S’il a des ambitions, le PJD n’est pas encore en mesure de gouverner

Parti politique de taille moyenne, le PJD aspire à jouer les premiers rôles mais n’est pas prêt à le faire à court et moyen termes.
Il est porteur d’une dynamique qui réconcilie l’opinion publique avec la politique
et les valeurs de sérieux et d’honnêteté dans la gestion de la chose publique.

C’est dans une impasse paisible du quartier des Orangers, à Rabat, qu’est situé le siège du Parti de la justice et du développement (PJD). Ce mardi 25 mai, nous sommes trois journalistes de La Vié éco à avoir rendez-vous avec le secrétaire général. Notre objectif est d’essayer de cerner le nouveau PJD, voire d’obtenir la réponse à la question : quels bouleversements y aura-t-il s’il arrivait en position de force au gouvernement ?
Le siège du parti occupe une villa sans prétention, de trois niveaux, dont l’entrée est surmontée d’une enseigne indiquant… l’adresse du site web (www.pjd.ma). Dans la cour, un petit jardin fleuri. À gauche, une petite salle de prière. À côté, par une porte entrebâillée, le visiteur aperçoit des piles de couvertures soigneusement pliées. Dans la cour, sur notre droite, une soixantaine de matelas en mousse synthétique sont entassés : lors du dernier congrès, le siège du parti a été utilisé pour héberger des congressistes venus de toutes parts.
A l’intérieur, le sol est couvert d’une modeste moquette. Le moindre recoin est mis à contribution pour installer des bureaux. L’informatique est bien présente. Au dernier niveau, le bureau du secrétaire général occupe une vingtaine de mètres carrés. Il est évidemment meublé sans ostentation. Nous le détaillons avec une curiosité non dissimulée. Les meubles sont récents. Un salon européen de cinq places, un bureau et une bibliothèque, en plus de quelques chaises visiteurs, composent un ensemble sans prétention. C’est le bureau d’un médecin dans un quartier populaire ou d’un cadre dans une modeste PME.

Pas de programme mais un catalogue de bonnes intentions

Aux fenêtres, des voilages clairs, tout neufs. Dans un coin, un drapeau marocain. Dans la bibliothèque, et bien en vue, une photo de l’audience accordée par SM le Roi à Saâd Dine El Otmani, en 2002, après les élections législatives. Le bureau est bien rangé de part et d’autre d’un PC portable.
Nous prenons position dans le coin «salon» et M. Elotmani sert lui-même le thé dans des verres qui ne sont surtout pas en cristal. Dans une assiette, des gâteaux qui ne viennent pas de Chez Paul. Il y a quelque chose de touchant dans cet accueil modeste, sans ostentation aucune. M. El Otmani ne cherche pas à en mettre plein la vue à ses visiteurs. Nous pensons que cette attitude est sincère.
Première question : «M. El Otmani, si le PJD gouverne en 2007, à quels changements faudrait-il s’attendre ?». La réponse est immédiate : si le PJD entrait un jour au gouvernement, il n’y serait pas seul mais ferait partie d’une coalition. De plus, il travaillerait sous la direction de SM le Roi.
Série de questions ensuite sur le programme économique du PJD : il y a un catalogue de bonnes intentions, rarement des réponses précises. Sur telle ou telle question, on nous expliquera que le PJD n’a pas encore pris position, ou bien qu’il faudrait réaliser des études. L’essentiel est l’objectif et cet objectif est clair : justice sociale et développement économique.
On nous rappelle aussi que le Maroc ne peut pas être isolé de son contexte international : comment imaginer demain une suppression du système bancaire basé sur les taux d’intérêt ? Impossible, laisse entendre M. El Otmani. Par contre, sur la moralisation de la vie publique, sur la bonne gouvernance, le secrétaire général du PJD est intarissable. Il rappelle, à raison, les objectifs de transparence, de rigueur, de sérieux dans la gestion des affaires publiques et ce que ces vertus peuvent apporter en matière de croissance et de développement.

Le bon sens plus que le référentiel islamique strict

Sur le référentiel religieux du PJD, M. El Otmani cite la Constitution : le Maroc est un pays musulman. «Ne m’interrogez pas comme si j’étais un religieux», dit-il. Oui, le PJD interpelle le gouvernement sur l’alcool, mais c’est une attitude qui est conforme à la loi, laquelle interdit la vente de boissons alcoolisées aux musulmans. Pour lui, le traitement de ce genre de comportements doit être essentiellement sociétal et non pas coercitif.
Dans ses réponses, il n’hésite jamais à faire référence à la loi, allant jusqu’à reconnaître: oui, le PJD respectera n’importe quelle loi votée par le Parlement, c’est-à-dire par la majorité. Oui, le PJD accepte toutes les règles du jeu démocratique.
Sur les questions religieuses, il s’en remet volontiers au débat et à l’avis essentiel du Conseil supérieur des ouléma, en insistant sur l’important rôle de S.M. le Roi en tant qu’Amir al Mouminine (Commandeur des croyants).
Le PJD de Saâd Dine El Otmani présente un visage rassurant et fréquentable. Il ne prône pas de bouleversement, ni même «d’islamisation» puisque le Maroc est déjà un pays «musulman».
Et le parti, comment fonctionne-t-il ? Les finances du PJD sont transparentes, et, d’ailleurs, «nous savons que tout le monde a les yeux braqués sur nous», précise-t-il. «Aucun mouvement de fonds ne peut se faire sans virement bancaire. Les recettes sont connues : 1,26 million de DH comme subvention publique (30 000 DH par député), 3 000 DH par mois versés par chaque député et 200 DH de cotisation annuelle pour chaque adhérent.»
Avec ses 8 000 à 9 000 militants, le PJD apparaît en fait comme un parti implanté dans les centres urbains, avec des moyens limités. Il est très loin de posséder des appareils rodés et puissants comme ceux de l’Istiqlal ou de l’USFP.
Un parti de taille moyenne donc, qui n’est pas loin d’aspirer à jouer les premiers rôles mais qui n’est pas prêt à le faire à court et moyen termes. Il manque d’expérience et de précision dans son programme. Alors qu’apporte-t-il ? De la fraîcheur dans le paysage politique, une dynamique qui réconcilie une partie de l’opinion avec la politique et les valeurs de sérieux et d’honnêteté dans la gestion de la chose publique. Le PJD que nous avons vu est tout cela à la fois.