Saà¢d-Dine Elotmani : Nous tablons sur 60 à  70 sièges aux prochaines élections

Le PJD se dit prêt à diriger une coalition et son secrétaire général prêt à diriger le gouvernement

Le parti envisage sérieusement la possibilité de participer au gouvernement même aux côtés de l’USFP.
Quelques détails du programme : baisse de l’IS de cinq points,
baisse du taux de la TVA, réforme de la justice, de l’enseignement…

Saâd-Dine ElOtmani
Secrétaire général du PJD
«Notre référentiel religieux est là, nous ne le renions pas et nous ne l’avons jamais renié.»

A six mois des législatives, le secrétaire général du PJD déclare que, si les conditions le permettent, le parti est prêt à se coaliser avec d’autres partis et même à diriger le gouvernement. M. Elotmani maintient que le découpage électoral ressemble à une manœuvre dirigée contre son parti. Pour ce qui est de sa candidature, il laisse planer le doute et fait durer le suspens : circonscription d’Anfa ? Certainement pas. Peut-être celle d’Inezgane. Entretien.

La Vie éco : Comptez-vous vous présenter aux prochaines législatives ?
Saâd-Dine El Otmani : Je ne sais pas encore.

Il était question que vous vous présentiez à Anfa.
Ce sont les journaux qui le disent.

Et vous dites… Inezgane ?
Très probablement.

Quid du parti ? Des candidats dans toutes les circonscriptions cette fois-ci…
Nous allons nous présenter, comme tous les partis politiques, dans toutes les circonscriptions.

Quel score espérez-vous obtenir ?
C’est délicat à estimer, je dirais entre 60 et 70 parlementaires et pourquoi pas plus [NDLR : le PJD est aujourd’hui représenté par 42 députés], mais il s’agit, bien sûr, d’une estimation personnelle. Toutefois, on ne peut jamais établir une estimation définitive si on ne connaît pas tous les facteurs de l’opération, dont les candidats, car, comme vous le savez, les Marocains votent à 50 % pour les partis politiques, et à 50% pour les candidats. Du coup, le candidat en tête de liste compte beaucoup. Comme nous sommes en train de désigner nos candidats, il est difficile d’avoir une estimation plus précise.

Les récents changements opérés au niveau de certaines circonscriptions ne risquent-ils pas de vous coûter quelques sièges ?
C’est possible, le PJD a protesté contre le nouveau découpage électoral non pas parce que cela peut nuire à sa performance, mais surtout car cela va à l’encontre de l’égalité des chances : avec le découpage actuel, l’on peut se retrouver avec un parlementaire pour jusqu’à 100 000 électeurs dans une circonscription, et dans une autre, un parlementaire pour 10 000 électeurs seulement. Nous avons réagi car nous souhaitions un découpage électoral qui permette une représentativité équitable.

S’il arrivait en première place, le PJD serait-il prêt à entrer au gouvernement, voire à le diriger ?
Théoriquement, le PJD est prêt à participer à une coalition gouvernementale. Mais la décision revient au conseil national, en fonction de plusieurs facteurs : la manière dont sont organisées les élections, le score obtenu, le Premier ministre désigné par Sa Majesté, les partis composant la coalition gouvernementale, les portefeuilles ministériels qui nous seraient proposés, les programmes faisant l’objet de consensus entre les différentes composantes du gouvernement.

Seriez-vous prêt à prendre la tête du gouvernement, si le Roi vous le proposait ?
Pourquoi pas ? n Et intégrer un gouvernement comprenant l’USFP ?
Oui, pourquoi pas ? Tout est possible.

Cohabiter avec l’USFP dans un même gouvernement ne vous pose pas problème ?
On n’insulte pas l’avenir. L’une des choses qui vont amener le PJD à participer à un gouvernement est le fait que sa participation soit bénéfique. Aujourd’hui, le gouvernement comprend sept partis, ce qui a entraîné une certaine confusion au niveau de son travail. Nous, nous disons qu’il faut un gouvernement fort, et pour cela, que le nombre de partis représentés y soit limité.

C’est-à-dire ?
Nous avons réclamé un seuil de représentativité nationale élevé pour lutter contre la balkanisation de la première Chambre du Parlement pour avoir une coalition gouvernementale composée de deux ou trois partis, mais sans succès.

Quels sont les domaines dans lesquels vous êtes prêts à faire des compromis, et, inversement, ceux dans lesquels vous n’en ferez pas ?
Notre programme comporte des priorités touchant des chantiers dans lesquels le gouvernement actuel et même le précédent n’ont pas bien travaillé. Il s’agit de trois chantiers essentiels : l’administration, la justice et l’enseignement. Il faut avoir sur ces trois niveaux au moins une politique courageuse et une volonté politique claire.

En d’autres termes ?
Par exemple, l’indépendance de la justice. L’administration judiciaire, en d’autres termes le ministère, a une grande influence sur le monde juridique. D’anciens juges et avocats ont clairement critiqué l’implication de l’administration dans le travail de la justice à travers des outils légaux mais qui sont souvent utilisés de manière malsaine. De là, il n’est pas possible d’imaginer parler d’investissements, de soutien et de réussite de l’entreprise, ni d’engagement, de mobilisation du citoyen, ni même de réforme de l’administration. On parle de moralisation des juges, c’est bien, mais il y a aussi les mécanismes actuels qui ne permettent pas à la justice de constituer un appareil indépendant pouvant prendre ses décisions de lui-même.

Et l’enseignement ?
Nous assistons à un recul quantitatif et qualitatif très dangereux. Les chiffres officiels sont jolis à voir sur le papier, mais, sur le terrain, les conditions ne sont pas réunies. Cette année, le gouvernement a mis en avant le slogan de la qualité, mais, dans les classes, le sureffectif est bel et bien une réalité : nous avons mené une étude où nous avons découvert qu’il reste encore beaucoup de classes à 50 élèves et plus : près de 30% des classes sur le territoire national. Autre dérive, celle de l’enseignement dans les matières proches qui consiste, par exemple, pour un professeur de mathématiques à enseigner la physique à cause des manques causés par le départ volontaire. Le ministère devait poser les conditions du départ volontaire en prenant en compte les besoins des années à venir. Mais cela a été fait n’importe comment. De manière globale, on ne peut pas fournir un enseignement de qualité sans recourir à une approche intégrée au niveau de l’ensemble des secteurs. Exemple : dans les nouvelles villes satellites, l’on observe une absence de coordination avec le secteur de l’éducation ou celui de la santé. Il faudrait que l’on dispose du programme des cinq prochaines années dans le domaine de l’habitat et que cela soit pris en compte avec les autres secteurs gouvernementaux, de manière à ce qu’il y ait une certaine coordination. Il s’agit d’une problématique de gestion gouvernementale : chacun veut enregistrer les points, appliquer ses programmes sans penser à l’action des autres. La cause de cette situation, c’est le trop grand nombre de partis au gouvernement, et le fait que chacun doit faire son bilan sans laisser la chance à l’autre d’en profiter. Tout cela ne peut pas servir le pays.

Vous dites donc qu’il n’y a pas de solidarité gouvernementale !
Non et cela saute aux yeux. Par exemple, quand vous ouvrez les journaux des partis au gouvernement, vous n’y trouvez que des attaques contre les autres partis et vice-versa, l’éclatement du gouvernement est un fait qu’on trouve au niveau des lois sur les partis, sur l’urbanisme (loi 04-04) ; sur le code de la circulation… et d’autres. Par ailleurs, il faut que l’éducation soit adaptée à l’environnement et aux besoins. Pour cela, nous disons qu’il faut professionnaliser 50 % des licences à l’université.

Et en matière d’économie, que proposez-vous ? Quel est votre programme ?
Il est en cours de préparation, mais les grandes orientations sont claires. Il faut continuer à relancer l’investissement et pour cela il faut tabler sur l’environnement, l’améliorer via l’administration, la justice, etc. Cela constitue, à mon avis, la base. Parallèlement, il s’agit de soutenir l’entreprise en général, surtout la petite et moyenne entreprise, génératrice d’emplois. Cette question de l’entreprise pose le problème du coût des facteurs de production : il est clair qu’il faut développer les énergies renouvelables, que nous arrivions à 10% de la production annuelle.

Ce n’est pas une idée nouvelle. Le gouvernement travaille dans cette direction !
Où sont les mesures incitatives ? Il est connu que ces dernières facilitent l’initiative. Pourquoi est-ce que ce ne serait pas l’Etat qui ferait des investissements au nom de l’Etat ? Il y a aussi l’énergie éolienne à développer.

Qu’en est-il de l’IS et de la TVA ?
Il faut baisser l’IS de 5 points, à raison d’un point par an et imposer la PME-PMI à 25% pour arriver à 20% en 2012. Aujourd’hui, la pression fiscale au Maroc est l’une des plus fortes au monde. L’entreprise marocaine ne peut pas être compétitive. Au-delà, il y a d’autres problèmes comme le foncier. Il y a aussi l’IR qu’il faut réduire d’un point par an sur trois à quatre années.

Revenons au politique : où en êtes-vous avec Forces citoyennes ?
Nous avons une alliance pré-électorale et stratégique.

Présenterez-vous des candidats communs ?
Tout cela est encore en discussion. Normalement, le mode de scrutin actuel rend cela difficile. Vous avez dû remarquer qu’en ce qui concerne la Koutla ils ont présenté des candidats communs à l’époque du scrutin uninominal. Mais cela est impossible avec le scrutin de liste, car lorsque l’on présente une liste séparée, chacun peut avoir son parlementaire. Si le PI et l’USFP présentent des listes communes, ils vont se retrouver avec seulement un élu.

Quid des autres formations ? On parle aussi de l’UC…
Nos relations avec l’UC sont anciennes car nous sommes tous deux à l’opposition. Nous avons eu des actions communes, notamment le recours au Conseil constitutionnel à propos de la Loi de finances.

Dans un sens, l’alliance avec Forces citoyennes n’a-t-elle finalement pas été un moyen de vous rendre un peu plus «présentable» ?
Quelle était la place du PJD dans l’échiquier politique avant son alliance avec Forces citoyennes ? Nous n’avons pas eu besoin d’alliance pour gagner aux élections. Même en 1997, c’est vrai que nous n’avions que 9 sièges, mais, selon certains, on nous en aurait pris jusqu’à une vingtaine. Nous ne nous sommes présentés que dans 40% des circonscriptions et tous ceux qui ont gagné ont obtenu un score très important. Donc je crois qu’au contraire, c’est le discours religieux qui va attirer le plus de voix. Tout discours qui est un peu fort sur le plan identitaire, etc., peut le faire.

Autrement dit, vous reconnaissez l’existence d’un double langage au PJD ?
Notre référentiel religieux, lui, est là, nous ne l’avons jamais renié. Actuellement, en Europe, il y a beaucoup de partis politiques qui n’avaient pas de référentiel religieux qui essayent maintenant d’en acquérir un. Dans les vingt ans à venir, de plus en plus de partis politiques européens, et sûrement dans beaucoup d’autres pays, iront dans cette direction. Vous parlez de double langage, mais il s’agit d’un langage clair. Ce qui change, c’est la manière dont on comprend le référentiel religieux. Nombreux sont ceux qui cherchent à nous imposer leur conception des choses, et ne nous comprennent que selon cette dernière. Lorsque je dis une chose, on n’a pas à m’apporter une définition de quelqu’un du Pakistan ou autre pays et en déduire ce que l’on veut. Le référentiel religieux, comme je dis toujours, existe dans la plupart des partis politiques marocains. Bien plus, pour barrer la route à l’extrémisme, il faut défendre la conception modérée du référentiel religieux.

En quoi consiste le référentiel religieux du PJD ?
Notre conception est bien claire. Actuellement, il y a les partis Chrétiens démocrates, dans la plupart des pays d’Europe : ils se fondent sur les valeurs chrétiennes pour définir le programme politique. Le référentiel religieux oriente un peu les priorités. Par exemple, les Chrétiens démocrates s’intéressent un peu plus à la famille, aux valeurs de solidarité, à l’identité disons chrétienne, religieuse, etc. Pour nous, c’est à peu près la même chose : nous sommes dans la même optique sauf que nous sommes des musulmans, dans un pays musulman, donc les valeurs, qu’on le veuille ou non, influent sur notre travail.

Si bien que l’on serait tenté de rejoindre ceux qui pensent que vous voulez imposer le voile, par exemple ?
Les gens qui disent cela sont peu nombreux. Pourquoi ? Parce que déjà nous avons des femmes non voilées au sein du parti. Allons sur le terrain. Nous avons aujourd’hui quelque 600 élus communaux. Nous participons à la gestion du quotidien dans 70 communes. Pendant trois ans, nous avons montré sur le terrain comment nous résolvons les problèmes existants. C’est cela l’essentiel, car la question qui se pose ne concerne pas ma conviction personnelle, ou celle de certains membres du parti sur un sujet donné comme le voile. Un ministre a ses propres opinions, mais dans sa fonction il ne va pas les imposer aux Marocains : il est là pour gérer la chose publique, son département doit aboutir à des objectifs précis.

Et lorsqu’un élu du PJD traite un ministre de mécréant…
C’est la presse qui a rapporté cela… Ce sont des mensonges. A cela s’ajoute le fait que nous entrons sur le terrain de la concurrence politique. Certains exploitent ce que vous dites et même ce qui vous est attribué à tort.