Un médecin et un psy seront présents pour gérer les situations de crise éventuelles

La Vie éco : Quelle est la mission de la structure médicale créée par l’IER pour accompagner les auditions publiques ?
Elle a pour mission de donner son avis sur les victimes appelées à témoigner lors des auditions publiques. Nous devons vérifier s’il n’y a pas de contre-indication médicale, physique ou psychique. Comme il s’agit d’un moment d’intense émotion, on ne peut permettre à quelqu’un qui présente des symptômes de cardiopathie de témoigner, car les risques sont trop élevés et peuvent lui être fatals.
Sur le plan psychique, quelqu’un qui est atteint d’une maladie psychiatrique, une psychose par exemple, risque de sombrer dans le délire en pleine séance d’audition. Donc, la commission médicale a procédé à des séances de pré-auditions pour éviter de tels risques.
Deux médecins, (un généraliste et un psychiatre), seront présents lors des auditions publiques pour gérer sur place des situations possibles comme une crise de nerfs par exemple. N’oublions pas qu’il s’agit de la réactivation de souvenirs de souffrance. Certains arriveront à contrôler leurs émotions, mais d’autres auraient besoin d’une assistance médicale sur place.

De quelles pathologies souffrent les anciennes victimes de la torture par exemple ?
Cela peut aller des maladies les plus simples, les insomnies par exemple, jusqu’aux maladies les plus graves. Actuellement, le lien entre la torture et des séquelles psychologiques n’est plus à démontrer au niveau mondial. Il n’y a pas un syndrome de la torture, mais tous les spécialistes sont d’accord pour dire que ces séquelles sont réelles.
D’ailleurs le but de la torture n’est pas tant la destruction physique de la personne humaine que la destruction de son esprit et de son psychique. Les séquelles varient en fonction des victimes. Certaines sont plus protégées que d’autres, par leur profil psychologique, mais aussi par certains facteurs protecteurs comme le niveau de culture, l’âge, la situation sociale ou l’engagement politique. D’autres présentent des facteurs aggravants dus à une vulnérabilité psychologique, biologique, sociale ou politique.

Dans quelle mesure ces auditions seraient utiles pour les victimes ?
Il est certain qu’elles constitueront une «catharsis groupale ou sociétale». C’est une reconnaissance et une réhabilitation de la personne. Une réconciliation avec soi-même et une nouvelle prise de conscience. Tout cela ne peut qu’être bénéfique pour ces victimes.
Il y a certes une inquiétude et une angoisse quant aux effets pervers de la médiatisation. Pour les éviter ou les rendre improbables, les responsables de l’IER travaillent avec des spécialistes de la communication tout en se faisant assister par une équipe multidisciplinaire. Ces auditions créeront une dynamique sociétale et viseront un objectif salutaire pour tous : plus jamais ça !