Yasmina Baddou à  la conquête d’Anfa

Des affiches collées dès les
premières minutes de la campagne.
Une circonscription vaste, avec des électeurs aux niveaux de vie parmi
les plus contrastés du pays.
Des concurrents de taille, pour un nombre de sièges réduit.

Dimanche 26 août, 18 heures, branle-bas de combat au 133, boulevard de Bourgogne à Casablanca. Les militants s’apprêtent à converger vers la rue Mohamed Mejjati, dans le quartier du Maârif, qui accueille le meeting de Yasmina Baddou, secrétaire d’Etat sortante et candidate de l’Istiqlal dans la circonscription d’Anfa. Une demi-heure plus tard, ils sont une centaine, membres de la Jeunesse istiqlalienne pour la plupart, à s’entasser dans le local en compagnie des familles venues écouter la candidate. Yasmina Baddou revient sur les problèmes de tous les jours : l’emploi, les études, l’aide aux handicapés, la solidarité entre les générations, ou encore le problème de la nafaqa pour les femmes divorcées. Une heure plus tard, la candidate et les militants, armés de drapeaux et de prospectus, font le tour des rues environnantes au rythme de l’air du parti. La balance est omniprésente dans les prospectus, les vêtements et les chansons, histoire d’ancrer le logo du vieux parti dans les esprits. Surpris, habitants et promeneurs les regardent passer, mais beaucoup de lumières sont éteintes tout le long du parcours : en effet, beaucoup d’électeurs potentiels ne sont toujours pas rentrés de vacances.

Des doléances gênantes en période électorale
La matinée du lendemain sera plus fructueuse. A quelques rues du circuit de la veille, la candidate communique avec les commerçants du quartier et leurs clients. Le début de la soirée, lui, sera réservé au porte-à-porte. Vers 18h 30, l’équipe se rend à Ferran Jir, mieux connu sous le nom de quartier Lopez. Deux militants, habitant le quartier, ouvrent la marche et font les présentations avec les habitants croisés en chemin. Parfois, c’est à la ministre sortante de rejoindre les familles dans leurs maisons. L’ambiance est bon enfant : ici, l’Istiqlal est en terrain ami, mais il ne suffit pas d’acquérir des territoires, insiste Yasmina Baddou, il s’agit aussi de les fidéliser pour ne pas perdre le contact.

La visite est l’occasion idéale pour poser des questions, ou encore soumettre des doléances. Certaines portent sur l’état de la chaussée, ou encore la construction d’un terrain de sport, autant de choses qui ne relèvent pas de la mission du parlementaire et pour lesquelles la casquette d’élue locale de la ministre sortante s’avère parfois utile, mais seulement pour l’arrondissement d’Anfa. Quelques rues plus loin, Yasmina Baddou est abordée par un groupe de femmes. Ces dernières risquent l’expulsion de leur logement le lendemain matin à la suite d’un jugement en faveur du nouveau propriétaire du terrain qui souhaite y construire un immeuble. Déjà confrontée à ce type de situations par le passé, la ministre explique qu’en temps normal, la négociation d’un arrangement avec le propriétaire suffit à adoucir les conditions d’un départ par définition inévitable, mais pas durant la campagne électorale : le geste risque d’être interprété comme une utilisation abusive de son statut de membre du gouvernement.

350 000 électeurs à convaincre
Il est vingt heures lorsque l’équipe retourne au QG du quartier Bourgogne : il est temps de procéder au débriefing des militants concernant les activités de la journée, et de fignoler les détails du meeting du lendemain, prévu à Derb Ghallef.

Istiqlalienne depuis toujours, Yasmina Baddou a été nommée candidate à la circonscription d’Anfa à la veille des législatives de 2002. A l’époque candidate peu connue, elle s’était présentée dans un territoire où le parti n’avait encore jamais obtenu de siège à l’exception du Maârif. Aujourd’hui encore, elle doit mener campagne dans un terrain vaste et très peuplé, avec trois arrondissements – Anfa, Maârif et Sidi Belyout – 350 000 électeurs inscrits sur les listes, et des niveaux de vie parmi les plus contrastés du pays.

Des adversaires plus redoutables qu’en 2002
Dans ce contexte, aujourd’hui comme hier, l’organisation devient un maître mot, souligne la candidate qui indique qu’au niveau local le renforcement de la structure du parti au cours des cinq dernières années devrait faciliter les choses. Répartis en plusieurs équipes à travers la circonscription, les militants ont démarré la campagne au quart de tour en collant leurs affiches dès le 25 août à minuit, quelques minutes après le départ officiel de la campagne électorale.

La période électorale est aussi l’occasion pour le parti de faire appel à des réseaux comme celui de la rue Mejjati où le local qui, durant l’année, abrite de petites activités destinées aux habitants du quartier – cours d’alphabétisation, de broderie, de soutien pour les élèves ou encore des mini tournois de sport – sert, le bouche à oreille aidant, de point de rassemblement pour les sympathisants.

Plus connue qu’en 2002 après son passage au gouvernement, Yasmina Baddou parviendra-t-elle à remporter un siège aussi facilement qu’en 2002 ? «La différence, c’est la difficulté, je n’ai pas du tout le même niveau de concurrence qu’en 2002», explique-t-elle. En effet, non seulement le nombre de sièges disponibles a été ramené de 5 à 4, mais, de plus, ce ne sont pas les grosses pointures qui manquent parmi la concurrence : le prêcheur d’Annahda wal fadila Abdelbari Zemzmi, un Abderrahim Lahjouji, secrétaire général de Forces citoyennes, soutenu par le PJD qui a remporté deux sièges à Anfa il y a deux ans, Ouadie Benabdallah pour l’USFP ou encore Nasreddine Doublali, ex-président du Wac, pour le Mouvement populaire. La bataille sera rude, très rude.