Sahara : Le Maroc a déjà gagné la bataille diplomatique

Les États-Unis ont reconnu la marocanité du Sahara, 21 pays y ont ouvert un consulat, le parti du Président français y installe une antenne, la Chine y a dépêché une délégation d’hommes d’affaires et le nouvel accord de pêche signé avec la Russie englobe les côtes maritimes du Sahara.

Fini les temps où le Maroc mettait sa machine diplomatique en branle à l’approche de ce mois d’avril. Il fallait toujours être prêt pour toutes les éventualités. Ce n’est plus le cas, et particulièrement cette année. La réunion du 21 avril consacrée au Sahara, sous la présidence tournante du Vietnam, ne suscite pour ainsi dire pas de remous. Elle attire néanmoins l’attention des parties et des observateurs internationaux. C’est, en effet, la première réunion consacrée au Sahara marocain sous l’Administration Biden. C’est également la première réunion périodique depuis la proclamation des États-Unis de la marocanité pleine et entière des provinces sahariennes. On estime, en effet, que cette réunion serait l’occasion de clarifier officiellement la position de la nouvelle Administration sur ce point. Notons à ce propos qu’un panel d’experts américains de haut niveau vient d’émettre une série de recommandations sur la base de la Proclamation américaine sur le Sahara marocain et sur les perspectives de coopération entre le Maroc et les États-Unis. Ces experts recommandent ainsi à l’actuelle Administration américaine de soutenir les efforts du Maroc visant à résoudre le conflit du Sahara sur la base d’une solution politique fondée sur le plan d’autonomie comme seule solution à ce différend régional.
Ils l’invitent à accélérer le déploiement du Consulat américain à Dakhla afin de faciliter les contacts entre les opérateurs économiques locaux et leurs homologues américains.
Ils suggèrent, de même, de promouvoir des investissements et de l’aide américaine au développement de la région, conformément à l’Accord de libre-échange liant les États-Unis et le Maroc. Ces experts recommandent, en plus, de multiplier l’aide et les investissements américains vers la région du Sahara pour soutenir le développement socioéconomique de la population locale et de soutenir les efforts du Maroc pour faire face aux menaces qui guettent sa sécurité et sa stabilité nationales, ainsi que celles de la région.
C’est donc pour toutes ces choses que cette réunion est très attendue, mais aucunement appréhendée par le Maroc pour des raisons évidentes.
Concrètement, les membres du Conseil de sécurité de l’ONU devraient prendre connaissance d’un exposé du secrétaire général des Nations Unies sur l’action de la Minurso qui surveille le respect du cessez-le-feu mis en place en 1991, et dont le mandat prend fin le 31 octobre prochain. Le secrétaire général devrait également faire la lumière sur l’évolution du dossier à la lumière de la vacance du poste d’envoyé personnel, depuis le départ, en mai dernier, pour des raisons de santé, de Horst Köhler.
Sur le terrain, le Maroc est dans son territoire et se comporte comme tel, depuis 1975. Le Royaume poursuit son agenda diplomatique, avec notamment l’ouverture de nouvelles représentations diplomatiques étrangères dans les villes de Laâyoune et Dakhla. Et avec l’ouverture d’un Consulat général du Sénégal à Dakhla, le 5 avril, nous en sommes aujourd’hui à 21 représentations diplomatiques. L’ouverture, dans la même ville, d’une antenne du parti du Président Macron (LREM) vient conforter les efforts diplomatiques du Royaume, et en même temps soulever un débat sur la scène politique à propos de ce dossier. Ainsi, alors que certains analystes qualifient cette action d’un prélude pour une décision d’envergure de la France, d’autres reprochent au parti français d’avoir agi en solo. Le fait est que, officiellement, le gouvernement français dit «regretter» cette initiative, sans doute pour ménager la susceptibilité de l’Algérie, véritable partie prenante dans ce dossier. Cette question est «hautement sensible», précise le secrétaire d’Etat français aux affaires européennes dans une déclaration à l’AFP. Malgré cela, souligne la même source, la direction de la LREM a déjà laissé entendre ces derniers jours qu’elle ne reviendrait pas sur cette décision. Point.
Outre Atlantique et quelques jours après l’ouverture de l’antenne de la LREM, Carol Moseley Braun, membre éminente du parti démocrate américain, ex-diplomate et parlementaire, en visite au Maroc, a exprimé à Dakhla son admiration pour la qualité des infrastructures et les potentialités dont regorge la perle du Sud.
Mme Braun, en visite d’une journée à Dakhla, sur invitation de l’USFP, s’est rendue dans les locaux du futur Consulat général américain à Dakhla. Peu auparavant, une délégation des Young Democrats of America (YDA), l’aile jeunesse du Parti démocrate, a effectué une visite à Dakhla, alors qu’elle se trouvait au Maroc sur invitation de la jeunesse du PAM.
Il faut dire que la décision de Washington du 10 décembre de l’année dernière a été suivie de plusieurs décisions confirmant la marocanité du Sahara marocain. On pourrait citer à ce propos la signature d’un nouvel accord de coopération dans le domaine de la pêche maritime entre le Maroc et la Russie, qui inclut les provinces du sud, la visite d’une délégation de haut niveau de la Chambre de commerce chinoise à Dakhla, l’appel de nombreux acteurs politiques européens à suivre l’exemple des États-Unis et le renforcement de la coopération avec la Grande-Bretagne. On reconnaît ici les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. C’est pour dire que pour importante qu’elle soit, la réunion du 21 avril, et même pour celles d’après, du Conseil de sécurité, ne semble plus inquiéter pour autant le Maroc. Pour le Royaume, la bataille diplomatique est déjà gagnée. Pour le reste, comme l’a d’ailleurs souligné récemment le ministre des affaires étrangères, c’est une affaire entre le Maroc et l’Algérie.
Et quand cette dernière sera enfin disposée à s’asseoir autour de la table du dialogue, ce différend de plus de quatre décennies trouvera certainement une solution. Pour le ministre, le règlement du conflit autour du Sahara marocain reste, en effet, tributaire d’un dialogue entre les deux véritables parties que sont le Maroc et l’Algérie.