Youssef Amrani : Le statu quo autour de la question du Sahara est intenable

L’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU doit jouir de la confiance de toutes les parties. Le Maroc vise à  sortir les négociations de l’enlisement. L’instabilité au niveau de la région du Sahel rend l’intégration maghrébine nécessaire pour la sécurité de la région.

Que va-t-il advenir si le Secrétaire général de l’ONU maintient son envoyé spécial Christopher Ross à son poste ?

Pour accomplir sa mission, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU doit avant tout jouir de la confiance de l’ensemble des parties. C’est la condition fondamentale. Nous avons pleinement confiance en M. Ban Ki Moon et nous ne doutons pas qu’il saura prendre les mesures appropriées afin de relancer la dynamique nécessaire à l’avancement du processus de négociation conduit par l’ONU. La décision du Maroc de retirer sa confiance à M. Ross qui a été soutenue unanimement par la classe politique marocaine dans ses différentes composantes, de même que par l’opinion publique, traduit avant tout la volonté du Royaume de sortir les négociations de l’enlisement et de leur redonner une dynamique positive, en mettant notamment un terme aux différentes dérives qui ont été constatées ainsi qu’en renouant avec les paramètres clairs censés encadrer et guider le processus politique.

En attendant une éventuelle nouvelle nomination, qu’advient-il du dossier ?

Tout d’abord, l’ensemble des parties doit œuvrer à la mise en œuvre des décisions du Conseil de sécurité. Le Maroc tiendra ses engagements. Nous souhaiterions que les autres parties fassent de même afin de poursuivre sur des bases saines.
A titre d’exemple, les résolutions du conseil demandent que les populations retenues dans les camps de Tindouf puissent être enregistrées. Il est urgent de mettre un terme à cette tragédie humanitaire dont la Communauté internationale devrait se soucier davantage. Ces résolutions appellent également toutes les parties à s’impliquer de bonne foi dans ce processus. Sans vouloir être exhaustif, je crois que certaines parties ont beaucoup à faire, ne serait-ce qu’en honorant leurs engagements.
Je pense qu’il faut retrouver l’esprit initial de la négociation et avancer de façon constructive, réaliste, apaisée et responsable en laissant de côté les thèses caduques et figées qui ne servent qu’à entretenir un statu quo intolérable et intenable. Il y a aujourd’hui une réalité que personne ne peut plus nier et qui ressort d’ailleurs des conclusions formulées par l’ancien envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, M. Peter Van Walsum, devant le Conseil de sécurité en avril 2008, qui réaffirmait que l’indépendance du Sahara est une option «irréaliste».

Dans quelle mesure les changements qu’a connus la région du Sahel et le changement de gouvernement en Espagne et en France vont influer sur la question ?

Le Maroc est de plus en plus préoccupé par l’établissement de connexions entre les organisations ou groupes terroristes dans la région du Sahel et les réseaux internationaux de trafic en tout genre. Cette collusion entre terroristes et trafiquants est un signe tangible de la détérioration de la situation sécuritaire dans le Sahel. L’absence d’une intégration régionale poussée et de véritables perspectives de coopération à l’échelle du Maghreb contribue à accentuer la menace terroriste dans l’espace sahélo-saharien. Les événements en Libye et au Mali ont accentué les menaces d’instabilité provenant de la zone sahélo-saharienne.   
Le règlement du différend autour du Sahara marocain non seulement libérera les synergies pour la construction de l’UMA mais sera également garant de la sécurité de notre région. C’est pourquoi nous pensons que la nécessité de le régler définitivement s’impose à tous les Etats de la région, au bénéfice de la stabilité de l’ensemble maghrébin, du progrès de ses populations et de l’intégration maghrébine. C’est également pourquoi nous pensons que le statu quo est intenable et qu’il est plus que temps de sortir les négociations de l’enlisement en se concentrant sur l’essentiel, c’est-à-dire les questions de fonds.
En ce qui concerne les nouvelles configurations politiques en Espagne et en France, les dernières déclarations montrent que ces pays soutiennent les efforts entrepris par le Maroc pour parvenir à une solution politique définitive.

Les résultats des élections en Algérie et la reconduction de la majorité sortante constituent-ils une source d’inquiétude pour le Maroc ?

Le Maroc croit fermement au respect de certains principes cardinaux dans la conduite des relations internationales, tels que la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays tiers. Nous croyons résolument que l’avenir du Maghreb ne peut être que démocratique. Plusieurs responsables maghrébins en sont aujourd’hui convaincus. Chaque pays évoluera bien entendu selon son rythme, en fonction de ses caractéristiques intrinsèques, de ses choix, de ses contraintes, l’essentiel étant bien entendu de traduire cette volonté déclarée de façon concrète et réelle.

Cela voudrait-il dire qu’il ne faut pas s’attendre à ce que l’Algérie change de position ?

Il ne m’appartient pas de préjuger des intentions réelles ou supposées de l’Algérie, pays frère. Ce que je peux dire en revanche c’est que nul différend n’a vocation à durer éternellement. Les différends régionaux se résolvent par le dialogue, l’écoute, la négociation, mais aussi parce qu’indépendamment des difficultés rencontrées, la volonté de transcender les malentendus et les divergences est plus forte. Le Maghreb uni que nous appelons de nos vœux est celui du respect de l’intégrité territoriale des uns et des autres, celui de la réconciliation et de l’engagement sincère pour construire un ensemble maghrébin fort économiquement, solidaire politiquement et capable de faire face aux défis sécuritaires qui l’interpellent à ses frontières.
Le Maroc aspire à un nouvel ordre maghrébin, qui serait, comme l’a décliné SM le Roi Mohammed VI, dans le discours royal du 6 Novembre dernier, un véritable moteur de l’unité arabe, un facteur de stabilisation et de sécurisation de la zone sahélo-saharienne, et un acteur structurant de l’intégration africaine.