RNI – UC, le regroupement laisse place à  la fusion

Après avoir créé des groupes parlementaires communs, les deux partis entendent réunir leurs élus locaux au niveau des mairies.
Des commissions travaillent sur l’identité idéologique et une plateforme commune pour la régionalisation.
Le regroupement des sections de jeunesse et des femmes est entamé.

Lorsque le Rassemblement national des indépendants et l’Union constitutionnelle avaient annoncé le 2 mars dernier leur intention de rapprocher leurs partis, plusieurs observateurs du champ politique n’avaient pas pris au sérieux cette initiative d’un regroupement qui comprendrait un représentant de la majorité, ayant fait partie des trois derniers gouvernements et un parti confiné à l’opposition depuis plus de dix ans. Les plus sceptiques qualifiaient même le projet de coup médiatique éphémère sans vision stratégique. Aujourd’hui, les événements qui ont suivi cette annonce démentent leur pronostic et cela au-delà même des déclarations empreintes de prudence des initiateurs de ce rapprochement. Car le processus bien enclenché devrait, en toute logique, donner lieu à une fusion.
Les réunions entre les responsables des deux formations politiques se sont accélérées ces derniers temps, mais, déjà en avril dernier, la constitution de groupes parlementaires communs dans les Chambres des représentants et des conseillers était finalisée, en prévision de la session parlementaire de printemps. Parallèlement, le travail des trois commissions, issues de la commission nationale commune, s’est poursuivi avec une cadence soutenue.

Construire à partir de la base, pour éviter les erreurs commises par les autres

Pour le moment, les responsables qui veillent à la réalisation de ce chantier évitent d’évoquer le mot fusion. Ils préfèrent employer celui d’union. Et pour cause, dans le champ politique national, le terme fusion renvoie généralement à une action d’absorption qui se fait au détriment de l’une des parties concernées qui se trouve souvent être minoritaire. Aussi, les dirigeants ont-ils tenu à prendre toutes les précautions pour réussir le pari de l’«union». «Nous nous sommes donné assez de temps pour se concerter au niveau de toutes les instances dirigeantes des partis. Il faut construire ce groupement sur des bases solides», prévient Rachid Talbi Alami, membre du bureau exécutif du RNI.
En cela, les responsables des deux partis sont surtout convaincus qu’il faut tirer les leçons des expériences précédentes dans ce domaine. Des expériences qui ont toutes (ou presque) échoué, selon les initiateurs de la fusion RNI/UC. Ils avancent l’exemple de la mouvance populaire dont les composants (MP, MNP et UD) ont certes réussi à se fondre dans une seule formation, mais non sans y laisser des plumes. Avant la fusion, les partis de la mouvance populaire comptaient 55 députés, mais une fois unifiés, leur effectif a été ramené à 33, en raison d’une série de défections que l’on explique par la faible cohérence existant entre les membres de la nouvelle formation et des déséquilibres au niveau des postes octroyés dans les instances dirigeantes.
Autre expérience peu convaincante : le regroupement entre l’USFP et le PSD qui s’est soldé par la disparition de la formation issue de l’OADP sans permettre pour autant au nouveau parti socialiste de se renforcer. Et dernier exemple de fusion dont le sort n’a pas été plus bénéfique aux formations «absorbées»: celui qui a donné naissance au PAM (Parti authenticité et modernité) à travers le regroupement de cinq partis, auxquels se sont ajoutés des députés sans appartenance politique. L’opération a fini par soulever des protestations au sein des dirigeants des partis dissous, Al Ahd et le PND en particulier.
Toutes ces expériences, les responsables du RNI et de l’UC les gardent en mémoire ; et ils s’emploient à éviter ce type de «fautes». Pas question donc de procéder à un regroupement par le haut comme c’était le cas dans les précédentes expériences. «Nous entamons la construction de notre union à partir de la base», affirme M. Talbi Alami. Ainsi une commission mixte est chargée d’examiner les mécanismes de rapprochement entre les différentes structures des deux partis. Appelée commission des organisations parallèles, elle focalise son travail sur les trois principales sections du RNI et de l’UC que sont la jeunesse, les femmes et les élus. «L’objectif est d’étudier le fonctionnement de ces structures au sein des deux partis et de relever les similitudes ainsi que les divergences afin de dégager un modèle commun», explique Abdallah Firdaous, membre du bureau politique de l’UC. Bien qu’on évite de le dire explicitement, on se dirige ainsi vers une fusion de ces sections pour faciliter ensuite celle des deux partis. En août prochain, cette commission devra achever ses réunions et rendre ses premiers résultats. Et c’est à partir de ce moment que le projet de fusion se clarifiera davantage.

Des élus communs à Casa, Marrakech, Tanger et Meknès

Mais avant d’en arriver là, une autre étape importante dans ce processus de «fusion» devrait être franchie . Après le regroupement des parlementaires des deux partis, c’est aux collectivités locales que l’on s’attaquera. «Nous passerons dans les jours qui viennent à la création de groupes de conseillers communaux mixtes impliqués dans la gestion des mairies», indique M. Firdaous. Les élus municipaux des deux partis seront désormais appelés à coordonner leurs actions dans toutes les affaires communales à Casablanca, Marrakech, Tanger et Meknès. Au fond, cette politique est fidèle à l’idée avancée d’une culture politique basée sur des positionnements et des affinités idéologiques et non pas sur «des intérêts purement électoralistes», selon le terme utilisé par M. Talbi Alami. Les deux partis veulent ainsi étendre ce raisonnement à la gestion politique locale qui a souvent été le théâtre d’alliances contre-nature.
Le secrétaire général de l’UC déplore également l’absence d’éthique et de bons sens dans l’action politique actuellement. «Il y a des partis qui composent le gouvernement alors qu’ils sont totalement divergents au niveau politique et idéologique, de même qu’il y a des contradictions au sein de l’opposition», fait remarquer M. Abied. Cette situation se répercute négativement sur la scène politique, conclut-il en faisant allusion au manque de cohérence dans les positions des composants de la majorité.
Les dirigeants des deux partis affirment être décidés à rompre avec ces comportements jugés néfastes pour le champ politique. Les deux formations ont ainsi monté une commission qui se penche sur le volet de l’identité idéologique.
Il faut dire que les deux protagonistes ont été historiquement très proches au niveau des références idéologiques et politiques.
Partageant les mêmes valeurs et principes politiques fondés essentiellement sur le libéralisme, ils entretenaient en outre de bons rapports bien qu’ils aient été parfois dans des bords différents (l’un au gouvernement et l’autre à l’opposition). C’est pour cela qu’au niveau «idéologique», le rapprochement ne devrait pas poser de problèmes insurmontables.
Il n’en reste pas moins cependant que la conception des valeurs de libéralisme a évolué chez les deux partis. La commission mixte chargée de cette question s’ingénie actuellement à définir les contours de ce libéralisme social qui constituera le référentiel idéologique du groupe. Concrètement, les mem-bres de cette commission ont abordé «les grandes valeurs que sont les libertés individuelles et communautaires, les droits de l’homme, l’ouverture, la diversification, la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif, mais surtout sur le libéralisme qui garantit la liberté de production des richesses tout en renforçant le rôle d’un Etat stratège et facilitateur qui veille à la distribution de ces richesses», explique M. Talbi Alami. Cela a l’air bien beau, mais il faudra juger sur pièce…

Un projet de régionalisation qui pourrait accueillir d’autres composantes

En attendant, les responsables des deux partis se fixent des objectifs précis selon un timing et un calendrier bien tracés. Cela explique l’intensité et la régularité des travaux des trois commissions. Les réunions de la commission chargée de l’examen du projet de régionalisation battent leur plein. Le caractère conjoncturel de la question y est pour beaucoup. En effet, tous les partis politiques ont jusqu’au 15 juillet pour rendre leur copie à la Commission nationale chargée de la régionalisation. Cette contrainte a poussé les responsables des deux partis à accélérer les réunions pour élaborer une vision unifiée. «C’est un document qui contient la conception commune des deux formations par rapport à ce grand projet qui engagera le pays dans une phase capitale de son histoire», estime M. Talbi Alami. Le mémorandum sur le projet de régionalisation sera prêt au plus tard la première semaine de juillet.
Aujourd’hui, la validation du document n’attend plus que l’aval des hautes instances des deux partis (bureau politique pour l’UC et bureau exécutif pour le RNI). Les dirigeants des deux formations peuvent y introduire quelques amendements. «Il est fort probable que d’autres partis politiques s’associent à nous dans l’élaboration de ce mémorandum, pour ratisser large», signale M. Firdaous. Si d’autres formations participent avec le RNI et l’UC dans la conception d’une vision commune, cela pourrait être un indicateur sur les éventuels alliés qui seraient tentés par l’aventure de l’union des deux partis de droite. Il faut rappeler que MM. Abied et Mezouar avaient précédemment évoqué la possible ouverture de leur alliance à d’autres formations politiques. Le PAM et le MP figurent, bien entendu, parmi les candidats potentiels à l’intégration d’un futur pôle libéral, surtout lorsque l’on sait que le bloc RNI/UC s’est fixé un objectif à la fois ambitieux et précis : devenir la première force politique nationale d’ici 2012.