, rappelons-le, déclaré à ses adversaires politiques qu’ils «seront bientôt étonnés de constater combien le Polisario ne représente plus grand-chose». De son côté, quelques jours plus tard, Alfonso Guerra, baron du PSOE et proche de Zapatero, enfonçait le clou devant les micros de la presse espagnole : «Le Polisario n’a pas de soutiens internationaux».