Sebta et Mellilia, le moment est propice pour entamer le dialogue

mohand laenser Secrétaire général du Mouvement populaire

«Je pense que ce qui s’est passé pour le rocher de Gibraltar est une bonne chose à la fois pour l’Espagne et pour l’Angleterre. C’est également une bonne opportunité dans la logique du règlement du problème relatif à Sebta et Mellilia. Mais le contexte est différent. L’Espagne et l’Angleterre font partie d’un même espace géographique et économique et étaient avancées dans les discussions sur le sujet, tandis que, pour les présides occupés, c’est plutôt un statu quo. Si vous me demandez si c’est le moment d’aborder le problème, je dirai que c’est toujours le moment et même plus aujourd’hui qu’hier, mais ce qu’il faut aborder, c’est la question de la mise en place rapide de la cellule de dialogue sur le sujet, qu’avait réclamée Hassan II en son temps ; c’est d’ouvrir le dossier. En clair, il y a un moment pour tout : il ne s’agit pas ici et maintenant de réclamer l’indépendance de ces territoires, il convient plutôt de profiter de la conjoncture pour dire : discutons-en. Important, même si, in fine, l’objectif demeure le même [la récupération des deux enclaves], il faut en parler de manière dépassionnée. N’oublions pas que l’Espagne et le Maroc ont plus d’intérêts convergents que l’inverse.»

khalid naciri Universitaire et membre du bureau politique du PPS

«Aujourd’hui, avec les discussions qui ont eu lieu entre l’Espagne et la Grande-Bretagne au sujet de Gibraltar, il est opportun que le Maroc repose la question de Sebta et Mellilia. Il y a 20 ans, le Maroc, par la voix de feu Hassan II, avait proposé de constituer une cellule commune chargée de réfléchir à la question. Mais cette proposition continue de se heurter, chez les Espagnols, à une fin de non-recevoir. Aujourd’hui, le Maroc doit officiellement demander la constitution de cette cellule et l’amitié qui lie les deux pays doit leur permettre de rechercher et d’explorer, dans le calme, des solutions pour que le Maroc recouvre sa souveraineté sur ses deux villes, tout en garantissant aux populations la possibilité de continuer d’y vivre normalement car il ne s’agit pas, pour le Maroc, de les jeter à la mer. La solution serait de doter ces villes d’un statut spécial qui concilierait ces deux contraintes. En définitive, on peut s’interroger sur les vrais enjeux que présentent Sebta et Mellilia pour l’Espagne. A mon avis, il n’y a pas d’enjeux stratégiques, encore moins économiques car Sebta, par exemple, coûte à l’Espagne plus qu’elle ne lui rapporte. Je dirai que les Espagnols en font une simple affaire de prestige et d’amour-propre.»

saâd-eddine el othmani Secrétaire général du PJD

«Le Maroc n’a jamais cessé de réclamer Sebta et Mellilia. Bien sûr, il faut un peu hausser le ton, et leurs Majestés Hassan II et Mohammed VI ont déjà demandé de mettre en place une commission conjointe pour lancer les discussions et débattre de l’avenir des deux villes. Malheureusement, la partie espagnole refuse toujours. Je crois qu’il faut aller en ce sens, résoudre le problème des deux villes comme les Espagnols ont résolu le problème pour Gibraltar, donc il faut commencer les discussions. Mais il faut aussi que les partis politiques marocains jouent un rôle pour faire avancer le dossier. Au cours des réunions qui se déroulent continuellement avec les partis politiques, les dirigeants, les diplomates espagnols, il faut toujours soulever les problèmes des deux villes marocaines. Ainsi, les partis marocains peuvent parler et faire bouger la classe politique et les partis espagnols, et les autorités marocaines doivent essayer de faire bouger le gouvernement espagnol en ce sens. Faut-il internationaliser les villes? Toute ouverture peut aider à atteindre une solution ultérieure. On peut y aller par paliers, progressivement. C’est difficile d’avancer une solution définitive maintenant, mais tout va dans le sens de l’ouverture ne pourra qu’être bénéfique pour le Maroc.»

driss lachgar Membre du bureau politique de l’USFP

«Il y a une différence entre le cas de Sebta et Mellilia et celui de Gibraltar. Nous devons nous réjouir de tout pas de l’Espagne vers une résolution du problème de Gibraltar et travailler à bénéficier de la logique de dialogue et de rapprochement des points de vue dans laquelle le Maroc et l’Espagne évoluent, surtout depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir. Le Maroc est dans la même logique avec l’Espagne que cette dernière avec la Grande-Bretagne. La différence est que le problème de la souveraineté sur Gibraltar avait été discuté par référendum à la demande de l’Espagne. De plus, au niveau européen, les choses sont tranchées en ce qui concerne la souveraineté de la Grande-Bretagne sur Gibraltar. En revanche, pas une seule fois le Maroc n’a manqué d’insister sur le fait que Sebta et Mellilia lui revenaient, et cet élément essentiel fait qu’il est difficile d’entrer dans la logique qui a prévalu concernant Gibraltar. J’estime que, au vu de la nature des relations existant aujourd’hui entre le Maroc et l’Espagne, l’affaire des présides a sa place dans l’agenda du dialogue entre l’Espagne et le Maroc, un dialogue qui sera long, mais qui devra préserver les excellentes relations entre les deux peuples.»