Un nouveau modèle de développement en perspective pour les provinces sahariennes

Le modèle de développement qui nécessite une enveloppe de 140 milliards de DH devra doubler le PIB de ces régions en dix ans, y créer plus de 120 000 nouveaux emplois et réduire de moitié le taux de chômage.

Sur instructions de SM le Roi, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a effectué une étude et publié un rapport en 2013 préconisant un nouveau modèle de développement des provinces sahariennes (NMDPS). Un projet qui s’inscrit en droite ligne avec la Constitution de juillet 2011. Il représente une contribution de la société civile organisée au grand projet national de régionalisation avancée. Il est de nature, lit-on sur le rapport, à favoriser la réussite du Plan d’autonomie des provinces concernées par le processus onusien proposé en 2007 par le Maroc. De même que ce modèle s’est fixé, comme clé de voûte, «le respect et la promotion des droits humains fondamentaux, entendus au sens le plus large, économique, social, culturel et environnemental». Le nouveau modèle préconise, selon ses concepteurs, «une vision et des processus qui soient plus participatifs, plus inclusifs et adossés à une gouvernance responsable». Ce modèle est conçu, précise-t-on, pour être déployé en deux temps. Une première phase à court et moyen terme (horizon de 10 ans) pour le «lancement et l’opérationnalisation de la nouvelle dynamique de développement et pour la préparation des relais de croissance à plus long terme».

L’objectif de cette phase est d’«optimiser l’exploitation du potentiel existant tout en structurant, de façon volontariste, le cadre et les mécanismes en faveur de l’emploi, de la formation et de la protection sociale». Une deuxième phase à moyen et long terme au cours de laquelle «le développement basé sur le potentiel existant aurait atteint sa vitesse de croisière et serait soutenu par de nouveaux relais de croissance (secteur de la transformation à plus forte valeur ajoutée, économie de la connaissance, exploitation inclusive de nouvelles ressources naturelles, …)». Cette démarche de progrès aura pour effet essentiel de «faire de nos provinces du Sud un espace géostratégique de référence, pour la paix, la stabilité et la prospérité partagée pour l’ensemble de la région euro-africaine».

L’ambition chiffrée du modèle est de parvenir, dans un horizon de 10 ans, à doubler le PIB de ces régions et d’y créer plus de 120 000 nouveaux emplois. A taux d’activité constants et avec une croissance de la population en âge de travailler de 2% par an, le chômage serait réduit au moins de moitié. Ainsi, cette dynamique peut aspirer à conférer aux provinces du Sud «une fonction de hub entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne». Cela à travers notamment un cluster maritime, un plan de connectivité adéquat basé sur le développement des autoroutes, la construction de la rocade atlantique et de la route du désert, le renforcement du réseau portuaire et du transport maritime et aérien, et la mise en place d’une plate-forme d’aménagement numérique du territoire et de plate-formes logistiques et de commerce.

Pour le CESE, cette ambition s’appuiera sur «l’émergence de pôles d’excellence, ouverts à la coopération régionale maghrébine et subsaharienne en matière d’éducation, de formation qualifiante, d’enseignement supérieur, de santé et de recherche scientifique appliquée».

Le public et le privé côte à côte

En chiffres, ce modèle recommande un investissement de 140 milliards de DH en dix ans. Lesquels investissements, consentis aussi bien par les secteurs public et privé. Pour le CESE, il serait ainsi possible, en 10 ans, de doubler le PIB des régions concernées et réduire de moitié le taux de chômage tout en ciblant particulièrement les jeunes et les femmes. Selon le président du CESE, Nizar Baraka, la réalisation des objectifs assignés pour la région requiert l’instauration d’une nouvelle dynamique de développement, à travers notamment la localisation des politiques sectorielles en tenant compte des spécificités et des potentialités de chaque région, le soutien aux petites et moyennes entreprises (PME) et des institutions œuvrant dans l’économie sociale et solidaire, et l’élargissement de la participation des acteurs socio-économiques. Sur le plan économique, le modèle insiste qu’il est aussi nécessaire de «passer d’une économie de rente, axée sur les activités primaires, à un cadre qui favorise l’investissement privé producteur de richesses et d’emplois et qui garantit la transparence et le respect des règles de saine concurrence». Un message à peine déguisé adressé aussi bien aux décideurs publics qu’aux opérateurs privés. Ces derniers ne se sont d’ailleurs pas fait prier. Après la publication de ce rapport qui pointe, entre autres dysfonctionnements, la faible implication du secteur privé dans les provinces du Sud, la CGEM a organisé, en mars dernier, un forum régional à Laâyoune, au cours duquel plus de 6 milliards de DH d’investissements ont été annoncés pour les régions du Sud. Un investissement qui devrait permettre la création de 10 500 emplois. Une soixantaine de projets ont été  annoncés par une quarantaine d’investisseurs et devraient être réalisés dans le cadre du partenariat public-privé, à partir de 2015. En même temps, le projet de Loi de finances 2016 prévoit déjà des investissements de l’ordre de 7,6 milliards de DH entre investissements dans le cadre du Budget général de l’État et investissements des entreprises publiques dans les trois régions du Sahara.