RNI : un congrès en retard et pas de préparatifs électoraux

Trente ans
après sa création,
le RNI change de
président.


Mohamed
Aujar, un retrait
au profit de
Mustapha
Oukacha ?

Conseil
national, comité
central et comité
exécutif seront
renouvelés.

Branle – basde combat au RNI, ces derniers jours, en perspective du IVe congrès, prévu pour s’ouvrir ce vendredi 25 et prendre fin le 27 mai.Alors que son président fondateur et leader sortant Ahmed Osman s’est retiré en France pour une semaine, loin du tumulte des préparatifs, les trois candidats à  sa succession – le président de la Chambre des conseillers Mustapha Oukacha, le ministre de l’emploi et de la formation professionnelleMustaphaMansouri et (dans une moindre mesure) l’ancien ministre des droits de l’homme Mohamed Aujar – battent le rappel des militants. D’Oujda à  Agadir en passant par Marrakech, Fès,Meknès ou Nador,Mustapha Oukacha et Mustapha Mansouri ont effectué, au cours des dernières semaines, une véritable tournée des régions. «J’ai visité 80% des provinces, il ne m’en reste plus que quelques-unes o๠je devrais me rendre cette semaine», expliquait lundiMustaphaMansouri. Objectif ? Récolter un maximum de voix à  travers le pays,même si l’on sait déjà  que le président de la deuxième Chambre est fortement soutenu dans les régions au sud de Casablanca, et son concurrent dans le nord, les zones du centre étant fortement disputées. Pour séduire les militants, les candidats ont même prévu de présenter des programmes, lesquels devraient être amendés en fonction des observations. «Dimanche 27 mai, chacun présentera rapidement le sien, avant de passer au vote», indique Ahmed Laâmarti, conseiller RNI à  la retraite et membre du comité exécutif du parti.

Le mode de sélection du président, qui devrait être élu par le conseil national au vote secret, sur une scène politique habituée aux transferts de pouvoir négociés à  l’avance, est nouveau. «Le départ de Ahmed Osman a obligé les gens à  se mettre d’accord d’une façon non conventionnelle sur les pratiques démocratiques », indique Rachid Talbi Alami, ministre délégué chargé des affaires économiques et générales et membre du comité exécutif du parti. La formation politique, amenée à  changer de leader pour la première fois depuis sa création, il y a trente ans, a-t-elle été influencée par les récentes élections présidentielles françaises ? L’idée n’est pas exclue pour Mustapha Mansouri qui voit dans ce système d’élection au vote secret par les 800 membres du conseil national un signe de bonne santé, voire les prémices d’une réelle démoexplicratie interne pour le RNI. «Je pense, note M. Mansouri, que nous sommes les premiers à  avoir initié cette méthodologie d’approche directe des militants pour qu’ils puissent choisir leur président en toute conscience, et selon un programme et des axes déterminés en matière de gestion partisane. J’espère que le phénomène s’étendra aux autres formations.»

Pendant ce temps,Mohamed Aujar, premier candidat à  avoir révélé ses visées présidentielles, se fait discret. A-t-il changé d’avis entre-temps? Est-il, comme le dit la rumeur, en négociations avecMustapha Oukacha, qu’il a déjà  rencontré à  deux reprises, notamment grâce à  l’intermédiation d’amis communs ? Après tout, il y a à  peine quelques mois, le président de la Chambre des conseillers annonçait que s’il prenait les rênes du parti, ce ne serait que le temps d’une transition entre la présidence Osman et une autre, plus moderne… Projette-t-il de transmettre ensuite le pouvoir à  Mohamed Aujar ? L’on sait également que Salaheddine Mezouar, ministre du commerce et de l’industrie, également membre du comité exécutif, a des visées sur le parti, pour l’après-Oukacha…

Après deux reports, un congrès inévitable sous peine d’être privé de l’aide de l’Etat

En attendant l’issue du vote présidentiel, le congrès du RNI devrait rassembler, au ComplexeMoulay Abdallah à  Rabat, pas moins de 4000 militants venus de l’ensemble du pays. L’événement, dont le coût avoisine les 5 millions de dirhams, devrait mettre à  contribution une bonne partie des hôtels de la capitale, mais aussi de la côte et de la ville voisine risde Kénitra.

Il faut rappeler que, prévu initialement pour la fin mars, le congrès du RNI a déjà  été reporté à  deux reprises. Cette fois, cependant, il aura bien lieu à  la date annoncé. «Le congrès est maintenu pour le 25 mai. S’il n’a pas été décalé, c’est pour des raisons d’abord juridiques, car s’il est retardé, l’on ne sera plus dans le cadre de la nouvelle loi sur les partis politiques», indique Abdelhadi Alami , membre du parti. En effet, un dépassement de délai risquerait de priver le RNI de l’aide financière de l’Etat. Toutefois, ces retards répétés restent compréhensibles étant donné l’importance des enjeux.

Davantage de démocratie dans les structures mais pas forcément dans le choix des candidatures

En effet, au-delà  de l’adaptation des statuts du parti à  la loi sur les partis politiques, le choix d’organiser un congrès ordinaire signifie que le parti bleu profitera de l’occasion pour renouveler son conseil national, son comité central, son comité exécutif et sa présidence. Une concession de taille concédée par Ahmed Osman et qui n’a été obtenue qu’au terme d’une longue bataille, qui aura usé M. Aujar avant d’être remportée parM.Oukacha. Son succès vaudra d’ailleurs au président de la deuxième Chambre le soutien de bon nombre de cadres du parti, notamment face à Mustapha Mansouri, présenté comme un fidèle du président sortant.

Toutefois, avant de procéder à  la sélection des membres de ces différentes instances, les congressistes devront commencer par valider les règles qui leur seront proposées par le comité exécutif actuel et le comité organisationnel et qui seront imprimées à  5 000 exemplaires pour l’occasion. Ces dernières prévoient, entre autres, l’attribution de l’élection du futur comité exécutif aux 400 membres du comité central, et celle du futur président aux 800 membres du conseil national de manière à  ce que le dirigeant du parti bénéficie de la base la plus large possible. Elles devraient également limiter la présidence à  une durée maximale de 10 ans, avec un mandat de cinq ans renouvelable une fois.

Il était certes grand temps que le RNI, cinquième formation du pays, se lance dans des changements importants au niveau de ses structures.Toutefois, à  cinq mois seulement des législatives du 7 septembre, les préparatifs électoraux risde quent fort d’en pâtir. Ainsi, le règlement concernant le mode de sélection des candidats devrait être discuté à  l’occasion du congrès du RNI,mais le choix des noms ne se fera, via une commission, que d’ici le mois de juin, alors que ses principaux concurrents en sont déjà  à  la phase finale de leur sélection. Les candidats du RNI sauront-ils rattraper le retard ?

Au parti, l’on souligne que le moment est trop délicat pour s’atteler à  la question : «Nous avons déjà  le problème du congrès et de la présidence. Sachant que nous sommes divisés en trois clans, évoquer les candidatures va sûrement provoquer une rupture. Il va certainement y avoir des mécontents », explique ce cadre du parti qui n’est pas le seul à  souligner la fragilité du RNI durant cette étape. D’autres tiennent à  rassurer. «Je pense que la guerre des chefs n’aura pas lieu, les ténors du parti sachant qu’il faut absolument sauvegarder l’unité du RNI, sous peine d’aboutir à  une scission», indique Abdelhadi Alami, qui souligne tout de même les risques encourus par le parti si les candidats perdants venaient à  ne pas jouer le jeu, et insiste sur la nécessité de se rendre au congrès avec un «programme minimum, autour d’une liste minimale de responsables qui s’uniraient pour affronter les élections et, en même temps, pour ne pas engager le parti sur des pistes hasardeuses ». D’autres encore se montrent prêts à  assumer les risques de la transition au sein du parti. «Il faut poursuivre le processus jusqu’à  la fin. Peut-être que nous avons tort et que nous échouerons, mais il faut en tirer les leçons, adopter un système démocratique, c’est le seul moyen de donner une crédibilité au parti, de le faire rayonner», indique M.Talbi Alami.

Après trente années sous la présidence de Ahmed Osman, le parti qui s’apprête à  changer de leader est davantage préoccupé par sa mutation actuelle que par les élections imminentes.N’estce pas dangereux pour la cinquième force politique du pays ? Intérieurement, l’on se persuade que la formation restera cette machine à  gagner grâce à  ce qui a toujours fait sa force : ses notables. Ainsi, bien que la distribution des accréditations ne soit prévue que dans un mois, les candidats, eux, ont déjà  commencé à  se préparer dans 40 à  80 % des circonscriptions, selon les sources. Pourtant, aussi efficace qu’elle soit, la méthode ne vient-elle pas contredire la volonté de démocratisation du système, que le parti bataille pour mettre en place ?