Salaheddine Mezouar prend la tête du RNI et dévoile sa feuille de route

A l’issue du conseil national du 23 janvier, il a été élu avec 610 voix sur 620 votants
Une nouvelle plateforme idéologique axée sur le libéralisme social
Alliances potentielles avec le PAM ou l’USFP.
Objectifs chiffrés : 200 000 militants d’ici à  fin 2010 et première force politique d’ici à  2012.

Samedi 23 janvier, Palais des congrès de Marrakech. 620 membres des 800 que compte le conseil national du Rassemblement national des indépendants (RNI) ont répondu présent ce jour-là à l’appel du mouvement des réformateurs mené par Salaheddine Mezouar. C’est que la réunion n’est pas anodine. Au terme d’un long feuilleton à rebondissements qui dure depuis octobre, les réformateurs, forts de l’appui d’une majorité de militants, y compris en régions, doivent ce jour-là formaliser le changement à la tête du parti. D’ailleurs, le principal point à l’ordre du jour est l’élection d’un nouveau président. Pour plus de transparence, des huissiers de justice ont été convoqués pour authentifier les listes de présence et l’atteinte du quorum si besoin est. Mais à 11 heures déjà, les huissiers avaient pu dénombrer 583 militants.
Après la composition de l’équipe qui dirigera les travaux du conseil national, le comité exécutif présente une requête pour la candidature à la présidence du parti de Salahedine Mezouar. Ce dernier, comme le veut la tradition, passe au pupitre pour prononcer un discours qui fut, en fait, une plateforme politique contenant un programme détaillé de son projet de réforme globale du parti. S’ensuivra la succession de plusieurs orateurs. En début d’après-midi, le vote pouvait commencer…

Le vote à main levée cède la place aux urnes

Surprise. Alors que dans la salle, il était presque acquis que le vote pouvait se faire tout simplement à main levée, voilà que Rachid Sassi, jeune militant de Rabat, prend de court l’assistance en présentant officiellement sa candidature à la présidence du parti. Le scénario n’ayant été à aucun moment envisagé, l’annonce plongea la salle dans le désordre. Certains voulaient en finir tout de suite, à main levée ou à l’applaudimètre, mais le candidat Mezouar, légaliste, exigea un passage par les urnes en bonne et due forme, à l’issue duquel il récoltera 610 voix, contre 8 pour le candidat de dernière minute. «C’est tant mieux que cela se soit passé de cette manière car personne ne peut venir aujourd’hui nous reprocher de ne pas être démocrates», commente Ouadie Benabdellah, lui aussi membre du comité exécutif.
Salaheddine Mezouar succède donc à Mustapha Mansouri et devient le troisième président du RNI depuis sa création en 1977.
La plateforme qu’il a exposée, avant l’opération de l’élection, aux cadres du parti est un ambitieux programme de réforme. Le nouveau président annonce une véritable rupture avec le passé. D’abord, au niveau de l’identité idéologique et politique. M. Mezouar propose que le RNI opte pour le libéralisme social. «Cela émane de notre conviction qu’un tel exercice est dicté par les changements qui interviennent au niveau national et international», explique le président fraîchement élu.
Désormais, le positionnement au centre, comme le faisait le parti, n’est plus permis. Comme le nuance Rachid Talbi Alami, membre du comité exécutif, «se proclamer du centre n’est pas une idéologie mais un positionnement opportuniste qui accepte tous les programmes pour pouvoir gouverner avec tout le monde sans avoir des principes en commun». Autre signe de cette volonté de rupture avec le passé : les alliances avec les partis politiques seront fondées sur le respect des références idéologiques. «Nous engagerons les alliances avec les formations qui partagent avec nous le projet sociétal qui est démocratique, ouvert, moderniste et qui respecte certaines valeurs universelles», souligne M. Talbi Alami.

Des organisations d’ingénieurs, de commerçants, conseillers communaux…

Le programme du nouveau président contient également une première dans les annales politiques marocaines. Le RNI procédera ainsi à l’annonce de ses projets d’alliances avant les élections qui devra être accompagnée de programmes bien déterminés. «C’est par respect aux électeurs et pour réconcilier les citoyens avec la politique», commente Mohamed Aujar, membre du comité exécutif. L’idée de rapprochement avec le PJD est d’emblée écartée. Les alliances potentielles sont envisageables «avec le PAM qui partage avec nous beaucoup de points et de principes communs, ainsi qu’avec l’USFP, nos alliés depuis le lancement de l’alternance», souligne M. Aujar.   
Pourtant, avant d’arriver aux alliances, le parti doit faire sa refonte. Un travail de fond l’attend. D’ici à fin juin, une multitude de chantiers seront ouverts pour débattre de la plateforme proposée par le nouveau président. En parallèle, cinq ligues seront mises en place pour la mobilisation des militants du parti. L’idée est d’attirer un plus grand nombre d’adhérents chez le parti de la colombe. Et objectif chiffré : 200 000 adhérents à fin 2010. Le nouveau dirigeant du RNI en est conscient : le parti est considéré, depuis sa création, comme un parti de cadres. Il avait cette étiquette qui lui collait à la peau. Visiblement, le nouveau président aspire à étendre la base de cette formation politique. Il est convaincu que pour atteindre ses objectifs, le parti doit disposer d’un fort ancrage au sein de la société. Surtout quand l’objectif affiché est de devenir la première force politique en 2012. La nouvelle équipe dirigeante mettra en place des universités du RNI à travers tout le pays ainsi que des organisations parallèles d’ingénieurs, commerçants, conseillers communaux… Objectif : renforcer l’encadrement des militants. Grippée depuis quelques temps, la machine RNI se met en route. Premier cap : 2012.