Tout savoir sur le Conseil des affaires sahariennes

Les membres seront répartis en collèges. Il aura un président ,
9 vice-présidents élus et un secrétaire général.
Son budget de fonctionnement sera financé par le Palais.
Politique de proximité, actions à l’international, formation
des élites locales, les domaines d’action sont vastes.

Les 140 membres du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (Corcas), créé à l’issue de la visite royale dans les provinces du Sud effectuée du 20 au 25 mars, ont décidément du pain sur la planche. Quelques jours seulement après sa création, le 25 mars dernier, à l’issue du discours royal de Laâyoune, les membres du Corcas doivent se réunir pour élaborer le règlement intérieur et élire le bureau. Ce n’est qu’après cela qu’ils pourront passer à la mise en place des groupes de travail et des commissions spécialisées prévues par le dahir royal qui a donné naissance à la structure. Ces entités devront d’ailleurs jouer un rôle particulier dans la mesure où le conseil, basé à Rabat, devra effectuer un travail de proximité auprès de populations éparpillées sur un territoire extrêmement vaste.

Ainsi, si l’on connaît déjà la mission de cette nouvelle instance saharienne, il reste à déterminer comment elle va être organisée, même si l’on sait déjà que les collèges – puisque les membres ont été nommés – devraient y jouer un rôle particulier. «Il y a les collèges des tribus, des Sahraouis de l’étranger et des réfugiés, de la société civile, des élus, des parlementaires et enfin celui des personnalités qui, de par leurs qualités intellectuelles ou par leur expertise, font partie de ce conseil», explique Khali Hanna Ould Er-Rachid, président du Corcas (voir entretien en page suivante).

Selon lui, la nouvelle structure est tout sauf une nouvelle administration puisqu’il s’agit d’une entité politique destinée à «humaniser la politique, l’action gouvernementale, l’action de l’Etat», en faisant sentir aux populations démunies qu’elles sont concernées par le développement, tout en se chargeant d’actions visant à la protection de l’intégrité territoriale, à l’international. Le Corcas aura essentiellement un rôle de conseil dans des domaines divers, allant du développement économique de la région à la préservation de l’intégrité territoriale. Son rôle ne s’arrêtera pourtant pas là dans la mesure où il devra représenter les ressortissants marocains originaires des provinces du Sud et résidant à l’étranger, ainsi que les populations de Tindouf. Au-delà de son rôle de conseil, le Corcas devra présenter un rapport annuel au Roi concernant son bilan et ses perspectives.

140 membres et différentes structures de pouvoir
Le Corcas est une nouvelle structure destinée à remplacer le Conseil des chioukh. Il est désormais dirigé par un président, en la personne de Khali Hanna Ould Er-Rachid, actuel président du conseil municipal de la ville de Laâyoune, et ancien secrétaire d’Etat chargé des Affaires du Sahara, entre 1979 et 1985. Ce dernier est assisté par un secrétaire général, Malaiinaine Ben Khali Hanna Malaiinaine, qui a occupé le poste de gouverneur depuis 1985 dans différentes localités (Safi 1985-1994, Taroudant 1994-1998, El Hajeb 1998-2004, et Larache depuis 2004). A noter que, selon le dahir portant création du conseil, le secrétaire général peut être choisi en dehors des membres. Tous deux nommés par le Roi, les deux hommes devront gérer une structure assez large avec le soutien des 9 vice-présidents élus qui composent le bureau de l’instance.

Pour leur part, désignés pour quatre ans, les 140 membres du conseil devront représenter tout ce que la région compte de responsables locaux, qu’ils relèvent de la structure du pouvoir local traditionnel ou des structures modernes de l’Etat national. Chioukh, représentants des tribus, présidents de Conseils régionaux ou d’Assemblées provinciales, les membres du conseil compteront également dans leurs rangs aussi bien des acteurs de la société civile que des membres «à titre consultatif», relevant de l’Etat, tels que les ministres de l’Intérieur, des Affaires étrangères ou leurs représentants, les walis, les gouverneurs des provinces du sud ou encore les présidents de Chambres professionnelles. Des personnages-clés ou connus pour leur expérience devront également figurer parmi les membres du conseil. Parmi eux, Khalili Mohamed Salem Rguibi, le père de Mohamed Abdelaziz, dirigeant du Front Polisario. On notera par ailleurs que les femmes (10%) et des jeunes (15%), présents en proportions non négligeables, représentent pour leur part le quart de l’instance. La composition du conseil reste par ailleurs ouverte, d’autres membres pourraient éventuellement y être incorporés selon les besoins, selon Nabil Benabdallah, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. Tous ces membres du conseil y participeront cependant à titre bénévole, sachant que le Corcas devra être doté d’un budget particulier destiné à couvrir ses dépenses de fonctionnement, qui relèvera du budget de la Cour royale.

Un Parlement régional en puissance ?
Visiblement beaucoup mieux outillé que le précédent Conseil des chioukh, créé en 1981 avec 85 membres issus des tribus locales, mais resté inactif jusqu’alors, le Corcas pourra-t-il s’assurer un meilleur avenir pour autant ? «Ce n’est pas le même conseil ni la même mission», prévient son président. «Le Corcas a une présidence, ce qui n’était pas le cas de l’ancien, il a une mission concrète, il est destiné à concrétiser une volonté royale claire», ajoute-t-il.

Au vu de sa configuration, de son souci de représentativité, on n’est pas loin de penser que le Corcas pourrait constituer l’ossature d’un futur Parlement régional, dans le cadre de l’autonomie. En effet, représentant les trois régions du Sahara, Guelmim Smara, Laâyoune Boujdour et Dakhla, rejoignant les propositions de certains partis pour que les territoires contestés ne soient pas isolés, ce dernier offre un tremplin à l’adaptation des élites locales aux responsabilités qu’implique l’exercice du pouvoir dans la région. Une structure qui devra cependant lutter pour convaincre les populations locales et pour s’imposer en interlocuteur parlant en leur nom, «y compris face à l’Algérie», conclut Khali Henna Ould Er-Rachid.

Au-delà de son rôle de conseil, le Corcas devra présenter un rapport annuel au Roi concernant son bilan et ses perspectives.

Le conseil n’est pas une administration de plus

La Vie éco : Quels sont les principaux objectifs du Conseil pour les affaires sahariennes ?
Khali Hanna Ould Er-Rachid : La préservation de l’unité nationale constitue l’une des missions fondamentales du conseil. Depuis que Sa Majesté a fait son discours, nous avons travaillé, nous avons entamé une démarche pédagogique auprès des tribus, de la société civile, des leaders d’opinion pour expliquer la portée de ce Conseil royal et son importance pour les provinces sahariennes au niveau politique, économique, social, ainsi que pour l’unité nationale.

Comment agir localement alors que le siège du Conseil est à Rabat ?
Le conseil est à Rabat, certes, mais nous allons travailler dans toutes les provinces, toutes les régions, avec l’ensemble des populations, ainsi qu’à l’étranger.

Prévoyez-vous un système de bureaux locaux ?
Nous n’en sommes pas encore là. Attention, le conseil n’est pas une administration de plus, il s’agit d’un outil créé par le Souverain pour l’application honnête, transparente et directe de sa politique dans les provinces du Sud. C’est plutôt un outil politique, pas une administration : nous allons être en contact avec l’ensemble des forces vives des régions du sud, la jeunesse, les femmes, les tribus, les intellectuels, les opérateurs du monde économique, social, culturel. Nous allons galvaniser toute cette force pour lutter contre l’idée de séparatisme et concentrer l’ensemble de l’effort de l’Etat, du point de vue économique et financier, sur des objectifs réels. En d’autres mots, nous ferons en sorte que cet effort touche les plus démunis, qu’il soit visible, que les populations sentent que le développement n’est pas théorique ou visible de loin.

N’y a-t-il pas là un risque de faire doublon avec les organismes existants, notamment l’Agence de développement des provinces du Sud ?
L’agence est un membre consultatif du conseil, de même que l’ensemble des walis, des pouvoirs de la région, ou les administrations des ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères.

En somme, le conseil est un trait d’union entre l’Administration et la population…
Plutôt un trait d’union entre la population et le Souverain. Nous allons permettre une meilleure application de la politique gouvernementale. C’est-à-dire que nous allons la diriger là où il faut pour qu’elle porte ses fruits et pour que l’ensemble de la population sente qu’elle est concernée, qu’il ne s’agit pas d’une affaire administrative, bureaucratique, que ce soit politiquement, économiquement ou socialement.

La présence, au sein du conseil, de personnes non sahraouies d’origine, impactera-t-elle sa crédibilité chez les populations locales ?
Absolument pas. Les gens qu’ils représentent, cette population qui vit au Sahara depuis 30 ans, a le droit le plus absolu d’être représentée et considérée, et notre objectif est d’atteindre une symbiose totale représentative de la nation et d’empêcher tout malentendu.

Il est prévu que le Corcas représente les prisonniers de Tindouf. Comment allez-vous vous y prendre pour le faire ?
C’est nous qui allons les représenter : ces personnes sont séquestrées, elles n’ont pas la liberté de s’exprimer, elles ne sont accessibles ni aux partis politiques ni à la société civile. Nous allons nous adresser à elles par tous les moyens. Déjà, elles ont écouté notre message, elles ont vu l’élection de ce conseil, et elles vont comprendre petit à petit ; et c’est notre mission fondamentale, primordiale de leur faire comprendre que le nouveau projet d’autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine est beaucoup mieux que le séparatisme, lequel est une option qui a amené les Sahraouis à l’impasse, qui a empêché le Maghreb de se construire, qui a apporté la guerre, la destruction, la séparation des familles, la haine. L’autonomie est un apport historique pour une réconciliation historique car les reproches qui ont été faits par le Sahraoui, historiquement, n’étaient pas dirigés contre la monarchie ou l’Etat mais contre l’Administration, toutes les administrations, depuis 1956.

Le discours royal mentionne «l’élargissement de l’espace de participation à la gestion des affaires locales, et l’émergence de nouvelles élites capables d’assumer des responsabilités». Le conseil est-il une sorte d’ancêtre d’un «Parlement» sahraoui qui naîtrait de l’autonomie ?
C’est certainement une très bonne préparation, car le conseil va crédibiliser les projets et exprimer la volonté royale portée par le peuple marocain dans son ensemble. La préparation des élites locales est la mission fondamentale du conseil. Ce sont justement des élites qu’il faut former, encadrer, préparer. Nous allons nous atteler à cette préparation dans tous les domaines : l’enseignement, les débats politiques, le consensus, la transparence, la bonne gouvernance, les services publics, etc.
H.F.A.

Khali Hanna Ould Er-Rachid Président du Conseil royal consultatif des affaires sahariennes.