USFP : des jeunes, des moins jeunes… et des notables

Abdelouahed Radi a été élu premier secrétaire de justesse devant Fathallah Oualalou, Habib El Malki et Driss Lachgar.
Le plus difficile commence : réformer le parti avec un bureau politique et un conseil national composites, difficiles à  gérer.
M. Radi démissionnera-t-il du gouvernement comme promis ?

Le VIII ème congrès de l’USFP a-t-il été celui du renouvellement pour un Maroc nouveau, comme le promettait si bien son slogan ? Cinq mois après son démarrage, le 13 juin dernier à Bouznika, et sa suspension deux jours plus tard, les travaux avaient enfin repris ce vendredi 7 novembre au Palais des congrès de Skhirat. Détail important : entre-temps, l’ambiance est devenue nettement plus détendue entre les congressistes. Sur la pelouse, en face du bâtiment, de petits groupes se forment, entre deux rencontres, histoire de se concerter, à l’instar de ces militants des provinces du Sud qui s’accordent déjà sur le nom de leurs candidats au conseil national et au bureau politique. A quelques heures de l’élection du premier secrétaire de l’USFP, chez eux comme chez d’autres militants, un nom revient régulièrement : Abdelouahed Radi.
Avec un profil à même de contenter les plus conservateurs sans trop effaroucher les réformistes, l’ex-numéro 2 du parti a joué un rôle-clé dans la gestion de la crise qui avait suivi la démission forcée de Mohamed Elyazghi de la direction du parti, en janvier dernier. Le suspense continue tout de même de planer : les noms de Fathallah Oualalou et de Habib El Malki sont aussi cités. Plus tard dans la journée, les candidatures déposées pour le poste de premier secrétaire du parti sont celles que l’on attendait : Abdelouahed Radi, Fathallah Oualalou, Habib El Malki, Nacer Hajji, et Driss Lachgar. Un challenger surprise vient s’ajouter à la liste : Mohamed Lahbabi, 83 ans, et l’un des vétérans du parti. Mais ce candidat n’en n’est pas vraiment un. Plus tard, il profitera des 15 minutes de parole accordées aux prétendants à la succession de Mohamed Elyazghi à la direction du parti, pour appeler les siens à sauver l’USFP de la crise cardiaque, en élisant un jeune à sa tête, âgé de préférence de moins de 60 ans. Il proposera même un nom : Mohamed El Gahs, qui, bien qu’ayant la qualité de congressiste, n’a pas fait acte de présence ce jour-là.
Toutefois, le gros des interventions appelle à la réforme de l’USFP, tout en préservant son unité, la restructuration du parti, une autocritique pour avoir perdu le contact avec ses bases à la suite de son entrée au gouvernement…Abdelouahed Radi, qui présente notamment la crise de l’USFP comme la conséquence de sa participation à la transition démocratique du pays, indique, parmi ses priorités, la préparation de l’USFP aux élections, la nécessité de procéder aux réformes législatives et politiques dans les plus brefs délais, en coordination avec les alliés du parti, de réactiver la Koutla, de la doter d’une nouvelle vision, d’une nouvelle mentalité, et, en collaboration avec le bureau politique et le conseil national, de travailler à réunir la famille ittihadie et à l’union de la gauche.

Saïd Chbaâtou et Mohamed Derhem dans le nouveau bureau politique
Au final, restés globalement très proches, et présentés par des candidats aux profils similaires, les projets laissent les militants hésitants, ce qui se traduira dans les résultats du vote : au final, Abdelouahed Radi a bien gagné, mais d’un cheveu seulement, face à ses collègues du bureau politique sortant. Elu au suffrage uninominal à un tour avec 340 voix sur 1 332 (25,5%), il n’a que 25 voix d’avance sur son premier concurrent, Fathallah Oualalou (23,6%). Il est aussi talonné par Driss Lachgar (286 voix) et Habib El Malki (238). Les deux derniers concurrents, Nacer Hajji et Mohamed Lahbabi, arrivent très loin derrière, avec seulement 20 et 5 voix. Au final, la révolution ne se situe pas au niveau du profil du premier secrétaire, mais du système utilisé, puisque le chef du parti a été élu, bien que sans plateforme à proprement parler, au terme d’un scrutin interne marqué par la participation de 1 332 congressistes sur 1 365.
Les principaux changements, eux, viendront du bureau politique et du conseil national du parti. Mardi 11 novembre, deux jours après la clôture du congrès, le parti livrait enfin la liste des membres du nouveau conseil national ittihadi, issu d’un système complexe. En effet, les 1 323 congressistes qui ont assisté aux travaux du congrès ont été invités à cocher, sur une liste de plusieurs centaines de candidats, les noms de 225 représentants nationaux et régionaux du parti. Résultat : tout en tenant compte des quotas réservés aux jeunes et aux femmes, le nouveau «Parlement» du parti se caractérise par son aspect plutôt hétérogène, à l’image du bureau politique présenté officiellement le même jour. Ce dernier se compose en effet, pour la moitié, de membres de l’ancienne équipe reconduits à leur poste, à l’instar de Habib El Malki (710 voix), Fathallah Oualalou (702), Driss Lachgar (607), Amina Ouchelh (568) ou encore Rachida Benmessaoud (551) qui ont obtenu les meilleurs scores.

Les problèmes mis de côté dans la perspective des communales de juin 2009…
Détail positif : la nouvelle structure se caractérise par une présence féminine légèrement renforcée puisque 6 des 22 membres sont des femmes, soit plus que le quota de 25% récemment adopté par le congrès. Toutefois, le rajeunissement tant attendu de la direction du parti n’a pas été au rendez-vous. Certes, bon nombre de visages nouveaux ont intégré la structure. Parmi ces derniers, peu d’inconnus : Jamal Rhmani (468), ministre de l’emploi, Ahmed Zaïdi (350), président du groupe parlementaire USFP à la Chambre des représentants, Abdelhamid Jmahri (517), journaliste au quotidien Al Ittihad Al Ichtiraki. A leurs côtés, l’ex-numéro un de la jeunesse ittihadie, Hassan Tariq (376), et Ali Bouabid (312), secrétaire général de la Fondation Abderrahim Bouabid, considérés parmi les cadres prometteurs de la jeunesse ittihadie, voient leur présence contrebalancée par l’entrée en scène de deux notables. Ces derniers sont Saïd Chbaâtou, président de la région de Meknès Tafilalet, revenu il y a quelques années à gauche après un long séjour au Mouvement populaire, et Hassan Derhem, qui n’a intégré le parti que depuis peu, à l’occasion des élections législatives de septembre 2007, mais qui aurait bénéficié d’une consigne de vote…
Cette composition assez inattendue du bureau politique serait-elle une réaction à l’élection de Abdelouahed Radi, comme l’affirment aujourd’hui certains ? Difficile à croire, explique-t-on chez les organisateurs du congrès, l’élection des membres du bureau s’étant faite avant la présentation des résultats de l’élection du premier secrétaire du parti, organisée dans la nuit du vendredi. Faut-il en déduire que, dix ans après l’entrée au gouvernement de l’USFP, ce nouveau bureau politique reflète ce qu’est devenu le parti : persuadé de la nécessité de se renouveler pour juguler son recul dans les suffrages, mais quelque peu hésitant entre rajeunissement et «notabilisation»…? Au parti, l’on insiste sur le fait que Saïd Chbaatou et Hassan Derhem ont fortement renforcé les structures du parti dans leurs régions respectives, le premier étant en fait déjà familier du milieu ittihadi et le second bénéficiant d’une influence non négligeable dans les provinces du sud.
Une chose est sûre, la nouvelle structure s’annonce, d’emblée, difficile à gérer. «Il est sûr que des jeunes comme Ali Bouabid ou Hassan Tarik vont chahuter quelque peu les anciens modes de fonctionnement, et c’est tant mieux. Toutefois, d’autres membres du bureau politique joueront sans doute la carte du conservatisme. D’autres encore vont exprimer une nouvelle manière de faire, plus axée sur les régions, la proximité», indique ce cadre du parti. Vieil habitué de la gestion des rencontres difficiles, bénéficiant d’un plus grand poids que ses prédécesseurs du fait qu’il a été directement élu par le congrès et non pas par le bureau politique, Abdelouahed Radi sera-t-il l’homme de la situation ? Dans les jours à venir, deux données devraient donner un aperçu du comportement de la nouvelle structure : l’identité du numéro 2 du parti, désigné par le bureau politique, et surtout le comportement du bureau face à la volonté, réelle ou attribuée, du premier secrétaire de conserver son poste de ministre de la justice cinq mois après s’être publiquement engagé à présenter sa démission une fois élu à la tête de l’USFP. Quel que soit le cas, les nouveaux dirigeants du parti n’auront que peu de temps pour trouver un terrain d’entente, au vu de l’importance des chantiers qui attendent le parti. Déjà, passé les premières déceptions – la désignation de M. Radi n’a pas fait que des heureux -, les militants, rassurés par la transparence des élections, se disent prêts à lui donner sa chance, et entamer la réforme du parti à proprement parler. «Ce qui m’intéresse, c’est plutôt la leçon démocratique à laquelle nous nous sommes livrés. J’estime que c’est une bonne expérience, la première tentative de démocratisation de l’élection du premier secrétaire. C’est une bonne leçon. Nous ne l’avons peut-être pas encore bien apprise, mais nous avons commencé à le faire, et j’espère qu’avec le temps nous aurons la possibilité d’achever ce processus de démocratisation de l’élection du premier secrétaire», indique ce militant. Les nouvelles priorités de la direction ? Préparer le parti aux élections, le restructurer, reprendre le contact avec la population, rassembler la gauche, revoir sa participation au gouvernement…, la liste est longue. La crise de l’USFP est-elle désormais dépassée ? En tout cas, jusqu’aux élections communales, elle passera sans doute au second plan. Reste à espérer que M. Radi et son équipe sauront, d’ici là, donner aux militants des réformes à se mettre sous la dent .