Sahara : une offensive diplomatique qui a fini par payer

Dans quelques semaines, une nouvelle résolution du Conseil de sécurité. Le Maroc est confiant. La visite du Souverain aux USA a été décisive, les engagements pris à  l’occasion deviennent réalité. Les accords bilatéraux du Maroc, conclus cette année, confortent sa position.

Il y a un an, presque jour pour jour, le Maroc découvrait avec stupéfaction, voire indignation, une proposition américaine d’élargissement des prérogatives de la Minurso aux droits de l’homme au Sahara. La diplomatie royale, résolument proactive, a pu neutraliser la portée de cette décision avant même qu’elle n’atterrisse au Conseil de sécurité. Le pire a été évité de justesse. Aujourd’hui, ce projet de résolution américain du 9 avril 2013 n’est plus qu’un mauvais souvenir.

En effet et à un peu plus d’un mois de la réunion annuelle du Conseil de sécurité, consacrée à la question du Sahara, le Maroc aborde cette étape avec plus d’assurance, note le président du Centre marocain des études et de recherches stratégiques (CMERS), Tarik Tlaty. Pour ce spécialiste de la question, «la visite de SM le Roi aux Etats-Unis, le 22 novembre dernier, a fini par conforter la position marocaine. On peut même dire qu’elle a tranché, à 90%, la question. Certes, il y a un an et en cette même période le Maroc abordait ce dossier avec une certaine crainte. Cette année, la situation est différente. La position du Maroc est beaucoup plus confortable».

Le spécialiste en géopolitique et député PAM, Cherkaoui Roudani, estime pour sa part que pendant la période 2013-2014, beaucoup d’actions diplomatiques ont été entreprises et ont eu pour résultat de nombreuses prises de décision en faveur de la cause nationale. Pour ces deux experts, comme pour d’autres analystes, le Maroc est, pour ainsi dire, à l’abri d’une mauvaise surprise et d’un scénario similaire à celui d’il y a une année. Encore plus optimiste, l’ancien ministre des affaires étrangères, Saâdeddine El Othmani, assure, lui, que la résolution de ce conflit n’est qu’une question de temps.

Pour l’ancien chef de la diplomatie marocaine, le plan d’autonomie ne cesse de récolter le soutien des Etats (seuls 36 pays reconnaissent encore la pseudo-RASD et le chiffre est appelé à baisser dans un futur proche), il demeure, aujourd’hui, la seule offre sérieuse et valable sur la table des négociations. Le président du CMERS est également du même avis. «La solution est possible. C’est une conséquence logique des changements que connaît notre région et l’Afrique en général. Quand? Est-ce dans l’immédiat ou à long terme ? Personne ne le sait. C’est une question liée à l’évolution des rapports de force des pays influents dans la région».

La carte africaine jouée à fond

Cela ne veut pas dire que c’est gagné d’avance et que la machine diplomatique, dans sa déclinaison officielle et parallèle, doive se complaire dans ce satisfecit amplement justifié. Car pour en arriver là, il a fallu travailler d’arrache-pied et surtout prendre des décisions à la fois inédites et audacieuses.

En ce sens, les principaux engagements pris par le Maroc le 22 novembre, inscrits dans la déclaration finale de la visite, sont devenus réalité. La récente adoption en conseil des ministres d’un nouveau projet de loi relatif à la justice militaire en est un exemple. C’est également le cas de l’ouverture du CNDH sur les régions du Sud et l’audace dont il fait montre dans le traitement de la situation des droits de l’homme dans ces zones. L’engagement, pris récemment par le gouvernement, de réagir positivement aux plaintes et saisines enregistrée par les commissions du CNDH dans ces régions, et la création de services dédiés pour leur réception et traitement est également un élément à prendre en compte sur ce registre des droits de l’homme hautement politisé par la partie adverse.

Autre fait qui conforte la position marocaine, les retombées de la dernière visite royale dans certains pays de l’Afrique de l’Ouest. Les relations avec ces pays, dont la position de certains a été hésitante par le passé, ne sont plus tributaires du changement à la tête de ces États (comme d’ailleurs pour les relations entre le Maroc et certains pays comme l’Espagne). Le Maroc a su asseoir ses relations futures avec ces pays sur de nouveaux fondements autour de constantes immuables. Et ce, dans la perspective d’ouverture sur d’autres pays du reste de l’Afrique profonde.

L’apport des relations bilatérales aura été également crucial, fait noter M.Tlaty. «On se rappelle tous de la teneur rassurante du communiqué final de la visite de SM MohammedVI aux Etats-Unis. Les relations avec la France, malgré les récents aléas, restent au beau fixe sur le plan stratégique.

L’adoption du Parlement européen de l’accord de pêche Maroc-UE est, de même, considéré comme un revers aux tenants de la thèse de l’exclusion des régions du Sud dans les accords commerciaux et économiques internationaux du Maroc (les accords de libre-échange, l’accord de pêche, celui de l’agriculture et le statut avancé Maroc-UE). Les relations étroites et privilégiées entre le Maroc et les pays du Golfe, l’Arabie saoudite et les Émirats en particulier, sont également à prendre en considération dans ce sens».

Pour un changement  des élites

Sur le plan interne, au-delà du consensus national et la forte adhésion de l’opinion publique, le projet de loi relatif à la justice militaire, adopté récemment en conseil des ministres, et la décision du gouvernement de réagir, rapidement et efficacement, aux plaintes et propositions émanant du CNDH représentent une avancée qualitative dans le domaine des droits de l’homme. «Avec cette mesure, affirme Charkaoui Roudani, spécialiste des questions géostratégiques, le Maroc a restauré une vision solide dans la voie de la réforme de la justice. Cette décision montre, d’une part, la place que commencent à jouer les instances qui ont été autrefois consultatives dans leur statut et qui ont été constitutionnalisées par la charte de 2011. Ces instances, à l’image du CNDH, commencent à jouer véritablement le rôle que leur confère la Constitution.

D’autre part, cette décision est une avancée dans la consolidation de l’État de droit et la protection des droits humains. N’oublions pas que les ennemis de notre intégrité territoriale ont utilisé tous les moyens pour nuire à l’image du pays, surtout après Gdeim Izik». De même que la remarquable étude réalisée par le CESE sur le développement dans les régions du Sahara sont autant d’atouts qui jouent en faveur du Maroc et consacrent sa détermination quant à la consolidation de l’Etat de droit, partout dans le pays. «Effectivement le CESE a fait une étude, affirme M. Roudani. C’est au gouvernement qu’incombe, aujourd’hui, la responsabilité de mettre en œuvre les recommandations de cette étude.

La bonne gouvernance est un point central dans ce rapport, il est aujourd’hui impératif d’appliquer la Constitution en mettant en corrélation la responsabilité et la reddition des comptes». Tarik Tlaty, lui, affirme qu’au-delà de la mise en œuvre des recommandations de ce rapport, «c’est au renouvellement des élites locales qu’il faut s’atteler. La société sahraouie a connu de profondes mutations démographiques et il est inconcevable que ses affaires soient gérées par les mêmes élites politiques et locales que pendant les années 80 et 90».

La régionalisation, comme un début de solution

Bref, le rapport du CESE n’est qu’une étape pour baliser le terrain à la mise en œuvre de la régionalisation avancée dont la loi organique est attendue au cours de la prochaine session parlementaire de printemps. «La régionalisation, telle qu’elle est prévue par la Constitution, est en soi une forme d’autonomie, du moment qu’il s’agit de faire participer la population à la gestion des affaires de leurs régions. Elle fait partie de la feuille de route démocratique de notre pays. Le projet concerne certes le pays en entier, mais, pour des raisons évidentes, les régions du Sahara sont prioritaires», note notre interlocuteur. D’ailleurs, souligne M. Roudani, «plusieurs pays occidentaux ont agi positivement à la volonté de notre pays de renforcer les mécanismes de bonne gouvernance».

Cela étant, d’autres facteurs confortent le Maroc dans sa position. Les changements régionaux, la situation interne de l’Algérie, principal mentor du Polisario, la situation dans les camps de Tindouf, eux-mêmes, pour ne citer que ces cas. De même, les visites dans la région de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Christopher Ross, suscitent de moins en moins de tapage médiatique. Signe qu’il peine à avancer dans sa mission. L’Algérie ne lui facilite pas non plus la tâche. Bien plus, pour citer cet expert, «en dépit des recommandations et les appels du HCR pour recenser les séquestrés à Tindouf conformément à la convention de 1951, relative aux réfugiés, l’Algérie ne fait aucun effort pour faciliter le travail de ces organisations onusiennes pour accomplir leurs missions». Ce pays a néanmoins été moins virulent que d’habitude lors du dernier passage devant la 4e commission de l’ONU, observe Tarik Tlaty. Un signe peut être d’un début d’affaiblissement dans sa position et de l’effritement de son argumentaire.

Cela alors que l’un des think-tank les plus réputés en Espagne, Real Instituto Elcano, vient de faire part d’un constat sans équivoque: l’indépendance du Sahara occidental est un projet «non viable». Pire, la création d’un micro-État composé de quelques dizaines de milliers d’habitants est de nature à «mettre en péril» la sécurité de l’ensemble de la région et bien au-delà. Ce sont les conclusions de ce centre, fruit du travail de plus de 200 chercheurs et experts internationaux dans le domaine de la stratégie, en plus de nombreux parlementaires des divers partis espagnols. L’Espagne, ancienne puissance coloniale, fait partie, faut-il le rappeler, du Groupe des amis du Sahara. Bref, c’est un document qui tombe à point nommé puisque sa publication intervient quelques semaines à peine avant la prochaine décision du Conseil de sécurité sur le Sahara.