Un «front commun» de l’opposition ? Certainement pas pour demain

Les chefs des quatre principaux partis de l’opposition ont finalement décidé de limiter leur «coordination» à des aspects déterminés de l’action législative. Il n’y aura donc pas de rencontre au sommet.

Il y a une semaine, les chefs de groupes parlementaires de l’USFP, du MP et du PPS, en plus du chef du groupement parlementaire du PJD, ont fait le tour des quatre partis de l’opposition. Ils ont rencontré à tour de rôle les secrétaires généraux des partis en question. L’idée était de provoquer une réunion des partis de l’opposition avec comme objectif la création d’une coordination –les plus optimistes parlent même d’un front commun de l’opposition- pour faire face au gouvernement et sa majorité. L’initiative a tourné en échec et sur toute la ligne. Difficile en effet, voire impossible, de réconcilier par exemple le chef de file du PJD avec le premier secrétaire de l’USFP. Il n’est pas non plus facile d’organiser une réunion à laquelle ce dernier pourrait prendre part avec le patron du PPS. Selon plusieurs observateurs de la scène politique, même avec toute la bonne foi dont il est capable, le secrétaire général du MP, Mohand Laenser, n’arrivera certainement jamais à réunir tout ce monde autour d’une même table. C’est sans doute pour cela que dans les déclarations faites ici et là, les initiateurs de ce projet de «front commun» tentent de modérer l’ampleur de leur action. Pour eux, les rencontres des présidents des groupes et groupement de l’opposition à la Chambre des représentants avec les leaders de l’opposition ont pour objet dans un premier temps «l’écoute des uns et des autres». Même si l’on soutient que ces rencontres ont été «très positives», il n’en reste pas moins qu’elles n’ont pas dépassé le cadre formel des mondanités. Car, au fond, si ces partis qui ont déjà tenté une action commune lors des débats du PLF 22, il s’agit bien, il faut le dire, d’un contexte particulier, n’ont aucunement l’intention d’aller jusqu’à fondre complètement dans une structure commune. Autre cas particulier, les parlementaires de l’opposition sont globalement d’accord sur les amendements qu’ils proposent pour le règlement intérieur de la première Chambre qui va être amendé dans les quelques semaines à venir. Là encore, il s’agit manifestement de faire pression pour obtenir quelques avantages. Le PJD compte sur ses nouveaux «partenaires» pour faire baisser le nombre nécessaire pour former un groupe parlementaire. Ce qui lui permettra de figurer dans la composition du bureau de la Chambre, pouvoir présider une commission et autres avantages du genre. Le MP avait quant à lui contesté la manière dont ont été constituées les instances dirigeantes de la Chambre au point de saisir, au début de la législature, la Cour constitutionnelle. La question du partage du temps d’intervention lors des questions orales est également de nature à fédérer les quatre formations de l’opposition. Il en va de même pour les autres points qui seront revus dans le cadre de cet amendement du règlement intérieur comme la formation des missions d’exploration temporaire, ainsi que le déroulement des travaux des commissions. Il faut dire, et les chefs des groupes et du groupement parlementaire en conviendraient sans doute, que les seules situations où les partis de l’opposition peuvent présenter des amendements communs sont celles où il s’agit de textes d’intérêt national et ne touchant pas le référentiel de chaque parti. Et ce genre de cas ne se présente pas souvent.

Cela dit, les chefs des quatre partis insistent là-dessus, toute activité que leurs parlementaires auront à mener en commun doit respecter au préalable les références idéologiques, les us, les traditions et l’histoire et vient évidemment le poids politique de chaque parti. On ne peut ainsi point concevoir, pour des raisons évidentes, que le PJD et l’USFP s’accordent par exemple sur une action législative ayant pour objectif de promouvoir un projet de société commun. De même que tout en restant dans une même famille, la gauche en l’occurrence, il semble difficile que le PPS et l’USFP avancent main dans la main pour un même objectif. Même si le premier a déjà montré qu’en matière d’idéologie, il est capable de faire un grand écart surprenant, en s’alliant durant deux mandats avec les islamistes du PJD.

Bref, les promoteurs du projet, pour ainsi dire mort-né, de «front commun» de l’opposition en conviennent eux-mêmes. Leur coordination, et le projet se limite en vérité à cela, ne signifie pas «se confondre en une seule et même équipe», mais plutôt que chacun dispose d’une pleine autonomie pour agir et contrer le gouvernement aux questions orales et en soumettant les initiatives jugées appropriées. Il faut bien le reconnaître, dans le cas de l’USFP, on ne peut pas s’attendre à ce qu’il fasse partie d’une initiative du genre dont il ne serait pas le chef de file. En clair, si coordination il y a (front ou une entente sous toute autre dénomination), le parti ne peut qu’en être le leader. C’est d’ailleurs tout à fait légitime, puisque l’USFP est, après tout, la première force de l’opposition. Le PJD avec ses 13 membres, qui incarne l’opposition «voilée», pour reprendre les termes de certains commentateurs en référence à la domination féminine dans son équipe, après avoir conduit le «gouvernement barbu», se laissera-t-il faire ? Il est permis d’en douter. Tout comme c’est le cas pour le PPS qui n’a jamais accepté évoluer dans une coalition de gauche guidée par l’USFP qui reste, malgré tout, là encore, la première force de gauche.

En somme, que reproche aujourd’hui l’opposition au gouvernement ? Son «hégémonie», comme il est claironné partout ? N’est-ce pas le propre d’une démocratie que le parti ou la coalition des partis arrivés en tête des élections s’appuie sur sa majorité parlementaire pour appliquer son programme gouvernemental, voire électoral ? Pourquoi le gouvernement chercherait-il à avoir l’aval de l’opposition pour le faire. Cela n’empêche que cette dernière, dans le cadre du rôle qui lui a été confié par la Constitution, de faire son travail de contrôle et d’interpellation de l’Exécutif. Ce qu’elle peine déjà à faire correctement. On a pu le constater, du reste, depuis le début de la législature, surtout lors des sessions des questions orales à la première Chambre, certaines habitudes et réflexes populistes ont décidément la peau dure.