Temps d’antenne : la Haca édicte les règles du jeu !

Les partis scindés en trois groupes selon leur force et leur présence ou non au Parlement.
Le partage des temps d’antenne débute le 15 juin avec une pré-campagne, et
la campagne électorale le 24 août.
Durant la campagne, trois passages de
9 minutes pour
les grands, 7 pour les moyens et 5 pour les petits. Une décision de la Haca attendue pour le 15 juin.

Mardi 5 juin, 21h. Sur la première chaîne, l’animateur de l’émission Hiwar, Mustapha Alaoui, assisté par trois journalistes, accueille Abdallah Kadiri, secrétaire général du Parti national démocrate (PND), son hôte de la semaine, pour une heure et demie de débat en présence d’alliés politiques choisis. De telles scènes devraient bientôt se reproduire à l’envi sur nos petits écrans dans les mois à venir, mais, élections obligent, elles seront soumises à des règles de passage.

En effet, vendredi 1er juin, à Rabat, les représentants des partis, réunis avec plusieurs responsables des ministères de l’intérieur, de la justice et de la communication, en apprenaient davantage sur les deux dernières inconnues des législatives 2007 : l’aide financière de l’Etat – qui devrait se chiffrer à 200 millions de dirhams cette année (voir encadré) – mais aussi et surtout le temps d’antenne accordé à chacun d’entre eux d’ici le 7 septembre.

Dans le domaine audiovisuel, plusieurs nouveautés sont au menu, qui devraient être publiées au Bulletin officiel au plus tard le 15 juin, sous la forme d’un arrêté conjoint des trois ministères cités plus haut, et qui fixera les temps d’antenne et les groupes de partis, et d’une décision de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca) qui éclaircira les modalités d’application (chaînes de TV et radios, langue…).

Parmi ces dernières, la mise en place d’une période de «pré-campagne» électorale, dès la mi-juin, et une redistribution des quotas attribués aux différentes formations, qui devrait améliorer l’accès des petits partis aux médias tout en laissant la priorité aux grosses formations. Ainsi, les 33 partis qui projettent de participer à la course au Parlement devraient être classées en trois groupes : ceux, au nombre de 8, qui disposent d’un groupe parlementaire dans l’une des deux Chambres (MP, USFP, PI, RNI, PJD, PPS, PND, UC); 8 autres, présents au Parlement mais sans groupe parlementaire (PSU, ADL, FFD, PRD, MDS, Al Ahd…) et, enfin, les autres, qui ne sont pas présents dans l’hémicycle et qui sont au nombre de 17.

Ce dernier groupe devrait être subdivisé en deux sous-groupes : les partis qui se sont présentés aux législatives de 2002 et comptent se présenter dans au moins 50% des circonscriptions électorales, et les autres.

Une pré-campagne du 15 juin au 23 août
Ainsi, du 15 juin au 23 août, les chaînes et radios publiques devraient être amenées à remplacer le quota actuellement en vigueur, qui accorde une large place au gouvernement (30%) et à la majorité parlementaire (30%), par un nouveau, plus équilibré au niveau des partis. Selon le nouveau quota, 40% du temps d’antenne devrait ainsi être attribué au premier groupe de partis, 30% au deuxième, et 30% aux formations restantes, non représentées au Parlement.

Par ailleurs, à la demande des partis mais aussi des médias eux-mêmes, il est prévu que ces différents temps d’antenne se concentrent essentiellement au niveau des débats et émissions politiques, dans le respect des équilibres déterminés par la Haca. Ainsi, pour les mois à venir, les monologues de zaïms partisans qui ponctuent les journaux télévisés du soir devraient céder la place aux émissions politiques genre Hiwar, Moubacharatan maâkoum, Tiyarat et autres programmes, y compris ceux de la radio, qui font une grande part au débat, obligeant les formations à dévoiler – enfin – leurs programmes.

A partir du 24 août, toutefois, avec le début de la campagne électorale proprement dite, les équilibres de la période pré-électorale devraient se traduire par une distribution à la minute près des temps d’antenne réservés aux différentes formations. Ainsi, trois passages de 9 minutes dans chacune des chaînes et radios publiques – TVM, 2M et les radios – devraient être attribués à chacun des partis du premier groupe.

Idem pour le deuxième groupe, à cette différence que leurs passages ne dureront que 7 minutes au lieu de 9. Enfin, au sein du troisième groupe, deux passages de cinq minutes devraient être attribués aux partis ayant déjà participé aux élections législatives de 2002 et qui projettent de couvrir au moins 50% des circonscriptions, contre un seul pour les formations restantes.

Au-delà de ces quotas, l’ensemble des partis aura droit à la couverture d’un meeting, d’une durée de 3 minutes pour le premier groupe, deux minutes et demie pour le deuxième et de deux minutes pour le troisième. Les 33 partis en compétition auront également droit, chacun, à un passage sur un plateau de journal télévisé.

Autres nouveautés, les partis devraient bénéficier de la possibilité de faire diffuser un spot publicitaire de 30 secondes dont la durée sera comptabilisée sur leur temps d’antenne, et pourront aussi choisir de s’adresser à leurs électeurs potentiels en langue amazighe, une mesure difficile à appliquer durant la période pré-électorale puisque les partis devront respecter les concepts des différentes émissions, et qui ne pourra prendre sa véritable ampleur que durant la période électorale.

Un nouveau record de partis participants
Dernier détail : si ces temps déterminés devraient être essentiellement l’apanage des médias publics, les médias privés seront toutefois appelés à respecter les proportions choisies pour la période pré-électorale.

Prévu dans trois mois, le renouvellement de la Chambre des représentants devrait se faire avec un électorat désormais élargi à 15,8 millions d’électeurs, près de 1,5 million ayant été inscrits durant la dernière campagne d’inscriptions, dont quelque 17 000 Marocains résidents à l’étranger (MRE).

Les élections législatives devraient aussi se faire avec un nombre record de formations politiques participantes : 33 contre 29 en 2002, les nombreuses naissances survenues entre-temps ayant largement compensé la disparition de formations telles que le Mouvement national populaire, l’Union démocratique – désormais retournées dans le giron du Mouvement populaire – ou encore le PSD, qui a fusionné avec l’USFP.

Face à cette situation, l’on assiste aujourd’hui, pour la première fois dans des élections législatives, à l’intervention marquée d’un nouvel acteur, la Haca, chargée de la distribution des temps de parole mais aussi de veiller à leur respect. En effet, conformément à l’article 22 du dahir du 11 novembre 2003, le gendarme des médias est chargé de fixer les règles relatives au respect de l’équité entre les formations et les candidats, et de veiller «en particulier à ce qu’en période électorale, les candidats concurrents aient droit à des temps d’antenne réguliers et équitables sur les stations de radio et de télévision de portée nationale et régionale».

Jusque-là, les choix de la haute autorité, qui a préféré assurer une représentation minimale des différents partis, ne devraient pas susciter d’opposition de la part des formations concernées. La Haca s’est particulièrement attachée à n’exclure aucune formation de l’accès aux médias, de manière à leur donner à toutes une chance de prouver leur valeur. Toutefois, c’est l’application de ces choix qui risque de poser problème, et ce particulièrement durant la période pré-électorale.

En effet, comment, face à la pléthore de partis qui se présentent, assurer le respect des quotas entre les groupes de partis, mais aussi assurer l’égalité de traitement au sein de chacun de ces derniers ? Face à cette situation, explique-t-on à la Haca, cette dernière devra procéder, tout au long de la période pré-électorale, à des bilans quasi hebdomadaires pour s’assurer que les chaînes nationales ne penchent en faveur d’aucun individu ou parti, et corriger les inégalités constatées au fur et à mesure.

Qu’à cela ne tienne, malgré les difficultés de son application, le système adopté, via son système d’équilibre mais aussi le recours au débat, devrait avoir un impact non négligeable sur les téléspectateurs, puisque, quel que soit leur niveau d’éducation, ces derniers pourront comparer les projets de société des partis… Place aux programmes maintenant !

Subventions
Gagnez ou remboursez !
Côté finances, la subvention de l’Etat au titre des législatives de 2007 devrait s’élever à 200 millions de dirhams, soit 50 millions de plus qu’en 2002, répartis en fonction du nombre de sièges et de voix obtenues. Autre nouveauté, les formations participantes devraient bénéficier d’une avance, à la demande, limitée à 500 000 DH, indépendamment de leur taille. La somme sera complétée au lendemain des élections en fonction des résultats. Les partis dont la performance ne leur aura pas permis de bénéficier de l’aide de l’Etat étant obligés de rembourser l’avance…

«500 000 DH ? C’est trop peu», protestent la plupart des partis interrogés. «Nous estimons qu’une campagne menée normalement exige, selon l’étendue de la circonscription, entre 300 000 et 600 000 DH», indique Ismaïl Alaoui, secrétaire général du PPS. Idem du côté de Mohamed Moujahid, numéro un du PSU, qui souligne l’inégalité entre les formations bénéficiant déjà de l’aide annuelle de l’Etat prévue par la loi sur les partis et les autres. Au PJD, qui reçoit pourtant lui aussi cette subvention annuelle, l’on enregistre un mécontentement. En fait, seul l’USFP ne se dit pas trop dérangé par l’affaire…

Ainsi, malgré l’effort fourni par l’Etat, les partis devront recourir à leurs traditionnelles sources de financement pour battre campagne : les militants, les bienfaiteurs du parti mais aussi, et surtout, les candidats eux-mêmes.
«Nous allons nous serrer les coudes», indique Mohamed Moujahid. «Après tout, notre congrès et les rencontres que nous avons tenues ne se sont pas faits sur les moyens propres du parti mais grâce aux militants», explique-t-il.