Union constitutionnelle, le parti maudit ?

Créé en avril 1983, il a connu son heure de gloire lors des législatives de 1984 avec 83 sièges. Depuis, son poids électoral n’a cessé de diminuer. Aujourd’hui, il pèse moins de 6% des sièges au Parlement. L’arrivée de la Koutla aux commandes, depuis 1998, va le renvoyer à  l’opposition pendant 14 ans.

L’Union constitutionnelle ne fera pas partie du gouvernement… encore une fois. L’annonce, samedi 10 décembre, de l’acception officielle du PPS de faire partie de la majorité du gouvernement mené par le PJD a ruiné ses espoirs. Cantonnée dans un rôle de parti d’opposition depuis 1998, l’UC, même avec ses 23 sièges, s’est vue préférer le PPS avec ses 18 sièges et a été envoyé dans les cordes.
Pourtant, malgré la défaite électorale de l’alliance pour la démocratie, dont elle fait partie, le passage de l’USFP dans l’opposition l’a rendue toute proche du retour avec un scénario d’un gouvernement regroupant PJD, Istiqlal, MP et UC. D’où les multiples déclarations avenantes de la direction du parti envers le chef de la future coalition gouvernementale. Le message était clair : la direction de ce parti de droite libérale n’était pas contre une éventuelle participation au gouvernement. Bien plus, l’UC n’attendait que l’appel de Benkirane et surtout ses propositions pour rejoindre le navire. Cela alors que son associé d’il y a un peu plus d’une année, le RNI (le RNI et l’UC ont créé un groupe parlementaire commun début avril 2010), et celui, plus récent du G8, le PAM, s’étaient clairement prononcés pour l’opposition. Mais de propositions Benkirane n’en a finalement pas fait. Certes, une rencontre entre les deux formations a bien eu lieu lundi 12 décembre, dans le siège du PJD à Rabat, mais il s’agissait plus d’un formalisme de courtoisie du futur chef de gouvernement qui avait déclaré qu’il allait rencontrer toutes les formation politiques avant de dévoiler la liste de l’Exécutif.
Il faut dire que l’UC n’arrive toujours pas à se refaire une virginité. Dans les coulisses des négociations de la coalition gouvernementale, deux partis de la nouvelle majorité, l’Istiqlal et le PPS, ont même opposé leur veto à l’entrée de l’UC au gouvernement. Abbas El Fassi, le Premier ministre sortant, a confié au  détour d’une de ses multiples déclarations que l’Istiqlal a accepté d’entrer au gouvernement «parce qu’aucun parti de l’Administration n’en fera partie». C’est le même Abbas El Fassi, tout juste nommé Premier ministre qui avait, dans un entretien accordé à La vie éco en octobre 2007 (cf : www.lavieeco.com), avait dit «NON» à l’UC.
Parti de l’Administration ? L’UC traîne ce qualificatif comme un boulet depuis sa création, en 1983, par le Premier ministre d’alors, feu Maâti Bouabid. Que ses fondateurs, notamment feux Maâti Bouabid et Abdellatif Semlali, aient été des militants de la gauche et anciens membres de l’UNFP –le premier a même été ministre de l’emploi (à 28 ans) au nom de l’UNFP dans le gouvernement d’Abdallah Ibrahim- ne semble en rien changer cette réalité. Ni, non plus, le fait que son actuel secrétaire général, Mohamed Abied, était un cadre de l’UMT. Encore moins que nombreux parmi ses militants sont également syndicalistes affiliés à cette même centrale.
Mission : soutenir le PAS
De fait, tout ce que l’on retient de l’histoire du parti, c’est qu’il a été fondé à la veille des élections de 1984 par un Premier ministre sortant, Maâti Bouabid en l’occurrence, dans un objectif précis : soutenir un gouvernement impopulaire et lui permettre de mettre en œuvre des meures anti-sociales encore moins populaires imposées par le Fonds monétaire international. C’était l’époque du PAS, programme d’ajustement structurel qui s’est étalé sur près d’une décennie. Le Maroc venait également de vivre des tentions sociales qui ont viré en émeutes, principalement à Casablanca, en 1981. Face à une opposition constituée de l’USFP et de l’Istiqlal, à la capacité de nuisance intacte, la parade était toute trouvée.
Mais ce n’était pas le seul objectif derrière la création de l’UC, quoique ce soit le principal grief imputé encore aujourd’hui à ce parti. Les fondateurs de l’UC avaient surtout pour mission de mener à terme un projet novateur, la création d’un grand parti de droite capable d’accompagner la politique d’ouverture économique du pays. Le parti s’est donc doté des compétences nécessaires, ses fondateurs ont réuni autour du projet des élites économiques et politiques mais aussi des jeunes cadres ambitieux. Coup de pouce de l’Administration ? Certainement, car pour un parti nouvellement créé, au sortir des élections de 1984, l’UC avait la puissance de frappe nécessaire. Les 83 sièges qu’il avait obtenus représentent un peu plus de 27% de la composition du Parlement. A titre de comparaison, l’USFP, principale force d’opposition d’alors, n’en avait que 24. Le gouvernement mené par Karim Lamrani verra donc cohabiter l’USFP et l’Istiqlal avec une UC au faîte de sa puissance.
L’UC ne réalisera plus jamais une telle performance. Le parti sera cependant de tous les gouvernements durant ses 14 premières années d’existence, jusqu’en 1998. Le principe de l’alternance consensuelle a voulu justement que l’UC et ses alliés du Wifak (le MP et le PND), se désistent au profit de la Koutla et de ses alliés. Il se voit subitement confronté à un exercice politique qui lui était complètement étranger jusqu’alors : l’opposition. Il n’y était pas préparé, cela d’autant qu’il traversait une période de crise suite au décès, en novembre 1996, de son fondateur, Maâti Bouabid. Il faut dire que, explique le politologue Said Khoumri, «depuis le début des années 90, la mission pour laquelle l’UC a été créé n’avait plus lieu. Le parti s’était-il attelé à se reconstruire et se tenir à une distance respectable de l’Administration, mais sans y arriver ?». Désorientée, l’Union a donc commencé à perdre de son poids politique et de son influence. En 2002, l’UC réalise son plus mauvais score électoral : 16 sièges, soit à peine 4,9% de l’ensemble des sièges de la première Chambre. Un score qui ne lui donnera pas droit de cité lors de la constitution de la coalition gouvernementale de 2002 conduite par Driss Jettou. Et c’est reparti pour un deuxième mandat dans l’opposition qui, faut-il le rappeler, était alors dominée par le PJD.
Entre-temps, l’UC a également été victime, depuis la disparition d’Abdellatif Semlali en 2001, de nombreuses défections, avec d’abord le départ, en 2002, de Mohamed Ziane, parti à la tête d’un groupe de cadres de l’UC fonder une nouvelle formation, le Parti libéral marocain. Puis, quatre ans plus tard, en 2006, c’était au tour de l’ancien ministre de la culture, Abdallah Azmani, de claquer la porte et former son propre parti politique, l’Union marocaine pour la démocratie (UMD). Ces dissensions ont davantage affaibli le parti que l’Administration avait laissé tomber…

Pour ne rien arranger, ses cadres commencent à faire défection

En 2007, l’UC remonte quelque peu la pente. Il reconquiert un peu plus de sièges en portant le nombre de ses députés à 27. Il aurait même pu dépasser les 30 sièges n’était-ce une erreur commise par le parti lui-même : une candidate sur sa liste nationale ne répondait pas aux critères d’éligibilité requis. La liste sera annulée, le privant de quatre sièges.
Toutefois, ce poids relatif ne lui permettra pas de prétendre à une place au gouvernement désormais formé autour de la Koulta et du RNI comme formation d’appoint. D’ailleurs, même après le retrait du PAM de son soutien au gouvernement en mai 2009, c’est vers le MP que le Premier ministre sortant, Abbas El Fassi, s’est tourné pour reconstituer sa majorité. Le MP, on le rappelle, avait fait partie du gouvernement depuis l’alternance.
L’UC, lui, est resté acculé à l’opposition. Aujourd’hui, «c’est un parti en régression, aussi bien en termes de présence sur la scène politique, sur le plan organisationnel qu’en termes de discours politique», explique le professeur de sciences politiques Saïd Khoumri. Contrairement au MP qui a su ménager le choux et la chèvre, l’UC s’est clairement positionné du côté du PAM et du RNI bien avant les élections du 25 novembre. L’ambiguïté suscitée par la création d’un groupe parlementaire commun, avec le RNI, parti de la majorité,  ne lui a pas non plus facilité la tâche. Cette alliance a encore plus marginalisé l’UC, à tel point qu’il était question d’une éventuelle fusion entre les deux formations.
En attendant, l’UC s’attelle à panser ses plaies et essaie de trouver les moyens de rebondir. Il faudra, pour cela, attendre le prochain congrès du parti, le Ve, qui devrait avoir lieu dans les mois à venir. Tout est prêt, affirme Mohamed Abied, son secrétaire général, «nous attendons juste l’annonce du calendrier électoral pour fixer une date pour le congrès».