Sahara : Questions à  Cherkaoui Roudani, spécialiste des questions géostratégiques

«Un micro-Etat serait un facteur d’instabilité dans la région»

La Vie éco : Nous sommes à un peu plus d’un mois de la réunion du Conseil de sécurité sur le Sahara, le Maroc risque-t-il de faire face à une autre mauvaise surprise comme l’année dernière?
 
Il y a une chose très importante et qui n’est plus, aujourd’hui, un secret, l’élargissement de la mission du Minurso a été une revendication des adversaires de la souveraineté du Maroc sur ses régions du Sud. D’ailleurs, les associations qui ont mis mains et pieds pour asseoir ce mécanisme, contre-productif il ne faut pas l’oublier, ont essayé d’instrumentaliser la question des droits de l’homme pour nuire à l’image du Maroc. C’est un secret de Polichinelle, les adversaires du Maroc ont tenté d’acheter les voix et les prises de positions de certaines organisations et associations à la solde des ennemis du Royaume.

Cela étant, au courant de l’année 2013-2014, il y a eu de nombreuses actions diplomatiques et, par conséquent, des prises de position à la faveur de la cause nationale. C’est un constat. N’oublions pas non plus que plusieurs pays ont mis l’accent sur la «réalisabilité» ainsi que la faisabilité du plan d’autonomie proposé par notre pays. D’autres ont retiré ou suspendu leur reconnaissance de la RASD. De même, la visite de S.M. Mohammed VI à Washington et sa rencontre avec le Président Barack Obama a été couronnée par un communiqué officiel dans lequel les États-Unis reconnaissent la viabilité et la solidité de la proposition marocaine pour en finir avec un différend qui perdure depuis des lustres. Dans ce communiqué et les déclarations de la Maison blanche, il y avait un message clair et lucide sur les dangers qu’encourent la région et la sous-région.

Outre ces considérations, la tournée du Souverain dans les pays de l’Afrique de l’Ouest a été aussi une occasion pour plusieurs pays pour appuyer la vision marocaine de l’autonomie. N’oublions pas que le Maroc a mis en place, depuis longtemps, plusieurs mécanismes constitutionnels pour donner un élan à la vision du Royaume pour améliorer le développement économique et social dans les régions du Sud. C’est le cas aussi des structures institutionnelles avec des prérogatives, reconnues par les instances internationales, afin de contribuer au respect des droits de l’homme dans l’ensemble du pays et particulièrement dans les régions du Sud. Le risque d’une mauvaise surprise est donc à écarter.   

Le Maroc est-il, aujourd’hui, suffisamment préparé pour éviter ce genre de retournements?

Comme je viens de le dire, il y a des avancées énormes en matière de développement économique et social dans les régions du Sud. Une chose est certaine, les développements que connaissent les pays du Sahel et l’Afrique subsaharienne ainsi que plusieurs pays de la sous-région imposent un défi majeur pour la stabilité et la sécurité dans le continent africain  tout entier. Autres constats : Il y a un arc d’instabilité qui est en train de se développer, dont le point de départ est la Mer rouge, et qui ambitionne d’atteindre l’Atlantique.
L’émergence de groupuscules terroristes commence à nuire à la stabilité mondiale et particulièrement en Afrique.

Les groupes terroristes travaillent en connivence avec les fractions séparatistes dans plusieurs pays au point que l’irrédentisme et le séparatisme sont devenus synonymes de terrorisme. De même, l’attaque du 21 septembre 2013 dans le centre commercial Westgate de Nairobi ainsi que les développements qu’ont connus la Libye, le Mali, le Niger, le Nigeria et d’autres pays sont un signe très fort dans la tactique des groupes terroristes ainsi que leurs alliances avec les mouvements séparatistes. De ce fait, la communauté internationale est consciente de ces enjeux et de l’impact de la mise en place de micro-États sur la stabilité et la sécurité dans un continent en proie à la déliquescence et à la dislocation. Ce sont des facteurs qui militent en faveur de la position marocaine.

Comment est, justement, la position du Maroc aujourd’hui?

Le Maroc est un État qu’on peut qualifier de pivot géopolitique dans la région. Son modèle avant-gardiste est un atout important aux yeux de la communauté internationale.
Le Royaume, à la lumière des métamorphoses que connaît le monde arabe, s’est montré un État-nation au sens propre du terme. La récente tournée africaine du Souverain a été perçue par la communauté internationale comme un engagement moral et spirituel du Maroc dans le développement et la reconstruction de la sécurité économique et sociale dans des pays africains en difficulté.
Le Maroc, de par ses engagements, est dorénavant un pays axe-moteur de la stabilité et le développement dans un continent qu’il connaît très bien et avec qui il entretient des liens plus qu’économiques, des rapports historiques, culturels et cultuels.